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	<title>Lubricités &#187; Sexe</title>
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	<description>Les cahiers d&#039;Anne Archet</description>
	<lastBuildDate>Fri, 10 Feb 2012 02:34:52 +0000</lastBuildDate>
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		<title>La conférence interrompue (5/5)</title>
		<link>http://archet.net/2010/02/02/la-conference-interrompue-55/</link>
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		<pubDate>Wed, 03 Feb 2010 03:05:28 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anne Archet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Dialogues vénériens]]></category>
		<category><![CDATA[Anarchie]]></category>
		<category><![CDATA[Insurrection]]></category>
		<category><![CDATA[Sexe]]></category>

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		<description><![CDATA[Ou la philosophie dans le 3½ (transcription de cinq enregistrements numériques) (Lire le début.) Nom du fichier : conference05.wav AA : Anne Archet, un individu LB : Louis Berthier, un autre individu SB : Simone Bechara, un troisième individu [Début de l’enregistrement] AA : Bon, la foutue conférence… Hum… Ouais… Pffff… Je pourrais peut-être terminer sur une note plus… [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align: center;"><em>Ou la philosophie dans le 3½<br />
(transcription de cinq enregistrements numériques)</em><br />
(<a href="http://archet.net/2009/12/22/la-conference-interrompue/">Lire le début</a>.)</p>
<p><strong>Nom du fichier : conference05.wav</strong></p>
<p>AA : Anne Archet, un individu<br />
LB : Louis Berthier, un autre individu<br />
SB : Simone Bechara, un troisième individu</p>
<p style="text-align: center;">[Début de l’enregistrement]</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Bon, la foutue conférence… Hum… Ouais… Pffff… Je pourrais peut-être terminer sur une note plus… personnelle…</p>
<p style="text-align: justify;">Ok. Les idées que je partage avec vous ne sont qu’exploratoires; elles appellent à l’expérimentation, à la prospection de domaines inconnus. Ce sont des invitations à des voyages, à des transhumances, à des aventures à la mesure de nos désirs, qui mènent par delà de nos limites. Ces idées n’ont en soi rien de révolutionnaire. Elles ne le deviennent qu’au moment où elles entrent en conjonction avec une résistance active et consciente à la société — une reconnaissance consciente que notre unicité et notre liberté en tant qu’individus sont radicalement en conflit avec la société et que nous devons la détruire pour finalement devenir ce que nous sommes. Car nous…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Euh… Anne? Tu as une minute?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Oui, Louis.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Lucifer vient de partir.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Ah oui?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Oui. Avec Stella.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Tu veux dire que…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Tu as vu comme moi à quel point il était fasciné par elle. Alors qu’elle se refaisait une beauté, elle lui a dit : « Lucifer, j’ai des projets pour toi, viens avec moi. » Et il a dit oui, tout simplement.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Quel genre de projets?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Je ne sais pas. Mais j’ai trouvé une enveloppe à ton nom sur la table de la cuisine.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Ah?</p>
<p><span id="more-2868"></span></p>
<p style="text-align: justify;"><em>[Bruit d’une enveloppe qu’on déchire.]</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Et puis?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> C’est écrit : « J’ai enfin trouvé la voie de l’extinction. Adieu. » Et c’est signé « Éric »…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Il y a les billets, aussi…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Oui… Trois cent soixante dollars… Ça voudrait dire que Stella n’a pas pris son argent…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Tout ça me dépasse complètement. Pourquoi a-t-elle fait ça?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Elle n’a sûrement pas besoin de nos billets et a peut-être décidé qu’en prenant possession de Lucifer, elle gagnerait beaucoup plus…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> D’accord, mais Lucifer n’était pas à nous, alors pourquoi le payer…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Je crois que pour Stella, l’argent n’a pas d’importance — ou du moins, n’a pas la même importance que pour la plupart des prostituées.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Et cette histoire d’extinction, à quoi ça rime selon toi?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Si tu veux mon avis, notre Lucifer a pris la ligne de fuite.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Qu’est-ce que tu veux dire?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> C’est un concept de Guattari et Deleuze. Selon eux, nous sommes tous, individuellement et collectivement, traversés par des lignes que nous empruntons et qui déterminent les conditions de notre existence. Notre vie est un écheveau inextricable de lignes entremêlées.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Ok. Et ces lignes sont?