Textes portant l'étiquette « BDSM »

Confessions d’une dominatrice récalcitrante

24 août 2011

(Extrait de la prochaine mouture des Mémoires de la pétroleuse nymphomane)

Être tortionnaire n’est pas un talent naturel chez moi. J’admets volontiers que je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler un ange de douceur et de gentillesse, mais il se trouve que je suis aussi fortement éprise de liberté, si bien que commander me répugne autant que de servir. Il ne me serait d’ailleurs jamais venu à l’esprit de m’adonner au BDSM avant de rencontrer Simone — je ne savais même pas ce que signifiait BDSM, c’est dire. Or, c’est bien connu, ce sont les soumises qui mènent le bal dans ce genre de relation et la mienne était particulièrement tyrannique. Comme je l’aimais d’un amour insensé, comme j’étais prête à n’importe quoi pour la garder près de moi, j’ai dû fouler au pied mes belles convictions libertaires et m’efforcer de devenir une déesse de cuir, une maîtresse cruelle — alors que je ne cessais de crier «  Ni dieu, ni maître » dans mon for intérieur.

Elle me demandait des trucs pas possibles, ce n’était jamais assez hard pour elle. Moi qui suis une petite nature, faiblarde et asthmatique, moi qui tourne de l’œil à la vue de la moindre goutte de sang, de la moindre trace de merde, j’étais servie. Et puis tous ces trucs avec des chiens, moi ça me donnait une frousse pas possible, je devais me faire violence pour l’obliger à prendre son pied avec ces sales cabots. Et son pied, dieu sait qu’elle le prenait : à tue-tête et en en redemandant toujours, continuellement.

Je ne sais pas si c’est le cas de toutes les soumises, mais la mienne était d’une intelligence redoutable. Elle avait fait de brillantes études et se lançait dans ce qui s’annonçait comme une carrière médicale tout aussi brillante. Elle était exigeante envers elle-même et sûrement au moins aussi exigeante envers moi, sa maîtresse. Elle détestait la médiocrité, la routine et acceptait rarement de se soumettre deux fois de suite aux mêmes sévices. Elle voulait toujours du nouveau, de l’inédit, de la perversion à profusion, toujours renouvelée.

Je me suis longtemps demandé pourquoi une femme de sa stature et de son tempérament avait choisi de se faire dominer par une fille comme moi, qui avait si peu la vocation de dominatrice. J’en suis arrivée à la conclusion que ce qu’elle aimait de moi, c’était mon imagination débordante. Pour elle, j’ai écrit mes plus belles œuvres, les plus sublimes, les plus cruelles. Celles que je ne publierai jamais et qui seront éternellement dédiées à sa plus grande gloire.

J’avais beau avoir de l’imagination, il y avait quand même toujours dans tout ce que je pouvais imaginer une part que je ne pouvais accomplir : tout ce qui aurait risqué de la blesser gravement, de la mutiler — voire de la tuer. Il fallait aussi que j’évite tout ce qui pouvait la marquer, du moins sur les parties les plus visibles en société de son corps, car elle avait une vie professionnelle et une respectabilité à préserver, ainsi que de distingués collègues et une famille ultra-catho à ménager.

Je me souviens d’un matin, alors que j’avais passé la nuit précédente à la punir de  mille manières. Elle me dit d’un air déçu, pendant que je la libérais finalement de tous ses liens:

— Tu ne t’es pas servie des aiguilles chauffées à blanc…

— Tu sais que j’ai horreur des aiguilles, c’est un traumatisme d’enfance. Et puis je t’aurais fait des marques compromettantes qu’il t’aurait fallu expliquer à ta mère et au docteur machin-chouette.

Elle soupira.

— Triste monde que celui où une femme ne peut vivre pleinement la sexualité de son choix.

— Pfff. Ta sexualité, tu pourrais la vivre à ta guise si tu n’étais pas si obsédée de respectabilité bourgeoise.

— Ah! Si on pouvait vivre notre amour comme ça, tout simplement, au grand jour, sans craindre l’opprobre…

— Tu pourrais commencer par me demander de t’accompagner au party de Noël de ton département et me présenter à tes parents. Ce serait un bon début…

— Et comment je te présenterais? Comme une amie? Comme une coloc?

— Ce serait plus exact de me présenter comme ton amoureuse, ta maîtresse… ou même ta tortionnaire sadique et cruelle…

— Aussi bien les achever tout de suite d’un coup de revolver.

