Les Cahiers feront relâche pendant les fêtes de fin d’année et seront de retour en 2008. Pour vous faire patienter — et parce que le temps de Noël est aussi le temps des reprises — voici un drame épique en trois actes, d’après un canevas de JessY, qui date de décembre 2003. Je vous embrasse toutes et tous, bande de fieffés coquins!
PERSONNAGES:
- L’ingénue
- Le Père Noël
- Le renne
- Le lutin
ACTE I
(Au salon)
(Un salon octogonal. — Au fond, une grande cheminée de pierre. — Une porte dans chaque pan coupé. — À gauche, contre la cloison, un sapin lourdement décoré, avec une multitude de lumières colorées et clignotantes. — À droite, toujours contre la cloison, une horloge grand-père. — Un canapé recouvert d’une large couverture de laine. — Une table à café, sur laquelle est un plateau portant un verre de lait, deux biscuits et un appareil photo. — Deux chaises.)
SCÈNE I
L’INGÉNUE
L’INGÉNUE, vêtue d’une nuisette de satin, devant le sapin où elle vient de placer une boule. — Voilà. (Elle recule et contemple son œuvre) Oh! Qu’il est joli! On le croirait sorti directement du catalogue Ikea. (Elle prend le mode d’emploi, l’ouvre et lit) … Placer la boule «möch» sur la branche «emplästik»…
(L’horloge sonne trois coups)
L’INGÉNUE. — Tiens, déjà onze heures. Ça ne veut dire qu’une seule chose: le Père Noël sera ici dans… (Elle fronce les sourcils en comptant longuement sur ses doigts)… une heure. Voyons si tout est prêt.
(Elle sort un bout de papier d’entre ses seins et regarde la table à café)
L’INGÉNUE. — Verre de lait… check. Deux biscuits… check. Appareil photo… check. Me voici fin prête pour mettre mon plan diabolique à exécution. (Elle se frotte les mains en souriant malicieusement) Je vais me cacher dans cette couverture près de la cheminée pour surprendre le Père Noël. (Elle prend la couverture et va s’installer sur le côté droit de la cheminée) Dès qu’il met le pied dans la maison, crac! Je le photographie et vends les clichés au premier tabloïd qui m’offrira trois mille milliards de dollars de dollars et trente trois cents. Hi hi hi hi! Je vais pouvoir aller me faire dorer les fesses à Hawaï! Tout ce que j’ai à faire, c’est rester éveillée et (Elle baille) attendre. Une petite heure seulement, ce n’est pas la mer à boire. (Elle baille encore) Même si d’habitude, à cette heure, je…
(Elle s’endort. Dans son sommeil, elle repousse la couverture à ses pieds.)
SCÈNE II
L’INGÉNUE, LE PÈRE NOËL
LE PÈRE NOËL, tombant assis dans l’âtre avec un immense nuage de suie noire. — Heu! Heu! Heu! (Il tousse) Saloperie de cheminée! Ça serait trop leur demander de la faire ramoner de temps en temps? (Il reçoit son sac rempli de cadeaux sur la tête) AIE! Putain de cadeaux à la con! Vivement la retraite.
(Il traîne son sac en maugréant jusqu’au sapin)
LE PÈRE NOËL. — Bon, qu’est-ce que je lui donne, cette année, à cette tête de linotte. (Il fouille, la tête dans son sac) Vison… non… Diamant… non… Mercedes… non… Ah! Voilà. (Il sort un gros vibromasseur orné d’un ruban) Un vibromasseur multifonctions chauffant à trois vitesses avec tête chercheuse ajustable, télécommande sans fil et pile atomique. (Il place le cadeau sous le sapin puis va prendre une bouchée de biscuit) Quand je pense que cent de mes meilleurs lutins ont bossé des semaines entières pour fabriquer ce bidule, ça me donne envie de relocaliser mon atelier au Mexique… (Il prend une autre bouchée, rêveur) Ça règlerait mes problèmes de main d’œuvre, ça c’est sûr…
L’INGÉNUE Émet un ronflement particulièrement bruyant.