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Ben… Il y a les lignes dures, celles du devoir, du travail, de la morale, du mariage, de la famille. Par exemple, le métier de Stella, la prostitution, est une ligne dure. Elle vend son temps et son corps pour assurer sa survie.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Je vois. La ligne dure, c’est l’exploitation.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Oui, mais pas seulement ça. Les lignes dures ont l’avantage redoutable de nous assurer un avenir: une carrière, une famille, une vocation à réaliser. C’est la ligne de la sécurité. Elle nous exploite, mais en échange notre survie est assurée.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Belle perspective. C’est l’ennui assuré.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Justement. On vit en relative sécurité sur la ligne dure, mais sans surprise et sans espoir.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> D’accord. Et l’autre ligne, c’est la ligne de fuite, c’est ça?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Oui, mais il y a aussi les lignes souples.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Souples?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Oui. Ce sont celles qui voguent autour des lignes dures en les défiant sans les remettre en question. Ce sont celles des désirs cachés, des rêveries, des fantasmes, des discussions à voix basse entre collègues, du commérage… de la délinquance, aussi, celle du petit refus de respecter le règlement, celle de la grève, de l’absentéisme au travail, du vol à l’étalage… Tous ces petits délits qui offrent des instants de liberté, de vie.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Comme une call-girl qui s’amuse en organisant une orgie pour le plaisir et oublie de se faire payer?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Ben oui, pourquoi pas… L’orgie ressemble au carnaval du Moyen Âge : c’est le moment où l’ordre établi est temporairement renversé, où on a l’impression de vivre, enfin. C’est l’expérience ponctuelle qui rend la ligne dure supportable. Une soupape de sûreté, en quelque sorte.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Et la ligne de fuite, c’est… la révolution?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Pas nécessairement… Alors que les lignes souples s’enroulent autour des lignes dures, la ligne de fuite s’en détache. La destination est inconnue, imprévisible — c’est un devenir, un processus incontrôlable. C’est l’émancipation, la libération, la seule ligne sur laquelle on peut réellement devenir ce qu’on est, vivre réellement.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Et c’est ce que Lucifer a fait, tu crois? En devenant l’objet sexuel de Stella?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Peut-être. Je crois bien qu’il a tout abandonné, comme Fido… Tu te rappelles ce que Stella disait?  « Travail, famille et patrie »…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> La ligne dure…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Yep. La ligne dure…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Je me demande ce qu’il va y trouver, sur sa ligne de fuite, ce pauvre Lucifer.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Qui sait… d’autres valeurs, d’autres façons de vivre, d’aimer… la folie, la mort, aussi, peut-être. Parce que fuir, c’est aussi risquer, abandonner la sécurité qu’offre la ligne dure…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Cette histoire de lignes, tu vas en parler dans ta conférence?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Je ne sais pas… Je ne sais plus ce que je vais raconter. Et je dois y être dans un peu plus d’une heure…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>[Silence.]</em></p>
<p style="text-align: justify;"><em> </em></p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Je peux te poser une question indiscrète, Anne?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Shoot.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Tu dis qu’on doit changer la vie en vivant l’anarchie ici et maintenant, quitte à ce que ce soit limité et temporaire.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Oui.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Et que c’est à force de faire une telle chose qu’éventuellement, l’ordre actuel va s’écrouler.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> C’est à peu près ça, oui.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Ce que je me demande, c’est comment tu concilies ce qui s’est passé ici, aujourd’hui, avec ce que tu racontes dans ta conférence? Je veux dire… Est-ce que c’est vraiment en jouant aux fesses qu’on va abattre le capitalisme? Ça me semble un peu gros, tu ne trouves pas?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Évidemment non. Je ne suis pas idiote ai point de penser une telle chose.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Qu’est-ce qu’il faut faire, alors?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Que faire…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Ouais. « Que faire ».</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> L’éternelle question…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Il y a l’art. C’est ce que je fais, moi. Quand je m’exprime à travers mon art… je le fais aussi pour créer, pour changer le monde à ma manière…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Je ne sais pas. L’art reste finalement une marchandise comme les autres… En ce qui me concerne, j’écris beaucoup, mais je n’entretiens pas beaucoup d’illusions quant à l’utilité de cette activité.