— Si on se mariait? Tu pourrais me présenter comme ta gentille épouse.

— Tu envisagerais vraiment de…

— Si tu acceptes, je t’attache nue sur la poubelle et je te livre aux éboueurs du quartier pour qu’ils nous fassent un enfant.

Elle me regarda, songeuse, visiblement tentée.

Je suis souvent revenue à la charge avec cette proposition par la suite. L’idée lui plaisait — celle de l’insémination par éboueurs interposés, pas celle du mariage. Je n’ai jamais réussi à la trainer devant un juge de paix, mais elle a fini par me présenter à ses parents. Ils encaissèrent la nouvelle de l’homosexualité de leur fille avec beaucoup moins de difficulté que celle de sa grossesse de père inconnu.

L’accouchement fut la seule occasion où je la vis souffrir physiquement de maux que je ne lui avais pas infligés. Lorsque je pris Louise-Michelle, notre fille, pour la première fois dans mes bras, je compris soudainement que sa maman avait dorénavant une nouvelle tortionnaire.

Le martyre de Sainte Catherine d’Alexandrie

16 juillet 2011

L’empereur Maximien, séduit par la beauté et les hautes qualités morales de Catherine d’Alexandrie, s’agenouilla un jour devant elle pour lui demander sa main. Après avoir essuyé un refus plein de mépris, il entra dans une fureur telle qu’il ordonna à ses bourreaux de la flageller et de disloquer ses membres. Mais au moment de la soumettre au supplice, les roues où elle avait été liée furent frappées d’un éclair aveuglant et volèrent en éclats, tuant la plupart de ses tortionnaires.

Pendant que le mien liait mes poignets à la tête du lit et caressait de ses mains calleuses les sinuosités les plus intimes de mon corps dénudé, je me demandai si j’allais jouir d’une telle intervention divine. Fébrile, tremblante, j’étais Sainte Anne Archet de Montréal, soumise au supplice de la roue, ne sachant pas ce qui allait ou n’allait pas ce produire.

L’illumination vint lorsque la première goutte de cire brûlante tomba, un peu au dessus de mon ventre, presque entre mes seins, et que je sentis ma peau toute entière s’embraser dans une flamme intense, extatique et miraculeuse.

La laisse

5 avril 2011

— Je suis désolée, Monsieur Lheureux est en réunion. Si vous souhaitez laisser un message, je peux vous connecter à sa boîte vocale.

Au son de sa voix, la réceptionniste semblait jeune et sexy et Marie se demanda s’il l’avait baisée et si oui, par quel orifice. «Je me demande si elle a aimé et s’il lui a fait mal comme à moi, si elle le désire autant que je le désire… » se dit-elle. Surtout, elle se demanda pourquoi ça la dérangeait à ce point.

— Madame?

«Madame toi-même, petite garce!» se dit-elle, sans lui répondre. «Tu crois peut-être que je suis vieille et rabougrie parce qu’il a limé tes trous plus récemment que les miens, hein, poufiasse. »

— Vous voulez que je vous connecte?

La dernière fois qu’il y avait eu connexion entre Marie et lui, c’était dans l’escalier de secours de la tour phallique où se trouvait son bureau. Elle l’avait laissé déchirer ses collants et s’enfoncer dans le premier trou contre lequel sa queue avait buté, elle l’avait laissé tripoter ses seins et arracher deux boutons de sa blouse qu’elle portait à sa demande, parce que la pointe de ses seins perçait la soie de la même façon qu’il transperçait ses inhibitions, jusqu’à ce qu’elle le laisse faire tout ce qu’il voulait, jusqu’à ce qu’elle le laisse la pousser contre l’horrible rampe de métal de l’escalier, jusqu’à ce qu’elle se penche dans cette cage d’escalier de béton aussi froide et dure que son cœur. Il l’a baisée et rebaisée sans même daigner enfiler le préservatif qu’elle lui tendait, jusqu’à ce que son cul soit barbouillé de foutre et ses joues baignées de larmes, jusqu’à ce qu’elle ressente dans ses entrailles la brûlure de sa passion — ou plus prosaïquement, du soulagement de ses couilles.

— Je vous envoie tout de suite à sa boîte vocale.

La réceptionniste semblait trop heureuse de se débarrasser de Marie et de son silence qu’elle prenait peut-être pour de l’agressivité ou encore de la débilité légère.

