Textes portant l'étiquette « Triolisme »

Déménage à trois

13 juin 2011

— Et puis? Où vas-tu aller? me demanda-t-elle en s’approchant de la fenêtre et en déboutonnant sa blouse.

Je regardai sa réflexion sur le verre, la fine dentelle qui soutenait ses seins et les lumières de minuit de la ville à nos pieds.

— Quelque part loin d’ici, lui répondis-je, quelque part où il n’a jamais été.  Quelque part où il ne me retrouvera pas.

Je la pris par la taille et elle se pencha vers moi, sa blouse glissant sur ses bras. Elle déposa sa tête sur mon épaule et je l’embrassai tendrement. Ses lèvres étaient chaudes et douces.

— Et moi? Est-ce que tu m’aimes? murmura-t-elle.

Elle se redressa et plaça ses mains sur mes joues.

— Est-ce que tu m’aimes? Est-ce que tu m’aimes… sans lui?

Avant que je ne puisse répondre, elle m’embrassa, un peut trop fort, avec une passion qu’on aurait pu confondre avec du désespoir. Elle s’ouvrit comme une fleur, délicate et fragile, et pressa son corps contre le mien.

— Ne dis rien… ne dis rien… soupira-t-elle, les yeux clos, une larme coulant sur  sa joue.

Pantoum pataras

16 novembre 2009

Décidément, les temps sont durs pour les pervers
Les vicieux qui aux trios aiment s’adonner
Je l’ai appris à mes dépens avant-hier
Quand Simon et Marie sont venus me baiser

Les vicieux qui aux trios aiment s’adonner
M’ont arraché ma culotte et mes jarretières
Quand Simon et Marie sont venus me baiser
Ravivant l’incendie qui consume ma chair

M’ont arraché ma culotte et mes jarretières
Contre sa bite ma langue je fis glisser
Ravivant l’incendie qui consume ma chair
Pendant que Marie se mettait à me lécher

Contre sa bite ma langue je fis glisser
Elle était raide comme une barre de fer
Pendant que Marie se mettait à me lécher
Les deux genoux au sol et la tête à l’envers

Elle était raide comme une barre de fer
Il me saisit, me retourna pour m’enculer
Les deux genoux au sol et la tête à l’envers
Et le con de Marie tout juste sous mon nez

Il me saisit, me retourna pour m’enculer
Fouillant me petit trou de son auriculaire
Et le con de Marie tout juste sous mon nez
Exhalant de piquants embruns de haute mer

Fouillant me petit trou de son auriculaire
Je me mis à hurler comme une possédée
Exhalant de piquants embruns de haute mer
Lorsque son braquemart se mit à me bourrer

Je me mis à hurler comme une possédée
Marie sursauta, glissa et tomba par terre
Lorsque son braquemart se mit à me bourrer
Dans sa chute, elle s’agrippa à ma crinière

Marie sursauta, glissa et tomba par terre
Nous nous crispâmes, de peur de nous blesser
Dans sa chute, elle s’agrippa à ma crinière
Et nous entraîna tous les trois sur le plancher

Nous nous crispâmes, de peur de nous blesser
Marie se retrouva les quatre fers en l’air
Et nous entraîna tous les trois sur le plancher
Dans un boucan qui fâcha le propriétaire

Marie se retrouva les quatre fers en l’air
Simon évanoui et moi contusionnée
Dans un boucan qui fâcha le propriétaire
Manu militari nous fûmes expulsés

Simon évanoui et moi contusionnée
Marie qui braillait qu’elle avait mal au derrière
Manu militari nous fûmes expulsés
Décidément, les temps sont durs pour les pervers

Preums!

14 juin 2008
(Pour Ralphy)

Nathalie les aimait tous deux tendrement et n’aurait pu imaginer vivre sans eux. Mais manœuvrer continuellement pour qu’ils ignorent mutuellement l’existence de l’autre était non seulement épuisant, mais aussi difficile pour son moral… sans oublier son sens moral, continuellement chatouillé par un sentiment de culpabilité incongru, qu’elle n’aurait jamais cru ressentir de son vivant. Or, comble du malheur, son pire cauchemar se produisit un samedi soir, après une malheureuse erreur d’agenda: ses deux amants, se dévisageant, un bouquet de fleurs à la main, sur le pas de sa porte.

— Mes chéris, je suis désolée… je n’arrive pas à choisir, vous êtes tous deux si… si différents, complémentaires et indispensables. Mais je comprendrai si vous voulez quitter.

Mais ils ne la quittèrent pas; ils refusaient obstinément de céder devant l’autre.