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Peut-être que la question ne devrait pas être « Que faire? », mais plutôt « Que voudrais-tu faire? »…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> En ce moment, ce que je voudrais, c’est partir.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Hey, je ne te retiens pas. Ma porte est grande ouverte!</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Nono! Je parle d’itinérance en compagnie d’amis et d’amants comme toi, de gens remplis de désirs similaires aux miens. On pourrait former un festival nomade de rébellion, voyager sans cesse.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Un « festival »? Tu veux partir avec le cirque?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Pas exactement. Je dis « festival » au lieu de « tribu » ou « bande » parce que la seule constante serait l’envie de mes compagnons de participer à l’aventure. Il y aurait donc des gens qui arriveraient et qui partiraient constamment, au gré de leurs désirs…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Et qu’est-ce que tu ferais, au juste? Des spectacles?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Pourquoi pas… du moins, quelque chose de fun, de ludique… de créatif.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> D’accord. Et comment on s’arrangerait pour bouffer? Pour s’habiller? Pour se loger? Je parie que travailler est hors de question…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Peut-être pas hors de question, mais le moins possible, ça, c’est certain. On pourrait grappiller tout ce qu’on peut, voler, aussi. Partager entre nous les dons amassés ici et là auprès des rencontres de hasard, auprès des gens séduits par l’expression de notre fureur, de notre folie…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Tu crois vraiment à ce que tu racontes? Tu penses vraiment que ça pourrait marcher?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Je sais que je me répète, mais… pourquoi pas?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Franchement, Anne, ton truc, ça ne me semble pas révolutionnaire du tout. Les clochards font la même chose et ils ne dérangent pas trop l’ordre établi. Pire : ils en subissent l’oppression. On les laisse vivoter en marge du système en attendant qu’ils crèvent, c’est tout.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Je sais. Mais ce n’est pas tout, justement. On pourrait tisser des liens entre nous. Partager nos expériences, nos connaissances avec les amis que nous nous ferions sur la route. Créer un réseau de la révolte… propager l’incendie.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Propager l’incendie?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Oui. Dans le sens de stimuler le désir de créer et d’affronter l’oppression chez mes semblables. Et aussi attaquer les dispositifs du pouvoir par le sabotage, le vandalisme.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Ça me semble une recette pour se retrouver en prison en moins de temps qu’il ne le faut pour dire « insurrection ».</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Ça fait partie des risques de la ligne de fuite. Mais le fait que nous soyons toujours en mouvement, que nous soyons insaisissables pourrait sûrement nous offrir une certaine impunité. Après tout, le nomadisme offre l’avantage de pouvoir se soustraire du regard du Léviathan…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Ouais.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Yep.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> N’empêche que tu n’as toujours pas répondu à ma première question.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Qui était?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Comment concilies-tu tes convictions avec ce qui s’est passé aujourd’hui…</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Pourquoi est-ce que je devrais me sentir obligée de vivre en accord avec mes convictions?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Peut-être parce que tu fais de ton mode de vie une stratégie pour réaliser tes idéaux, tiens!</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Tu as raison.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Alors?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Alors rien. Je ne sais pas. Tout ce que je sais, c’est que je suis lasse, si lasse… Lasse de me sentir isolée parce que je refuse de me sacrifier aux rôles sociaux qui me sont imposés.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Difficile de devenir un grand individu, hein?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> On a la grandeur qu’on peut. La mienne est toute petite.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Alors toutes tes salades sur l’individu fort qui n’a pas besoin des autres, ce n’était que des pirouettes intellectuelles?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Je n’ai pas besoin des autres, Louis. Je les désire, c’est différent.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Et en quoi est-ce différent?</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Je te désire, toi, Louis, comme je désire Simone, Lucifer et Stella. Comme je désire aussi Fido et tous les autres parce je brûle d’un feu ardent. Je brûle d’explorer de nouveaux agencements, de nouvelles façons d’aimer, de haïr, de me mesurer avec mes semblables. Je brûle de connaître les idées de ceux et celles qui veulent, comme moi, aller par delà les identités et les rôles sociaux. Et surtout, je brûle d’explorer ces idées avec ceux que je désire, avec mes amis, mes amantes.