Si Proust avait été blogueur, jamais n’aurait-il écrit À la Recherche du temps perdu, car il aurait parfaitement su à quel endroit il avait perdu tout ce temps.
Textes portant l'étiquette « Écriture »
16 septembre 2007
Je m’assied et j’écris. Je me couche et j’écris. Tout me sert d’écritoire: une table, un divan, un lit, les marches d’un escalier, les murs de plexiglas d’un abribus, le dos moite de mon amante. Parfois, j’écris même en marchant. Le monde reste ainsi hors de ma vue et je me sens hors de sa portée, inatteignable.
Ma principale qualité en ce jour de chaleur accablante: l’inertie. Mais comme toujours, je trahis ce qui a de meilleur en moi en m’acharnant bêtement à écrire.
Je récupère en râlant toutes les notes de cours et de réunions que Simone a balancé pour la deuxième fois au bac à recyclage. J’ai beau lui expliquer en long et en large que leur valeur réside dans les commentaires stupides et les petits dessins dans les marges, elle ne veut rien entendre et s’obstine à appliquer son propre calendrier de conservation.
L’écriture… c’est finalement bien peu de choses. Tout ce qu’on a à faire, c’est s’asseoir devant le clavier et s’ouvrir les veines.
Je l’ai surprise dans ma chambre; le contenu de mon sac gisait sur le sol et elle lisait mon carnet, assise sur le lit. «Quel prénom utilises-tu quand tu écris à mon sujet?» me demanda-t-elle, perplexe. «Je les utilise tous. Il y a un prénom pour chaque trait de ta personnalité» lui répondis-je, menteuse.
J’ai renversé du café partout sur mes papiers. Une grosse liasse de poèmes est si détrempée que je n’arrive plus à les lire. Je n’en suis pas attristée outre mesure — ce n’était pas du très bon café.
Bientôt vingt ans que je m’adonne quotidiennement à la masturbation. Et ce, quelle que soit l’intensité de ma vie sexuelle ou le nombre de mes partenaires. Bientôt vingt ans que je m’adonne quotidiennement à l’écriture. Et ce, quels que soient les aléas de ma vie personnelle ou le temps que je dispose. Je me demande s’il y a un lien…