— À moins, bien sûr… proposa-t-elle elle en se mordillant la lèvre inférieure.

— Quoi? demandèrent-ils en choeur.

— À moins que vous arriviez à partager. À me partager… murmura-t-elle, rougissante.

Ils se dévisagèrent un moment puis Laurent cria:

— Preums!

— Preums? répéta Louis, interloqué.

— J’ai le premier choix. Preums pour sa chatte!

— On dit shotgun, maudit Français, répondit Louis. Et moi, je dis shotgun pour son cul!

— Sa bouche! À moi la bouche, espèce de cul-terreux!

— Preums-moi le shotgun pour ses seins dans ce cas, le fif!

— Les garçons, les garçons! On partage gentiment avec son petit camarade, d’accord? soupira Nathalie de soulagement.

Plus tard, après une séance de baise aussi longue et mouvementée que la tétralogie de Wagner, ils s’endormirent tous deux dans les bras de leur maîtresse. Nathalie soupira; les hommes ne sont pas si compliqués, après tout. S’agit seulement de canaliser leur nature compétitive. «Je devrais écrire un bouquin de psychopop sur ce sujet…», se dit-elle. «Je pourrais l’intituler Les hommes viennent de Mars, la femme vient beaucoup… ou peut-être Preums, tout simplement.»

Elle s’endormit en souriant, enveloppée qu’elle était dans la chaleur du corps de ses amants.

La société des loisirs

7 mars 2008

François se mit instantanément à débander lorsqu’il entendit le claquement sec de la porte de l’appartement, suivi de l’habituel sifflotement de sa légitime et tendre moitié.

— Ah foutre. C’est Manon, soupira-t-il.

— Merde, François! N’avais-tu pas dit qu’elle était partie chez sa mère? dit Marlène en sautant hors du lit.

Il la regarda rapailler à la hâte ses vêtements éparpillés dans la chambre, le rouge au front et le juron à la bouche.

— Laisse tomber, c’est inutile, tu ne pourras pas fuir; il n’y a qu’une seule issue et Manon se trouve directement devant.

— Laisser tomber? Serais-tu devenu dingue? répondit Marlène. Tu connais son tempérament!

La porte de la chambre s’ouvrit et Marlène, en désespoir de cause, plongea sous les draps pour maladroitement s’y cacher. François déglutit et se résigna à jouer le rôle du mari adultère dans un mauvais Feydeau.

— Chérie, je peux tout t’expli…

Manon lui plaça son index sur la bouche pour lui couper la parole.

— Quand tu t’es mis au golf avec ton patron et tes clients, je n’ai rien dit et j’ai joint un club de lecture. N’est-ce pas? dit-elle sur un ton acerbe.

— Euh…

— Et cet automne, quand tu as joint cette ligue de hockey amateur… tu te souviens? Je me suis mordu la langue et je me suis mise au scrapbooking.

— Manon, je sais que je n’ai pas été… bafouilla François.

— Et quand tu t’es mis dans la tête d’aller chasser sur l’île d’Anticosti… est-ce que je t’ai dit quoi que ce soit? Non, monsieur: je t’ai laissé partir et suis restée seule pendant toute une semaine. Mais là, vraiment…

Elle ouvrit le tiroir du haut de la commode, celui où est rangé le revolver.

— Manon! Je t’en prie! Laisse-moi t’expliquer! cria François.

— Non! Pitié! Je ne veux pas mourir! hurla Marlène.

Pendant que Manon fouillait dans le tiroir, François bondit et saisit fermement l’avant-bras, tout juste au moment où venait d’empoigner l’objet de ses recherches.

— Il est à peu près temps que tu me fasses participer à tes loisirs, dit simplement Manon, le gode-ceinture à la main.

Éjaculations

5 novembre 2007

Invitée à dîner chez un couple d’amis, je finis par comprendre en fin de soirée que ce n’était qu’un stratagème pour me prier d’initier madame aux joies du triolisme. Malheureusement pour eux, j’avais trop bu, j’avais mal à la tête et j’étais d’humeur massacrante. Étant polie et bien élevée, je leur offris plutôt de rester sagement assise près de leur lit et d’être spectatrice de leurs ébats.

Je les regardai donc s’accoupler d’abord avec timidité, ensuite avec vigueur. Elle le chevauchait, trempée de sueur… et moi, je ne pouvais m’empêcher d’imaginer les mouvements de ses organes — son utérus, sa vessie, son estomac, son foie, ses intestins — triturés dans la cavalcade. Tout cela se termina en orgasme pour eux et en vomissements pour moi.


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