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Et tout ça, bien sûr, en te confinant dans la marge.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> C’est là que tout commence. Un jour, la marge recouvrira peut-être toute la planète… En attendant, je veux cesser de vivre faiblement. Je veux commencer tout de suite à créer un monde dans lequel non seulement moi, mais tous mes semblables peuvent vivre selon leurs propres nécessités.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>LB :</em> Vivre.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> Oui. Vivre, enfin, pour de bon.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>[Très long silence. Bruits de pas qui s’approchent.]</em></p>
<p style="text-align: justify;"><span style="text-decoration: underline;"> </span></p>
<p style="text-align: justify;"><em>SB :</em> C’est l’heure de partir, Anne. Il faut aller faire ta conférence.</p>
<p style="text-align: justify;"><em>AA :</em> J’ai une meilleure idée, mon amour. Partons plutôt la vivre, là, maintenant.</p>
<p style="text-align: center;">[Fin de l’enregistrement.]</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Catholiqueries</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Nov 2009 02:24:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anne Archet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Futilités]]></category>
		<category><![CDATA[Catholicisme]]></category>
		<category><![CDATA[Histoire]]></category>
		<category><![CDATA[Sexe]]></category>

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		<description><![CDATA[Quand un bon catholique baise-t-il? Selon le Manuel des confesseurs et des directeurs de conscience des provinces ecclésiastiques de Montréal, Québec et Ottawa (édition de 1893), pas le jeudi, car c&#8217;est le jour de l&#8217;arrestation du Christ, ni le vendredi, le jour de sa mort. Il ne baise pas non plus le samedi, jour de [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;">Quand un bon catholique baise-t-il?</p>
<p style="text-align:justify;">Selon le <em>Manuel des confesseurs et des directeurs de conscience des provinces ecclésiastiques de Montréal, Québec et Ottawa</em> (édition de 1893), pas le jeudi, car c&#8217;est le jour de l&#8217;arrestation du Christ, ni le vendredi, le jour de sa mort. Il ne baise pas non plus le samedi, jour de la Vierge, ni le dimanche, celui du Seigneur, et encore moins le lundi, le jour des morts.</p>
<p style="text-align:justify;">Reste alors le mardi et le mercredi. Et encore, pas pendant le carême, ni à la Pentecôte, ni pendant la semaine sainte, ni à Noël… et seulement s&#8217;il ne pêche pas en le faisant, c&#8217;est-à-dire qu&#8217;il doit baiser son épouse légitime, en position du missionnaire et sans utiliser de contraception.</p>
<p style="text-align:justify;">Ce qui signifie que s&#8217;il ne veut pas procréer, il doit avoir recours à la méthode du calendrier, ce qui élimine potentiellement la moitié des mardis et des mercredis de l&#8217;année.</p>
<p style="text-align:justify;">Quand un bon catholique baise-t-il?</p>
<p style="text-align:justify;">Chaque fois qu&#8217;il en a envie, mais avec beaucoup de mauvaise conscience.</p>
]]></content:encoded>
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		<title>Pénitentiel</title>
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		<pubDate>Tue, 10 Nov 2009 03:28:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anne Archet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Retailles d’hosties]]></category>
		<category><![CDATA[Catholicisme]]></category>
		<category><![CDATA[Religion]]></category>
		<category><![CDATA[Sexe]]></category>

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		<description><![CDATA[(Tiré du Manuel des confesseurs et des directeurs de conscience des provinces ecclésiastiques de Montréal, Québec et Ottawa, édition de 1893.) *   *   * Êtes-vous une femme mariée, une veuve ou une vierge? Avez-vous perdu votre virginité? Où et comment l’avez-vous perdue? Avez-vous commis le péché des deux côtés? Avez-vous déjà péché avec [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p style="text-align:justify;"><em>(Ti</em><em>ré du</em> Manuel des confesseurs et des directeurs de conscience des provinces ecclésiastiques de Montréal, Québec et Ottawa,<em> édition de 1893.)</em></p>
<p style="text-align:center;">*   *   *</p>
<p style="text-align:justify;">Êtes-vous une femme mariée, une veuve ou une vierge?</p>
<p style="text-align:justify;">Avez-vous perdu votre virginité? Où et comment l’avez-vous perdue?</p>
<p style="text-align:justify;">Avez-vous commis le péché des deux côtés?</p>
<p style="text-align:justify;">Avez-vous déjà péché avec une femme?</p>
<p style="text-align:justify;">Était-ce votre mère — celle qui vous a enfanté?</p>
<p style="text-align:justify;">Avez-vous touché avec plaisir le sexe d’un homme en souhaitant commettre le péché?</p>
<p style="text-align:justify;">Combien de fois avez-vous cédé à la tentation?</p>
<p style="text-align:justify;">L’un d’eux était-il votre père, votre frère aîné, votre frère cadet?</p>
<p style="text-align:justify;">Avez-vous déjà eu des gestes impurs envers vous-même?</p>
<p style="text-align:justify;">Avez-vous déjà glissé un doigt dans votre intimité? Deux? Plus de deux?</p>