— Vous avez joint le bureau de Patrick Lheureux. Je ne peux vous répondre en ce moment. S’il vous plait, laissez-moi un message.

Ce «s’il vous plait» semblait si étrange à Marie. Il était aussi incongru que tous les «merci» et les «je t’aime» qu’elle ne l’avait jamais entendu prononcer. Parce que ce qui lui plaisait à elle n’avait aucune importance. La seule chose qui importait, c’est qu’elle soit nue, à genoux devant lui, quémandant sa queue ou son attention. L’attention de sa queue. De sa queue en tension.

Le signal de la boîte vocale se fit entendre, Marie prit une grande respiration et plongea au plus profond de sa déchéance.

— C’est moi, Marie…

Elle entendit ce manque, cette urgence dans sa propre voix qui lui serrait la gorge et  brûlait son visage.

— Je veux…

«C’est toi que je veux» pensa-t-elle.

— … enfin, je voulais…

«… que tu me fasses tout ce que tu as envie de me faire… » ajouta-t-elle mentalement.

— … te dire que…

« …que je ne ressens rien lorsque tu n’es pas là pour me toucher et que je n’ai le sentiment d’être en vie que lorsque tu consens à abuser de moi.»

— … que je suis seule pour les prochains jours…

« … tu pourrais donc me baiser comme la première fois, lorsque tu m’as fait m’allonger nue sur le lit conjugal, ne portant que mon jonc de mariage et que je me suis doigtée comme une malade, jusqu’à en perdre la tête, sous ton regard amusé. Tu m’as ensuite attachée et prise plus fort et plus intensément que mon mari ne l’a jamais fait, pas parce que tu m’aimais, même pas parce que tu me désirais, mais seulement parce que tu savais que j’allais m’en souvenir dorénavant chaque fois qu’il allait me pénétrer tendrement sur ce lit où nous avons conçu nos enfants et où je l’ai trahi.»

— … alors si tu as envie de venir à la maison pour dîner…

«… je te servirai dans le minuscule uniforme de soubrette en latex que tu m’as acheté parce que tu savais qu’il n’arriverait pas à contenir mes seins et que j’aurais l’air d’une parfaite salope, aussi parce que tu savais que j’allais la porter quand même uniquement parce que tu me le demandais. Je m’agenouillerai sous la table pendant que du mastiqueras ton rumsteck, je te sucerai la queue et te lécherai délicatement les couilles en laissant un filet de bave couler à la commissure de mes lèvres, un pouce bien enfoncé dans mon cul et l’autre dans ma chatte, comme tu me l’as enseigné et comme tu l’as sûrement appris à toutes les stupides pétasses que tu sautes. »

— … appelle-moi…

«Appelle-moi salope, pute, chienne, charrue, grognasse. Traite-moi de tous ces noms qui m’humilient et m’excitent tant. Dis-moi ces mots je ne tolérais pas avant de te rencontrer. Crache-moi ces mots qui m’ont dépouillé de la personne que je croyais être et qui m’ont laissé avec celle que je croyais que tu désirais. Si tu ne le fais pas, je me les ferai graver dans la chair, je les ferai tatouer sur la peau de mes fesses, pour que tous ceux qui après toi m’enculeront sachent à qui ils ont affaire. »

— … sur mon cellulaire…

«Celui que tu m’as fait acheter. Celui dont mon mari ignore l’existence. Celui que tu as glissé dans un condom et enfoncé dans mon con quand j’étais attachée et sans défense — même si je suis toujours sans défense avec toi, attachée ou non. Celui que tu as fait vibrer en rigolant, pour m’apprendre ce que voulait dire l’expression phone sex. Celui que j’utiliser en ce moment pour m’offrir à toi parce que tu es maintenant la seule voie qu’il me reste vers moi-même. »

Marie raccrocha, mais ne mit pas fin à la connexion. Elle était liée à lui par un besoin bien plus fort que sa volonté. Assise sur son lit, attendant son appel, attendant qu’il daigne lui dire quand et comment il allait abuser de son corps et de son esprit, elle se mit à pleurer. Des larmes amères coulèrent sur ses joues, causées non pas par la trahison et l’humiliation ou la brûlure de cette laisse invisible qui la liait toujours à lui, mais parce qu’elle redoutait que le jour où il lâcherait cette laisse soit finalement arrivé et qu’en traînant sur le sol derrière elle, cette laisse finisse par s’emmêler, qu’elle s’y empêtre et en meurt étranglée.