LE PÈRE NOËL se tourne et voit l’ingénue. — Tiens tiens, mais qu’avons-nous là… (Il retire le kodak des mains de l’ingénue) On voulait surprendre le Père Noël, n’est-ce pas? On voulait vendre sa photo pour trois mille milliards de dollars de dollars et trente trois cents? Petite saligaude! (Il la regarde) Et regardez-lui la tenue! Pas surprenant qu’elle ait demandé un tel cadeau! (Il regarde dans la salle, à gauche et à droite) Et si on en faisait, des photos?
(Le Père Noël fait glisser délicatement les bretelles de la nuisette l’une après l’autre, pour dénuder les seins. Il remonte ensuite la nuisette jusqu’au nombril, dénudant ainsi le sexe de l’ingénue. Finalement, il la coiffe avec son bonnet de laine rouge.)
LE PÈRE NOËL. — Alors ça, mes petits enfants, c’est ce que j’appelle une décoration de Noël réussie. (Il prend plusieurs photos) Ça fera de chouettes cartes de vœux pour l’an prochain! (Il prend encore des photos)
RIDEAU

ACTE II
(Sur le toit)
(Un versant de toit revêtu de bardeaux noirs. — Au milieu, un traîneau où trône un immense sac rouge. — À gauche, une large cheminée de briques. — Le tout recouvert par endroits de neige épaisse.)
SCÈNE I
LE RENNE
LE RENNE est seul, attaché au traîneau. Au premier regard, il est évident que c’est un costume: la fourrure a un aspect synthétique, les yeux de verre sont inexpressifs, les cornes sont en carton et on distingue nettement les coutures autour du cou et de la taille. – Mhhhf mhhhff mmhfff! Mhhf mhfhhff mmhfmff!
(Il se lève sur ses pattes de derrière et enlève la tête de son costume. C’est un jeune homme, il est en sueurs et ses cheveux sont défaits )
LE RENNE. — Mais qu’est-ce qu’il fout? (Il jette un coup d’œil dans la cheminée) Ça doit faire vingt minutes qu’il est là dedans… (Il tâte son costume des deux mains) Putain! Qu’est-ce que j’ai besoin d’une clope! (Il s’assoit) Aie! J’ai mal aux jarrets. «Engagez-vous! Engagez-vous!», qu’ils disaient. Tu parles! Un costume miteux et le salaire minimum… quand je pense que j’ai un MBA! (Il tousse) J’ai vraiment besoin d’une cigarette. (Il regarde le traîneau) Peut-être que… (Il s’approche et fouille dans le sac) Peut-être qu’il y a des cigares dans ce sac. On sait jamais, un PDG qui aurait été sage… c’est peu probable, mais ça vaut la peine de chercher. (Il fouille, lance des boites à la ronde, et finit par extirper un cadeau) Voilà qui pourrait être une boîte de Bolivars… (Il regarde à la ronde, pour s’assurer de l’absence de témoins, puis déchire le papier d’emballage)
SCÈNE II
LE RENNE, LE LUTIN
LE LUTIN jaillit tel un diable de la boite. Il porte la barbe et un bonnet rouge vif. Nu comme un ver, sa pine turgescente est décorée d’un joli nœud papillon. — Ta-dam!
LE RENNE. — What the…
LE LUTIN
en dansant une gigue, chante avec une voix aiguë.
C’est moi Quentin
Le p’tit lutin
Qu’est guilleret
Qu’est toujours prêt
À stimuler
Et à combler
Tous vos caprices
Vos orifices
LE RENNE. — C’est bien ma chance: je suis tombé sur le cadeau d’Anne Archet.
LE LUTIN
toujours en dansant
Insérez-moi
Deux piles AA
Et je bécote
Et je suçote
Et je léchouille
Vot’ petite moule
LE RENNE. — Hé, le lutin pervers, tu peux laisser tomber, y’a erreur sur la personne.