<p style="text-align:justify;">Avez-vous touché votre orifice de derrière dans un but malhonnête, c’est-à-dire ne concernant pas l’hygiène?</p>
<p style="text-align:justify;">Y avez-vous déjà glissé un doigt afin d’obtenir des sensations voluptueuses?</p>
<p style="text-align:justify;">Avez-vous opéré une semblable manœuvre avec un cierge? Un légume? Un goupillon ou un ostensoir?</p>
<p style="text-align:justify;">Vous êtes-vous déjà offerte de façon impudique à plusieurs hommes à la fois? À plusieurs femmes? À un groupe composé d’hommes et de femmes?</p>
<p style="text-align:justify;">Vous êtes-vous adonnée à des copulations contre-nature avec un chien? Avec un bouc? Avec un adepte de la religion dite réformée?</p>
<p style="text-align:justify;">Avez-vous forniqué avec un membre du clergé de notre sainte mère l’Église?</p>
<p style="text-align:justify;">Auriez-vous envie d’essayer là, tout de suite?</p>
]]></content:encoded>
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		</item>
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		<title>Mauvais genre</title>
		<link>http://archet.net/2009/08/24/mauvais-genre/</link>
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		<pubDate>Mon, 24 Aug 2009 06:11:52 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anne Archet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Faits divers]]></category>
		<category><![CDATA[Hermaphrodisme]]></category>
		<category><![CDATA[Sexe]]></category>

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		<description><![CDATA[Caster Semenya, la sculpturale, Qui court plus vite que mes créanciers Est soupçonnée d’être en fait un mâle; Qui, sous sa jupe, osera vérifier?]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Caster Semenya, la sculpturale,<br />
Qui court plus vite que mes créanciers<br />
Est soupçonnée d’être en fait un mâle;<br />
<a title="Dlate.fr : Sport et identité sexuelle: l'affaire Caster Semenya" href="http://www.slate.fr/story/9431/mme-ou-mr-caster-semenya">Qui, sous sa jupe, osera vérifier</a>?</p>
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		</item>
		<item>
		<title>Résolutions du nouvel an</title>
		<link>http://archet.net/2009/01/07/resolutions-du-nouvel-an/</link>
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		<pubDate>Wed, 07 Jan 2009 22:20:34 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anne Archet</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Écriture]]></category>
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		<description><![CDATA[Réfléchir un peu moinsÉcrire un peu plusSe comporter davantage comme les bonobos]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Réfléchir un peu moins<br />Écrire un peu plus<br />Se comporter davantage comme les bonobos</p>
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		<title>Fourchette-moi</title>
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		<pubDate>Thu, 04 Dec 2008 21:25:46 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anne Archet</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Nous étions couchés, pantelants, en cuillères, quand je sentis quelque chose de doux, quelque chose de chaud, quelque chose de bien dur s’immiscer entre mes cuisses. «Fork me, fork me good» lui susurrai-je en glissant ma main dans ses cheveux, derrière ma nuque.</p>
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		<title>La famille est une minifourgonnette en panne qui continue de rouler</title>
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		<pubDate>Wed, 05 Nov 2008 04:00:20 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anne Archet</dc:creator>
				<category><![CDATA[Anarchie etc.]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Des amis à moi qui viennent d’avoir leur premier enfant se sont achetés une minifourgonnette. Ce qui, en soit, est dans l’ordre naturel et nord-américain des choses : d’abord, on forme un couple, ensuite, on tombe en cloque, on s’hypothèque une maison en banlieue et après, on se lance dans l’achat d’un véhicule familial dont la livraison précède de quelques jours l’accouchement. Ne reste plus ensuite qu’à se marier, se procurer un chien, des appareils électroménagers, un cinéma-maison et des anxiolytiques à profusion pour oublier la dépression nerveuse et voguer tranquillement sur le long fleuve tranquille du bonheur. Sur cette minifourgonnette, le concessionnaire à eu l’idée géniale d’apposer un autocollant arborant fièrement le slogan de son commerce: «La famille et l’amour, des valeurs sûres!». Lorsque je fis remarquer la chose à ma copine, elle fit la moue et me dit: «Je sais, c’est horrible d’associer des valeurs si belles et si fondamentales à un vulgaire paquet de tôle motorisé!»</p>
<p>Je n’ai pas osé la contredire, mais il est flagrant selon moi que ce n’est pas elle qui a raison mais bien Toyota Gatineau. Le consumérisme, la famille et l’amour sont bel et bien des institutions inextricablement liées, des mécanismes de pouvoir donc le but principal est de nous asservir. Si nous voulons vraiment nous réapproprier nos vies dans leur totalité, si nous voulons vraiment libérer nos désirs des griffes de la peur et de la domination, il est nécessaire de s’attaquer à ces institutions qui peuvent nous sembler à priori éternelles et immuables. Il faut s’y attaquer et les détruire comme nous le ferions avec toutes les autres institutions qui nous asservissent.</p>