 

La peau des fesses

29 mars 2011

Venue à l’improviste prendre le thé à la maison, cousine Mirelle avait placé un mouchoir sur mon vieux divan défoncé récupéré dans la rue pour ne pas salir sa précieuse jupe. Une tasse fumante à la main et une moue dédaigneuse à la bouche, elle finit par me cracher la question pour laquelle elle avait daigné franchir le pas de mon trois et demi.

— Qu’est-ce que tu as acheté à tante Cécile pour son anniversaire?

Quelle chipie! Faire tout ce chemin pour le seul plaisir de frotter mon nez dans ma propre crasse!

— Rien, lui répondis-je après avoir ravalé ma colère avec un peu de Earl Grey. Je suis pauvre comme la gale en ce moment. Alors, je lui ai tricoté ceci.

Je me levai et allai chercher l’écharpe sur laquelle je besognais depuis un mois. J’aime beaucoup ma tante Cécile, qui en a bavé plus qu’elle méritait toute sa vie, et je me fais un point d’honneur de souligner son anniversaire. Placée au couvent trop jeune, on l’a soupçonnée d’amitiés un peu trop particulières avec une novice de son âge. On l’a décrétée hystérique, on lui a enfilé la camisole de force, on lui a fait subir les jets d’eau froide et l’isolement prolongé en cellule. Il a fallu que ma mère et ses sœurs forment un commando et prennent d’assaut le couvent de ces enragées pour la libérer de cet enfer. Depuis, cette toute petite dame vit toute seule dans son tout petit appartement, avec sa toute petite télé, son tout petit chat et son tout petit sofa qu’elle m’a toujours offert sans me poser de questions, chaque fois que l’univers semblait s’écrouler autour de moi.

Je montrai donc à la cousine Mireille ce que j’avais réussi de peine et de misère à tricoter pour ma tante préférée.

— Ah? C’est… intéressant. Qu’est-ce que c’est? me dit-elle avec un sourire aussi blanc qu’hypocrite.

— C’est une écharpe. Ça se voit, non?

— Peut-être…

— C’est le mieux que j’arrive à faire. Je ne suis pas très douée pour les travaux de l’aiguille, dis-je en soupirant.

— Si tu travaillais, aussi, tu aurais de l’argent pour faire des cadeaux.

I would prefer not to…

— Hein?

— C’est de Melville. Bartleby the Scrivener.

— Plus on est paresseuse, plus on a le temps d’avoir des lettres, c’est bien connu. Regarde, madame simplicité volontaire, ce que j’ai acheté à notre chère tante.

Elle extirpa de son sac un petit paquet enveloppé de papier de soie blanc qu’elle développa avec mille précautions.

— Un carré d’Hermès! Il est magnifique! Mais… il a dû te coûter un prix fou!

— Ce n’est pas un carré, mais un châle en cachemire et en soie. Il ne m’a coûté que mille deux cents dollars.

— Pfff… «Que» mille deux cents dollars… sifflai-je, incrédule.

— Avec ma promotion, je peux me le permettre. Je t’avais dit que je suis maintenant vice-présidente marketing pour l’est du Canada?

— C’est la troisième fois que tu le mentionnes. Cécile va être folle de joie… j’aurais tant voulu lui faire un cadeau de ce genre.

— Ça bat l’écharpe mal foutue, hein?

— C’est vraiment injuste, tu la fréquentes à peine…

Elle me fit un sourire encore plus blanc et hypocrite.

— Je pourrais te la donner, si tu veux… me dit-elle en agitant le châle sous mon nez.

— Donner? Je suis surprise que ce mot fasse partie de ton vocabulaire! Allez, dis-le donc directement : qu’est-ce que tu veux en échange?

Elle ramena son popotin (et son mouchoir) vers moi et glissa une main sur mon genou.

— Tu pourrais être… gentille avec moi, susurra-t-elle, une lueur vicieuse dans le regard.

Je me reculai, incrédule. La cousine Mireille est bien la dernière personne

— Tu es tombée sur la tête ou quoi?

— Depuis que Paul, ce sale traître, a foutu le camp avec sa petite traînée, je n’ai pas… enfin, tu sais, ce que je veux dire.

— Et alors? Depuis quand t’intéresses-tu aux femmes?

Je sentis ses ongles s’enfoncer légèrement dans la chair de ma cuisse.