LE LUTIN
poursuivant comme si de rien n’était
Si sur mon nez
Vous appuyez
Je vous enconne
Je vous pistonne
LE RENNE. — Inutile de t’époumoner, y’a personne à pistonner ici.
LE LUTIN
Je vous retourne
Je vous enfourne
LE RENNE. — Hé-ho! T’as compris ce que je viens de dire?
LE LUTIN
Je vous encule
Je vous macule
LE RENNE. — Assez!
LE LUTIN
Je vous ramone
Je vous savonne
Je vous besogne
Je vous…
LE RENNE, hurlant à plein poumons.— STOP!
LE LUTIN se tourne et dévisage le renne. — Vous n’êtes pas Mademoiselle Archet?
LE RENNE. — J’ai l’air d’une chintoque obsédée?
LE LUTIN. — Peut-être avec moins de poils sur la tête…
LE RENNE. — Pas de chance mec, va falloir retourner dans ta boîte.
LE LUTIN, la mine déconfite. — Alors là, non! Je suis recroquevillé là dedans depuis septembre!
LE RENNE. — Rien à branler. Allez hop! Saute là-dedans!
LE LUTIN, suppliant. – Allez, soyez chic, ne m’obligez pas à y retourner. Je pourrais peut-être vous être utile à quelque chose?
LE RENNE. — À moins d’être un cigare, j’en doute.
LE LUTIN. — Un cigare, non. Mais une pipe, ça vous dirait?
LE RENNE réfléchit un moment, puis soupire. — Bof, pourquoi pas. Le vieux n’a pas l’air de donner signe de vie depuis un moment, alors mieux vaut en profiter.
LE LUTIN. – Youppi!
(Pendant que le renne retire le bas de son costume, le lutin se met à chanter)
C’est moi Quentin
Le p’tit lutin
Qu’est guilleret
Qu’est toujours prêt
À sti…
LE RENNE. — Moins de gigue, plus de langue.
LE LUTIN. — Désolé. C’est l’émotion… (Il s’installe dos au public, entre les jambes du renne) Vous allez voir, mon deuxième prénom est Hoover. (Sa tête fait des mouvements de va et vient. Tout en suçant, il émet des borborygmes sur l’air de sa chansonnette.)
LE RENNE, impassible malgré la pipe, dit en soupirant: — Après ça, j’aurai vraiment envie d’une clope…
RIDEAU

ACTE III
(De retour au salon)
(Le même salon octogonal que l’acte I, mais en plus désordonné. — Le sapin est renversé, ainsi que la table à café et les chaises. — Flaque de lait au milieu de la scène.)
SCÈNE I
L’INGÉNUE, LE PÈRE NOËL
(Avant même que le rideau ne soit levé, on entend des pas de course, des cris, des meubles qui tombent.)
L’INGÉNUE, la nuisette roulée autour de la taille comme une ceinture, poursuit le Père Noël en brandissant son vibromasseur multifonctions chauffant à trois vitesses avec tête chercheuse ajustable télécommande sans fil et pile atomique. — Vieux salopard! Ordure! Voyeur! Viens ici, sale dégénéré!
LE PÈRE NOËL, le pantalon aux chevilles et la flamberge au vent, tente de fuir désespérément. — Ahhhrg! Mademoiselle! De… grâce! Calmez-vous! (Il s’essouffle, ses paroles sont entrecoupée de respirations oppressées.) Tout ceci… n’est qu’un… affreux… malentendu!
L’INGÉNUE, complètement furax. — Malentendu mon cul! Abuser de la sorte d’une jeune fille innocente! Satyre! Violeur!
LE PÈRE NOËL glisse dans le lait et tombe face contre terre. — AAAHHHH!
L’INGÉNUE lui saute dessus et s’assied sur son dos. — Je te tiens, vieux cochon! (Elle arrache sa nuisette et s’en sert pour attacher les poignets du Père Noël dans son dos) Je vais te faire goûter à ta propre médecine. Ça t’apprendra à visiter les muqueuses d’autrui sans avoir sollicité de permission au préalable!
LE PÈRE NOËL, le visage aussi écarlate que son manteau, — Pitié! Pitié! J’ai un pacemaker!