<p><span id="more-1428"></span>Qui dit amour dit mariage — même au Québec, champion canadien en titre de l’union libre, où seulement 30 % des couples habitent ensemble sans être mariés. Si dans les sociétés préétatiques le mariage a eu tendance à n’être qu’une façon plus ou moins informelle d’établir ou de maintenir des liens de parenté élargie, il s’est transformé, avec la montée de l’État, en une institution formelle et contraignante liée inextricablement avec la propriété. Plus spécifiquement, le mariage est devenu l’institution par laquelle le père, en tant que propriétaire de sa famille, donne sa fille à un autre homme qui, en tant que son mari, devient son nouveau propriétaire. Le mariage, qu’il soit hétéro ou homosexuel et malgré tous les oripeaux romantiques qu’on se plaît à lui donner, reste à la base une transaction, un échange de propriété qui fait de la famille le lieu fondateur de la domination des individus, domination qui s’étend ensuite à toute la société.</p>
<p>La nature même de la famille est hiérarchique. Son rôle principal est la reproduction de la société, ce qui, en tout premier lieu, exige la reproduction des êtres humains. Ainsi, la femme a pour objet de porter en son sein puis d’élever des enfants qui, bien qu’ultimement la propriété de leur père, restent sous l’autorité directe de leur mère. Voilà pourquoi ceux et celles qui ont eu le bonheur de grandir dans un environnement familial respectueux des rôles sexuels traditionnels ont goûté pour la première fois à la domination hiérarchique en la personne de leur mère. Le père, dans cet arrangement, reste une figure d’autorité distante, travaillant ses soixante à soixante-dix heures par semaine (malgré la théorique victoire ouvrière des quarante heures par semaine) pour donner accès aux membres de sa famille à toutes les marchandises qui sont socialement requises pour vivre décemment. La mère éduque, élève, corrige au besoin, établit les limites, définit de quelle manière ses rejetons doivent vivre leur vie, bref, devient le visage quotidien de l’autorité — tout comme le contremaître est celui du patron et des actionnaires, la plupart du temps invisibles sur les lieux de travail.</p>
<p>Le rôle social véritable de la famille est donc, comme je l’ai dit précédemment, la reproduction des êtres humains. Cela ne signifie pas seulement donner naissance à des enfants, mais aussi transformer cette matière première humaine en marchandise utile à la société — un sujet loyal, un bon citoyen, un travailleur acharné, un contribuable obéissant, un consommateur avide. Dès la naissance, il est nécessaire que le père et la mère commencent immédiatement le dressage de l’enfant. C’est d’ailleurs ainsi qu’on doit comprendre l’exclamation habituelle des salles d’accouchement, «C’est un garçon!» ou «C’est une fille!». Le sexe est le seul rôle social qui est déduit dès la naissance à partir de la biologie de l’individu et imposé grâce à une multitude de symboles — les couleurs des murs de la pouponnière, les vêtements, les jouets qu’on choisit d’offrir aux enfants, les jeux qu’on encourage et que l’on décourage, et ainsi de suite.</p>
<p>Tout ceci se fait en conjonction avec une insistance des parents sur l’infantilisation. Plutôt que d’encourager et nourrir l’indépendance, l’autonomie, la capacité de prendre ses propres décisions et la capacité d’agir en conséquence, on encourage les comportements naïfs, ineptes et les attitudes irrationnelles. Ces comportements, qualifiés de «mignons», de «<em>cutes</em>» et sont censés incarner l’essence même de l’enfance. Même si les enfants, dans les faits, se servent de leur faculté à être mignons habilement pour manipuler les adultes, le renforcement social de cette qualité encourage néanmoins la dépendance assez longtemps pour que le conditionnement à la soumission fasse effet, pour que la servitude devienne une habitude. Lorsque ce processus est accompli, être <em>cute</em> commence à être qualifié d’enfantillage.</p>
<p>Puisque la relation normale entre un parent et un enfant en est une de propriété et donc de domination et de soumission au niveau le plus intime, les enfants finissent par développer ce que Wilhelm Reich appelait une « armure caractérielle ». La conséquence en est particulièrement révoltante, puisque le conditionnement familial <em>et</em> les tentatives d’y résister et de s’en défendre peuvent marquer à vie.</p>
<p>Les peurs, les phobies et les mécanismes de défense que l’autoritarisme familial instille en nous ont pour effet d’assurer la pérennité et la reproduction de la structure familiale. Les méthodes employées par les parents pour renforcer l’incapacité des enfants garantissent que leurs désirs resteront hors de leur portée et sous le contrôle de leurs parents — agissant en ce sens comme agents de l’autorité. Ceci reste vrai même si les parents «gâtent» leurs enfants, puisque gâter les enfants signifie canaliser leurs désirs vers des attitudes socialement acceptables de consommation. Incapables de réaliser leurs propres désirs, les enfants s’habituent rapidement au manque et apprennent en moins de deux la faculté essentielle de baiser des culs dans l’espoir d’obtenir ne serait-ce que des miettes de ce qu’ils convoitent. L’idéologie du travail et de la consommation nous est ainsi inculquée grâce aux relations qui nous sont imposées dès l’enfance. Lorsque nous atteignons l’adolescence et que nos pulsions sexuelles deviennent plus précises, le sentiment de manque que nous avons appris nous mène aisément vers des conceptions marchandes de l’amour et du sexe. Ce qui fait qu’au moment de nous engager dans une relation amoureuse, la tendance à la comprendre comme une relation économique liée à la propriété devient très forte.</p>