— Ma nouvelle secrétaire est très paresseuse… elle mériterait d’être sévèrement corrigée, mais la fessée est considérée comme une forme de harcèlement par la convention collective.

— Si c’est pas malheureux, hein…

— Je ne te le fais pas dire. S’il n’en tenait qu’à moi, je la déculotterais, lui enfoncerais un gode au cul, la coucherais à plat ventre sur mes genoux, puis lui chaufferais les fesses à coup de badine, comme elle le mérite.

— Oh!

Elle attrapa mon menton, plongea longuement son regard dans le mien, puis me roula une pelle digne d’Autant en emporte le vent.

— Ensuite, je lui ordonnerais de se mettre à genoux sous mon bureau et je l’obligerais à me lécher la chatte jusqu’à ce que je jouisse.

— Je…

— Enfin, je lui donnerais son quatre pour cent et la renverrais chez elle, la figure rendue luisante par mon plaisir et les fesses à vif.

— Tu ne t’attends quand même pas à ce que je t’aide à réaliser tes fantasmes de cadre supérieur à la noix? lui demandai-je, estomaquée.

— Nous avons tous un prix, dit-elle simplement en me montrant une dernière fois le châle de tante Cécile.

Je me mordis les lèvres.

— Alors?

— Je n’ai pas de badine.

— Qu’est-ce que tu crois… j’ai apporté tout le nécessaire! dit-elle joyeusement en sortant de son sac l’objet en question ainsi que des menottes, un bâillon-boule, un tube de lubrifiant, et un plug anal de taille effrayante.

Le lendemain, tante Cécile, la larme  à l’œil, admirait son châle tout neuf après m’avoir embrassée sur les deux joues.

— Il est magnifique, ma petite chérie! Vraiment, tu n’aurais pas dû… il a dû te coûter un prix fou, me dit-elle, la voix étranglée par l’émotion.

— Seulement la peau des fesses, lui répondis-je, tout sourire, en tortillant mon popotin endolori.

L’auto-cramponneuse

14 mars 2011

Dès le premier jour où Henri prit la route au volant de sa BMW flambant neuve, il remarqua que la plus jolie des conductrices qu’il avait doublée pendant la matinée se retrouvait, le soir venu, nue, ligotée et bâillonnée sur le tapis de son salon, attendant sagement d’être embrassée, dévêtue et prise. Puisqu’il en était ainsi du lundi au vendredi — sauf les jours fériés — il cessa rapidement d’en être surpris, se disant qu’il s’agissait fort probablement d’une de ces innovations technologiques dont les ingénieurs allemands ont le secret et qui a fait la réputation de l’industrie automobile teutonne.

Henri aimait les prendre ces jolies automobilistes vigoureusement, brutalement, même. Il avait pris l’habitude de les baiser par-derrière après les avoir placées le ventre contre le bras du fauteuil ou du divan, ses mains fermement cramponnées sur leurs hanches ou leurs seins. Plus rarement, il se sentait d’humeur romantique et tendre; il leur léchait alors longuement la fente, leur murmurait de petits riens à l’oreille et leur faisait langoureusement l’amour en se noyant dans leur regard. Mais après quelques mois, cela lui arrivait de plus en plus rarement et il avait même cessé de s’en sentir coupable.

Un jour, sur le chemin du retour, Henri se trouvait dans la voie du centre, derrière une Mini Cooper conduite par une mignonne rouquine qu’il imaginait déjà, cul à l’air, étendue sur sa causeuse. En s’apprêtant à prendre la voie de gauche, un camion de Fedex surgi de son angle mort se mit à klaxonner et le coupa sans crier gare. La BM d’Henri se mit alors à toussoter comme un vieux tacot et à ralentir tant et si bien qu’il n’eut d’autre choix que de se ranger dans la voie de desserte.

Henri eut à peine le temps de pester contre sa malchance avant d’être aveuglé par un éclair blanc. Lorsqu’il revint à lui, il s’aperçut qu’il ne portait rien d’autre qu’un string de cuir clouté et un bâillon enfoncé profondément dans sa bouche. Il était pieds et poings liés, étendu sur une peau d’ours devant un foyer éteint, dans un salon aux meubles démodés et aux murs recouverts de papier peint défraîchi.

Un homme s’approcha de lui en souriant, l’observa quelques minutes d’un air satisfait, puis retira son uniforme de livreur. La bite turgescente à la main, il fessa gentiment le cul d’Henri pour en tester l’élasticité, avec au visage l’expression angélique de celui qui s’attend à passer un intense quart d’heure.

