Pourquoi les hommes sont-ils si peu romantiques?

18 novembre 2011

Bastien, fou d’amour, avait planifié sa demande en mariage dans les moindres détails et s’y préparait depuis plusieurs semaines. Il avait lu dans un des magazines féminins de Marie que le romantisme offre la garantie du bonheur conjugal et la clé de la sérénité domestique perpétuelle. Il l’attendait donc ce soir-là avec des roses et une bague à diamant dans le restaurant le plus chic de la ville en compagnie d’un violoniste jouant les Caprices de Paganini et d’une bouteille de bourgogne hors de prix.

Pendant ce temps, Marie était au motel et se faisait sodomiser pour la première fois par un parfait inconnu qui arborait sur son crâne et sa bite des tatouages de serpents et de lézards, pendant que sa femme, percée comme un hérisson, se doigtait en contemplant la scène tout en proférant des insultes qui auraient fait rougir un charretier. Certes, c’était un peu douloureux, mais en gros elle prenait son pied.

Il ne faut pas prendre les anesses pour des grues

9 novembre 2011

Au Zimbabwe, un homme qu’on avait surpris
Avec une ânesse, forniquant à l’envi
S’est défendu en disant qu’on l’avait berné:
Il croyait besogner une prostituée.

Article 163.1(2)

6 novembre 2011

L’été de mes treize ans, ma meilleure copine m’a appris à me masturber.

Chaque jour, j’allais la rejoindre chez elle à vélo. Elle habitait une grande maison aux allures victoriennes, avec une cour bordée d’arbres immenses et une magnifique piscine. Nous étions jeunes et heureuses, ivres du sentiment de liberté que nous procurait l’absence des adultes, partis au travail ou au chalet le week-end en nous laissant pour la première fois toutes seules.

Elle et moi étions complètement opposées, mais magnifiquement complémentaires. Elle était grande, blonde, avait une peau de lait et des yeux aussi bleus d’un ciel glacial d’hiver. J’étais petite, j’avais la peau ambrée, les cheveux noirs et raides comme le crin et je me trouvais irrémédiablement moche, avec la conviction que seules les gamines de treize ans peuvent avoir. Nous avions toutefois en commun des jambes de sauterelle et de petits monticules appelés à devenir éventuellement des seins.

Bien sûr, j’avais déjà chipé des livres peu recommandables que ma mère avait irresponsablement laissés traîné dans sa bibliothèque et dont la lecture éveillait en moi des sentiments troubles — sentiments que je ne comprenais guère et dont je ne savais trop que faire. Bien sûr, j’avais déjà flirté avec quelques garçons, déjà embrassé une fille avec la langue, mais il me restait encore pas mal de pièces du puzzle à assembler.

Jusqu’à cette nuit-là, dans la piscine.

Nous étions restées dans l’eau depuis la matinée, tant la journée était torride, ne nous résignant à sortir que lorsque la faim nous tordait trop l’estomac. Après le souper, alors que le soleil se couchait et plongeait la cour dans la noirceur, nous nous laissions paresseusement flotter dans la partie peu profonde de la piscine en caquetant, en gloussant et en échangeant des petits secrets ridicules.

— Est-ce que tu te masturbes? me demanda-t-elle en chuchotant.

— Qu’est-ce que tu veux dire? lui répondis-je, interloquée.

J’avais déjà entendu le mot — je crois même que je l’avais déjà lu dans un livre — et je savais que ça avait un lien avec le fait de se toucher, mais dans ma naïveté, je n’avais pas trop saisi comment. Tout ce que je savais, c’est que d’y penser faisait battre mon cœur un peu plus fort.

— Je veux dire… est-ce que tu te caresses ?

J’étais vachement contente que la nuit naissance cache le rouge qui teintait mon visage.

— Ben… non.

Elle se mit à rire.

— Je parie que tu en as quand même envie, hein? En tout cas, moi, je le fais tout le temps.

Je n’en croyais pas mes oreilles. Mes autres copines ne parlaient jamais de ce genre de choses.

— Dans ce cas, montre-moi! lui dis-je sur un ton de défi, en espérant que cela mette fin à la conversation.

Elle se contenta de sourire et m’amena jusqu’à une des sorties d’eau sur l’autre côté de la piscine. Elle s’empara de ma main et la plaça contre le jet.

— Tu sens comme c’est agréable? me dit-elle.

J’acquiesçai d’un hochement de tête.

— Maintenant, regarde-moi bien.

Elle sortit de l’eau juste assez pour placer son ventre contre le bord de la piscine et écarta ses jambes filiformes de manière à ce que le jet frappe directement sa vulve. Je la regardai faire, fascinée.

— Il faut trouver le bon angle… pour que ça soit vraiment bon.

Elle ferma les yeux et se mit à soupirer et à geindre faiblement. Je m’approchai et lui demandai :

— Comment c’est?