<p>Quant à ceux et celles qui ne réifient pas leurs pulsions sexuelles, ils sont rapidement stigmatisés — particulièrement les filles. Nous nous agrippons à nos relations amoureuses avec un désespoir qui est symptomatique de la rareté bien réelle de l’amour et du plaisir en ce monde. Résultat: ceux et celles qui ont si bien appris qu’il est impossible de réaliser véritablement leurs désirs acceptent finalement que si leurs désirs ne leur appartiennent pas, que s’ils n’arrivent même plus à <em>reconnaître</em> leurs propres désirs, ils peuvent à tout le moins définir les limites des désirs des autres, qui à leur tour définissent les limites des leurs. C’est sûr, sécuritaire&#8230; et misérable. C’est le couple, le précurseur de la famille.</p>
<p>La peur maladive et désespérée de la rareté de l’amour reproduit donc les conditions du maintien de cette rareté. Les tentatives d’explorer et expérimenter de nouvelles façons d’aimer qui s’éloignent de l’institutionnalisation du désir que sont le couple, le mariage et la famille sont presque toujours récupérées par la réification marchande de l’amour. Un phénomène qui devrait surprendre personne puisque l’amour réifié est le seul qui puisse être acceptable dans une société dominée par l’économie.</p>
<p>Ironiquement, l’utilité économique de la famille est spécifiquement ce qui expose sa pauvreté au grand jour. Dans les sociétés préindustrielles (et, dans une certaine mesure, les sociétés industrialisées préconsuméristes), la logique économique de la famille résidait dans sa faculté de constituer un <em>ménage</em>, qui, bien plus que l’individu, constitue l’unité de base de la société capitaliste dans ses phases initiales — à un tel point que je me demande s’il est conceptuellement possible d’appliquer le qualificatif de «prolétaire» à un individu. D’ailleurs, c’est la structuration en ménages qui a imposé la différence entre travail productif (salarié, intégré au système marchand et assumé par les hommes) et travail improductif (non-salarié, axé sur la subsistance et assumé par les femmes) et qui a définitivement institutionnalisé le sexisme.</p>
<p>Le rôle économique de la famille a toutefois changé en occident après la Seconde Guerre mondiale, avec la montée de la société de consommation. Son objet devint alors la reproduction des consommateurs, chaque membre de la famille représentant une clientèle cible spécifique. Ainsi, la famille est devenue la matrice d’où émergent des ménagères, des adolescents, des écoliers, des hommes virils ou métrosexuels, bref, des êtres dont la capacité de réaliser leurs désirs a été détruite afin de rediriger leur énergie vitale vers la consommation. Dans ce contexte, la famille reste nécessaire comme moyen de reproduction des rôles sociaux, mais puisqu’elle ne détermine plus les limites du désir appauvri — puisque ce rôle est maintenant rempli par la consommation — il n’y a plus de base réelle est solide pour assurer sa cohésion.</p>
<p>Voilà pourquoi nous assistons — avec beaucoup plus d’horreur que de satisfaction — à la désagrégation de la famille sans sa destruction. La famille roule encore, comme une minifougonnette rouillée, accidentée et déglinguée qui n’en finit plus de nous polluer l’existence. Et encore aujourd’hui, peu de gens arrivent à concevoir une vie pleinement remplie et satisfaisante sans mariage, sans intégration dans une famille. Même les gais, les lesbiennes et les bisexuels, qui pourtant, par la force des choses, se sont longtemps vu refuser l’accès à ces deux institutions, n’ont pour la plupart qu’une envie : se plier à la normalité aliénante définie par le patriarcat.</p>
<p>La famille est la source première, la plus intime et la plus vicieuse de notre esclavage. Le fait qu’elle nous semble si naturelle, si inscrite dans notre biologie est un leurre vicieux, un gage de son efficacité. Donnons-lui la chiquenaude qui suffirait à l’abattre et partons explorer de nouveaux arrangements, de nouvelles formes de vie amoureuse, libérons nos désirs des griffes de la peur et reprenons ainsi une part de notre vie qui nous a été si insidieusement volée.</p>
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		<title>Théologie</title>
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		<pubDate>Thu, 30 Oct 2008 20:59:36 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anne Archet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Le monothéisme est la doctrine qui suppose l’existence d’un être miséricordieux, omnipotent, omniscient et omniprésent qui, pour une raison inexpliquée, n’a rien de mieux à faire que de s’intéresser à ma vie sexuelle.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Le monothéisme est la doctrine qui suppose l’existence d’un être miséricordieux, omnipotent, omniscient et omniprésent qui, pour une raison inexpliquée, n’a rien de mieux à faire que de s’intéresser à ma vie sexuelle.</p>
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		<title>Péché de lâche hère</title>
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		<pubDate>Tue, 29 Jul 2008 17:51:40 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anne Archet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Lorsque j&#8217;entends les autorités religieuses décrier obsessionnellement les relations sexuelles, je me dis qu&#8217;il y a là une leçon importante à tirer: il ne faut jamais avoir de relations sexuelles avec les autorités religieuses.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Lorsque j&#8217;entends les autorités religieuses décrier obsessionnellement les relations sexuelles, je me dis qu&#8217;il y a là une leçon importante à tirer: il ne faut jamais avoir de relations sexuelles avec les autorités religieuses.</p>