 

Confidences sur le carrelage

3 mai 2010

— Aie! Arrête! Je ne suis pas un soumis!

— Tu es sûr?

— Puisque je te le dis!

— Tu serais donc Dominateur…

— Ce n’est pas l’envie de te frapper qui me manque en ce moment, mais je suis à peu près certain que ce n’est pas sexuel.

— Fuck! On a tout essayé! Attends un peu… et ça, ça ne te fait vraiment rien?

— AIE ! Puisque je te dis que je n’ai aucun fétiche! Tu veux bien me foutre la paix ?

— Impossible. Tu en as un, ça ne peut pas faire autrement! Il s’agit de le trouver. Voyons… tu n’aimes pas les garçons, tu n’aimes pas les filles…

— J’aime les filles! Tu le sais très bien. Tu me dis cela uniquement parce que je ne t’ai jamais draguée!

— Tu ne dragues personne. Tu ne sors jamais avec personne : tu ne fais que les accompagner vaguement et leur servir de faire-valoir occasionnel. Tu n’aimes pas les filles, tu n’aimes pas les chèvres… est-ce que tu aimes les chèvres?

— Non!

— Il doit bien y avoir quelque chose qui t’allume…

— Pourquoi tiens-tu mordicus à me trouver un fétiche?

— Parce que c’est amusant. Parce que c’est excitant. Parce que ça procure le sentiment fugace d’être en vie.

— Je t’assure que je me sens suffisamment en vie. Tu me détaches?

— Le cuir : non. Le latex : non plus. Le Saran Wrap : encore moins. Le pudding au chocolat, les jeux de rôle, les petites culottes de dentelle, les escarpins, les épingles à nourrice, les films pornos, les couches de coton… que reste-t-il?

— Il reste à me détacher.

— Je sais! L’ondinisme!

— Pourquoi ne pas admettre tout simplement que j’ai une libido anorexique et un jardin secret désertique?

Elle s’accroupit au-dessus de son visage et l’asperge d’un jet ambré.

— Parce que c’est malsain et contre-nature.

L’amour au temps du Twitt

5 mars 2010

Une grande saga romantique, avec de la passion, des déchirements, des larmes et du sang, qui se lit de bas en haut. Lisez le premier épisode et le deuxième épisode.

Torchère, très chère

5 février 2008

Mariée depuis six mois, elle m’invita à prendre le thé dans son nouveau nid d’amour, un cottage de style imitation-de-château-français-ma-chère dans le secteur champêtre de Ferme Ste-Thérèse, à quelques minutes des autoroutes 15 et 440, avec des murs de pierre aux quatre faces, quatre grandes chambres et deux salles de bain à l’étage, une grande douche vitrée multi jets, un spa thérapeutique (il faut que tu essaies, très chère : moi, je ne peux plus m’en passer), des planchers de jatoba (si, si, rien de moins, il a fallu attendre mais je n’allais tout de même pas me contenter d’érable, n’est-ce pas?) , des plafonds cathédrale, un mur en pierre décorative au salon, un foyer au gaz avec manteau en piertex de style néo-classique (on se croirait à Versailles, hein?), armoires de cuisine aux tons chauds de noyer (je les change dès que je peux, c’est d’un kitsch pas possible), un vaste îlot, un comptoir en granit, des électros en inox dont un compacteur à déchets, un frigo avec fureteur internet (je peux lire tes cahiers en préparant l’osso bucco!) et une cuisinière vitrocéramique autonettoyante, une salle d’eau avec planchers d’ardoise, un vestibule fermé avec ses doubles portes françaises, un petit bureau adjacent au garage avec entrée privée, un sous-sol totalement aménagé avec salle de cinéma et chambre froide (tiens, c’est le ketchup aux fruits de ma mère), un vaste terrain entouré d’une haie de thuya de deux mètres (on ne voit jamais les voisins) doté d’un système d’arrosage avec gicleurs automatisés, une terrasse de béton estampé, deux thermopompes, un garage double, une entrée de pavé uni et un raton laveur (il n’arrête pas de dévaliser mes poubelles, qu’est-ce que je devrais faire?).

— Andréanne, j’adore ce que tu as fait de… Mais qu’est-ce que c’est que ça?

— Je te présente Lucie, la secrétaire de Sébastien. Elle est le nouveau lustre du salon.