L’INGÉNUE. — Ah oui? Insérons alors un deuxième appareil électronique dans ce corps de lopette festive! (elle empoigne son vibromasseur multifonctions chauffant à trois vitesses avec tête chercheuse ajustable télécommande sans fil et pile atomique et l’introduit brutalement entre les fesses du Père Noël)
LE PÈRE NOËL. — AAAARRGH!
L’INGÉNUE. — Alors, tu aimes, gros lard? En avant toutes! Vitesse maximale! (Le bourdonnement du vibrateur montre d’une tierce mineure)
LE PÈRE NOËL. — AAAHHHRGH! J’ai la prostate qui décolle!
SCÈNE II
L’INGÉNUE, LE PÈRE NOËL, LE RENNE, LE LUTIN
LE RENNE, sans la tête de son costume, descend la cheminée. — Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel?
LE LUTIN tombe de la cheminée à côté du renne. — Aie! Mes fesses! Mes précieuses fesses! (Il se frotte le derrière, puis regarde l’ingénue et le Père Noël) Oh-oh… je crois que le patron est dans la mouise. (Il se tourne vers le renne) Qu’est-ce qu’on fait?
LE RENNE. — Je ne sais pas pour toi, mais en ce qui me concerne, je n’ai aucune envie de m’interposer entre cette harpie et lui.
LE PÈRE NOËL. — AAARGH! Pitié! Je vous en supplie! Je souffre d’incontinence!
LE LUTIN. — Ça n’a pas de sens, il faut faire quelque chose.
LE RENNE. — Pas question. Je tiens trop à l’élasticité de mon sphincter.
LE LUTIN, n’écoutant plus le renne, s’approche de l’ingénue — Ahem. Ma… Mademoiselle?
L’INGÉNUE se retourne, crie et tente de se cacher les seins avec son bras inoccupé. — Mais qui êtes vous?
LE LUTIN se met à chanter. — C’est moi Quentin, le p’tit lutin, qu’est…
LE RENNE giffle le lutin. — Suffit! On la connaît!
L’INGÉNUE, mi-effrayée, mi-scandalisée. — Mais que faites-vous dans mon salon?
LE RENNE. — Et vous, que faites-vous au patron?
L’INGÉNUE se relève, en laissant son vibromasseur multifonctions chauffant à trois vitesses avec tête chercheuse ajustable télécommande sans fil et pile atomique dans l’anus du Père Noël. — Il l’a bien mérité ce minable. Vous voyez ce qu’il m’a apporté? (Elle montre du doigt le vibro fiché dans le fondement du Père Noël) Moi qui avait demandé un lutin baiseur!
LE PÈRE NOËL. — Bouhouhou, snif snif snif.
LE RENNE. — Ça tombe bien, je viens d’en déballer un par mégarde. (Il s’approche de l’ingénue et lui dit à l’oreille) Je vous le laisse pour presque rien.
L’INGÉNUE sourit malicieusement. — Ah oui? Et c’est combien, presque rien?
LE RENNE. — Un paquet de Gitanes et une pipe.
L’INGÉNUE extirpe du sapin renversé un paquet de cigarettes. — Marché conclu. Enlève-moi le bas de ce costume que je m’exécute. (Elle se tourne vers le lutin et appuie sur son nez) Et toi, tu prends l’arrière et tu me fais une petite démonstration!
LE LUTIN, tout sourire. — Tout de suite, patronne!
(Le lutin fredonne sa chanson en prenant frénétiquement en levrette l’ingénue qui suce le renne debout devant elle. Le Père Noël, encore et toujours sodomisé par le vibromasseur multifonctions chauffant à trois vitesses avec tête chercheuse ajustable télécommande sans fil et pile atomique sanglote dans son coin. Le renne porte une cigarette à sa bouche, puis tâte le haut de son costume des deux mains.)
LE RENNE fronce les sourcils puis s’adresse au public. — Z’auriez pas vu la petite fille aux allumettes?
RIDEAU