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		<title>Meurtre et sexe</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Jun 2008 05:00:38 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anne Archet</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Sexe]]></category>
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		<description><![CDATA[Rien n’est plus dissemblable que le meurtre et le sexe. Le meurtre est répréhensible, mais décrire un meurtre ne l’est pas. Le sexe n’est pas répréhensible, mais décrire un acte sexuel l’est toujours.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Rien n’est plus dissemblable que le meurtre et le sexe. Le meurtre est répréhensible, mais décrire un meurtre ne l’est pas. Le sexe n’est pas répréhensible, mais décrire un acte sexuel l’est toujours.</p>
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		<title>Grosse fatigue</title>
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		<pubDate>Mon, 28 Jan 2008 03:44:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anne Archet</dc:creator>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>Jalousies, minauderies, enfantillages, bouderires, mièvreries, niaiseries: l’amour est le bêtisier du sexe.</p>
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		<title>Kinky Asexual Action!</title>
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		<pubDate>Tue, 15 Jan 2008 21:19:18 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anne Archet</dc:creator>
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		<description><![CDATA[Paramécie nageait lentement dans la douce lumière que laissait filtrer l’eau trouble de l’étang. Saisie par la faim, elle agitait ses cils à la recherche de molécules de protéines libres. C’était une tâche ardue et épuisante, mais lorsque ses petites activités trophiques furent terminées, elle se laissa paresseusement couler vers le fond, heureuse et repue. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Paramécie nageait lentement dans la douce lumière que laissait filtrer l’eau trouble de l’étang. Saisie par la faim, elle agitait ses cils à la recherche de molécules de protéines libres. C’était une tâche ardue et épuisante, mais lorsque ses petites activités trophiques furent terminées, elle se laissa paresseusement couler vers le fond, heureuse et repue.</p>
<p>Puisqu’elle ne s’était pas divisée depuis des heures, Paramécie commença à se sentir drôlement excitée. Elle se mit alors à onduler ses cils de cette manière particulière, celle qui lui fait tant de bien et qui la rend tout chose à l’intérieur. «Oh mon dieu! Oui!», soupira-t-elle quand se déclencha la prophase. Elle pouvait presque sentir se former ses nouveaux kinétochores au plus profond d’elle-même. Lorsque sa métaphase se déclencha, elle fut traversée par un tremblement voluptueux alors que ses chromosomes commencèrent à se lier à ses kinétochores tout neufs. Elle gémit en agitant sauvagement ses cils.</p>
<p>C’est alors que son ADN se mit à se répliquer. Ses mitochondries s’activèrent frénétiquement pour lui fournir l’énergie nécessaire pour la mitose. Haletante, elle sentit son ADN se fendre en deux. «Ah! Oui! C’est bon! Oh!» gémit-elle lorsqu’elle bascula dans l’anaphase. Elle y était presque; sa membrane s’étirait, s’étirait, s’étirait… la menant au seuil de la rupture et de l’extase. Enfin, ce fut l’orgasme: elle hurla son plaisir lorsque ses chromosomes se déchirèrent dans un bruit de tonnerre.</p>
<p>Mais ce n’était pas fini, loin de là. À bout de souffle, elle se laissa tanguer par les vagues de plaisir irradiant de son noyau qui se reformait. Finalement, une douleur intense mêlée d’une jouissance tout aussi aigüe annonça la cytocinèse. Le sillon de division se resserra lentement, lentement… jusqu’à ce que les deux cellules filles se détachent en criant de jouissance à l’unisson.</p>
<p>— Est-ce que ce fut aussi bon pour toi que pour moi? demanda Paramécie à sa soeur lorsqu’elle eut enfin repris son souffle.</p>
<p>— Oh oui! C’était merveilleux… je n’ai jamais été aussi bien baisée de toute ma vie, répondit Paramécie en agitant ses cils langoureusement.</p>
<p>Paramécie sut qu’elle ne mentait pas, puisque les deux protozoaires partageaient une mémoire identique. Elles n’avaient d’ailleurs, pour cette raison, plus rien à se dire et partirent chacune de leur côté à la recherche d’un petit en-cas en plaignant ces pauvres organismes multicellulaires condamnés à la sexualité.</p>
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		<title>Opposition</title>
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		<pubDate>Sun, 15 Apr 2007 04:00:22 +0000</pubDate>
		<dc:creator>Anne Archet</dc:creator>
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		<category><![CDATA[Sexe]]></category>

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		<description><![CDATA[Pour moi le sexe opposé, ce sont les femmes car jamais un homme ne s’est opposé à mon sexe.]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p>Pour moi le sexe opposé, ce sont les femmes car jamais un homme ne s’est opposé à mon sexe.</p>
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