— Essaie, tu verras.

Voyant qu’elle ne me cédait pas la place, je nageai jusqu’à l’autre côté de la piscine vers la seconde sortie d’eau, avec au ventre une drôle de sensation, faite d’excitation et de fébrilité. J’imitai ma copine et m’installai dans la même position qu’elle. Les sensations furent immédiates, inusitées et délicieuses. Je fus frappée de plein fouet par l’orgasme avant même que j’eusse le temps de reprendre mon souffle. À peine eus-je le temps de comprendre ce qui m’arrivait que je jouis une seconde fois, puis une troisième.

Évidemment, mon pauvre petit minou était bien trop tendre et inexpérimenté pour subir longtemps la pression continuelle de l’eau, si bien que je me laissai glisser dans la piscine. Je me retournai et laissai le jet masser mon dos et mon cou en tentant de comprendre ce qui m’était arrivé.

Tous les week-ends qui suivirent et jusqu’à la rentrée, nous continuâmes ce rituel de masturbation aquatique du soir dans la piscine. Saoulées de plaisir et épuisées d’avoir tant joui, nous nous endormions chaque samedi dans le même lit, enlacées, cheveux noirs et cheveux blonds entremêlés.

Nous étions innocentes et nous ne faisions de mal à personne. Mais aujourd’hui, plus de vingt ans plus tard, les lois canadiennes font de vous et moi des criminels — moi pour vous l’avoir raconté et vous pour l’avoir lu.

Clivia

21 octobre 2011

Quand je lui demandai l’origine de son étrange prénom, elle me répondit : «C’est une fleur vénéneuse. On peut dire qu’au moins une fois dans leur vie, mes parents ont vu juste.»

Elle avait neuf ans lorsqu’elle rencontra la mort, dans toute sa tragique nudité. Ce fut pour elle une sorte d’épiphanie, car l’horreur qu’elle ressentit à ce moment était mêlée d’une curiosité obscure, troublante. Clivia était ce jour-là assise sur la banquette arrière quand la voiture familiale passa tout près d’un cerf qui gisait, inerte sur la voie de service de la route, les yeux noirs comme le néant. À la vue de l’animal qui semblait assoupi sur l’asphalte, elle ressentit une douleur sourde au cœur, comme si on l’eut frappée à la poitrine, ainsi qu’une excitation qui lui fit confusément comprendre que son enfance venait de s’achever, qu’elle entrait dans un monde étrange et hostile qui n’avait à offrir pour seule consolation que la perspective de l’extinction définitive, ce sommeil fascinant qu’elle avait entrevu dans l’œil de l’animal.

Quelques années plus tard, Clivia se souvint du cadavre du cerf lorsque Hubert, son petit ami du moment, prit sa virginité à la hâte, sans imagination ni délicatesse. « C’est sûrement ce que le cerf a dû ressentir, au dernier moment » se dit-elle, plongée dans un état d’engourdissement, comme séparée de son corps. À peine deux jours après, ce salaud l’envoya paître en la traitant publiquement de « salope » et de « putain ». Ses camarades de classe s’empressèrent évidemment de répandre la rumeur, même si manifestement ces deux qualificatifs ne correspondaient guère à sa personnalité.

Ce n’est qu’à vingt-cinq ans qu’un certain Samuel lui fit découvrir les plaisirs vif et acidulés du tailladage érotique, qui mêlent sang, sueur, sperme et orgasmes lancinants. Elle finit par l’épouser pour son intelligence affutée, sa « tendresse dans les moments les plus tranchants » et surtout ses yeux de cerf, noirs comme le néant — les yeux d’un compagnon de route vers l’abîme.

Le portrait

6 octobre 2011

Oscar avait vingt-deux ans lorsqu’il commanda le portrait.

— Je vous en prie, peignez-moi une vie normale! avait-il supplié l’artiste. Je vous donnerai tout ce que vous voulez! Je veux que les gens me voient comme une personne saine, équilibrée…

Le peintre examina Oscar, son corps ferme et souple, sa douce carnation et le bleu profond de ses yeux.

— Pourquoi ferai-je une telle chose? Vous êtes plein de vitalité, de soif de vivre…

— Le malheur, c’est que j’ai d’autres soifs, beaucoup plus perverses et inavouables! Je me marie d’ici la fin de l’année et… et si ma fiancée découvre mes penchants contre-nature, elle rompra nos vœux et m’exposera au scandale public. Je serai déshonoré, ruiné… je vous en supplie, je suis prêt à vendre mon âme pour protéger ma respectabilité! dit-il en se tordant nerveusement les mains.

— D’accord, si tel est votre souhait, répondit l’artiste en souriant tristement. Je vais saisir vos vices sur la toile et il ne restera de vous qu’un homme ordinaire et ennuyant. J’espère pour vous que votre fiancée appréciera le résultat.