— What the f…

— Lulu est éperdument amoureuse de mon mari. N’est-ce pas, Lulustre? Ça ne me dérange pas le moins du monde, mais… si elle le veut, elle doit d’abord jouer avec moi.

— Mais…

— Ce n’est pas parce que je suis maintenant femme au foyer que j’ai oublié tout ce qu’ils m’ont enseigné à Polytechnique.

— Est-ce que c’est sécuritaire? Je veux dire, tout ce poids accroché à ton plafond…

— Ne t’inquiète pas, j’ai consulté les plans. Le harnais est aussi très confortable. Je le sais d’expérience!

— J’admets que c’est très… esthétique. Bras en croix, jambes écartées, ça la rend si… vulnérable, ouverte… la combinaison, c’est de l’élasthanne?

— Du PVC.

— Et je parie que les cristaux en forme de larme qui pendent au bout des orteils, des doigts et des seins, c’est aussi ton idée, n’est-ce pas?

— Évidemment. Tu veux voir comment elle fonctionne?

— Je n’osais te le demander.

— Voici le rhéostat. Tu vois? Faible intensité… plein éclairage. Faible… fort. Faible… fort.

— Chouette! Mais pourquoi fait-elle tout ce boucan? On l’entend malgré le bâillon…

— C’est que le courant ne sert pas qu’à l’éclairage. Vois-tu le fil qui court de la chaîne jusqu’à ses fesses?

— Oui.

— Il alimente deux plugs vibrants électriques en inox de ma confection. Lorsque je tourne le bouton jusqu’à pleine intensité, elle tourne à pleine vitesse.

— Ça lui fait mal?

— Un peu. C’est le but recherché, après tout. Faible, fort, faible fort… fais-moi confiance, ça la branche, cette petite allumeuse — je puis m’exprimer ainsi.

— Ooooh! Je peux essayer? S’il te plait!

L’entreprise et le défi de la mondialisation

17 décembre 2007

Depuis sa nomination au poste de présidente et directrice générale, personne au bureau n’avait osé s’opposer à ses décisions. Alors quand Madame Lemaître exigea des volontaires pour son marché aux esclaves au profit des enfants pauvres, il ne vint à l’esprit d’aucun homme de se défiler — le fait d’être l’objet de la convoitise d’une salle remplie de femmes surexcitées qui trépignent d’impatience de vous réduire en esclavage pour vingt-quatre heures n’y étant probablement pas pour rien dans l’attitude docile de ces messieurs.

Seul le pauvre Albert grinçait des dents devant la perspective humiliante d’être le seul esclave à ne pas trouver preneur. Car il savait bien qu’il était chauve, grassouillet, petit et myope comme une taupe, bref, un morceau de troisième catégorie. Quand vint son tour, les adonis administratifs, les bellâtres bureaucratiques et les éphèbes de la cloison mobile ayant tous été déjà vendus, un silence lourd et oppressant envahit la salle. Pendant un long moment de torture, personne ne daigna enchérir, jusqu’à ce que Madame Lemaître levât le doigt:

— Cinq cents! lança-t-elle sèchement.

Personne n’osa renchérir; Albert soupira de soulagement et de gratitude devant le geste miséricordieux de sa patronne.

Elle lui mit un collier et une laisse et l’amena chez elle.

— Qu’est-ce que tu attends? lui dit-elle en enlevant son manteau. Commence à nettoyer immédiatement.

Surpris, il se mit à la tâche en grommelant — il avait accepté d’être son esclave, après tout. Après avoir frotté la maison de la cave au grenier, Madame Lemaître inspecta chaque pièce sans mot dire, un gant blanc à la main.

— Excellent! siffla-t-elle entre ses dents. Maintenant, à genoux et lèche.

Lundi suivant, Albert accueillit avec terreur la nouvelle de sa promotion à la vice-présidence aux opérations et services personnalisés.

Mi-session

6 mars 2007

Il aimait me voir corriger mes copies harnachée comme une bête de cirque: bustier horriblement serré, collier de cuir, et cet appareil diabolique qui maintient la bouche grande ouverte et qui me faisait baver, baver jusqu’à ce que ça coule sur ma gorge, sur mon ventre et jusqu’à mon sexe où étaient habituellement logées de trop grosses boules de geisha.

Il appelait ça la «position de la correctrice corrigée » et aucun étudiant ne s’en est jamais plaint.


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