Lorsque le portrait fut terminé, Oscar le cacha dans son grenier. Enfin rassuré, il se maria et vécut une vie banale et sans histoire.

Après la mort d’Oscar, sa veuve trouva le portrait en faisant l’inventaire de ses biens. Elle eut la surprise de le voir nu, ligoté le ventre contre une table, des marques écarlates zébrant son postérieur, suçant la pine d’un colosse noir au crâne rasé. Une femme au regard cruel, bardée de cuir et tatouée, lui enfonçait un énorme godemiché dans le fondement et une autre, complètement nue et accroupie au-dessus de lui, écartait les lèvres de son sexe rasé et pissait sur son dos.

— Oscar! Après toutes ces années… soupira-t-elle.

Dépitée, elle hocha la tête et marcha jusqu’à sa chambre à coucher et y accrocha le tableau sur le mur, près de son lit.

— Le salaud! siffla-t-elle, les dents serrées. Quand je pense à toutes les baises minables qu’il m’a fait subir…

Vie conjugale

29 septembre 2011

Elle se levait à des heures impossibles pour aller travailler — avec tout ce sang et ces horaires de travail impossible, je me demande pourquoi elle avait choisi de faire médecine. Comme elle ne pouvait commencer sa journée sans jouir, elle réglait la sonnerie de son réveil encore plus tôt, si bien que c’était toujours sa chatte, postée au-dessus de ma figure, que je voyais en premier en ouvrant les yeux. Je la léchais d’une langue empâtée par le sommeil et elle jouissait vite, avec de petits feulements délicieux. Elle me baisait ensuite avec son gode préféré, qu’elle avait affectueusement prénommé Marcus, jusqu’à ce que j’asperge son visage de cyprine — ce qui n’arrivait pas toujours, ce genre de chose ne se commande pas.

Ensuite, elle se levait prestement, vaquait à sa toilette, mangeait une toast au Cheeze Whiz, revenait m’embrasser et s’en allait, me laissant toute la journée me livrer à ce qu’elle croyait mes sombres complots anarchistes (qui en réalité se résumaient à quelques heures d’écriture, quelques minutes de branlette et des heures de glandouille).

Les journées fastes, j’avais une chatte pleine de foutre à lui faire bouffer à son retour. Mais la plupart du temps j’avais été trop flemmarde pour préparer le souper.

Belle-du-crépuscule

24 septembre 2011

Elle affiche encore les vestiges d’une beauté qui fut sûrement, il y a des décennies, flamboyante, sculpturale. Un visage strié de profonds sillons, mais à la structure encore intacte, des yeux émeraude éclatants, une bouche fanée, mais encore charnue; tout son visage exprimait la splendeur passée d’une femme qui avait tous les hommes à ses pieds.

— Tu es bien gentille de venir me visiter, me dit-elle tout doucement, de sa voix chevrotante. J’ai connu bien des consœurs qui ont vieilli toutes seules, abandonnées de tous.  Toi, tu viens toujours me voir, même si tu sais que j’étais une gourgandine, une courtisane, une pierreuse…

— Je sais, une prostituée, vous me l’avez dit des centaines de fois…

— Oui ma petite, une pute. Pendant plus de trente ans, tu imagines? À l’époque, on pouvait vendre ses charmes pendant longtemps, ce n’est pas comme aujourd’hui, avec toute cette drogue qui ronge les filles, les use en quelque mois et les détruit avant même d’avoir pu apprendre le métier. Dans mon temps, tapiner c’était exactement comme jouer la comédie. Ce que je faisais aussi — tu sais que j’étais actrice, n’est-ce pas?

— Oui. Vous étiez aussi effeuilleuse.

— Faire la pute, c’est jouer un rôle comme un autre. Quelle différence y a-t-il, au fond, entre jouer une soubrette, une reine, une sainte ou une pute? Tout ce qu’il faut, c’est s’imprégner du personnage.

— Et le reste? Je veux dire… les… les services que vous rendiez?

— Bah, c’était la partie la plus facile. Ce qui comptait, c’était d’être professionnelle et de faire de son mieux. Comme lorsque j’étais sur scène, finalement. Je portais le costume, le maquillage et devenait cette fille qui faisait bander les hommes. Il y a beaucoup de satisfaction à tirer de tenir son rôle le mieux que l’on peut, ma petite chérie. Et quand c’était fini, c’était comme au théâtre : je me démaquillais, je retirais mon costume et je retournais à la maison.

 — Et les clients, ils appréciaient?

 — Ils en avaient largement pour leur argent. J’étais très populaire, très demandée. Évidemment, personne ne m’applaudissait, mais les hommes ont en ces circonstances d’autres manières d’exprimer leur appréciation.

 Elle se met à rire malicieusement, comme une gamine.

 — Quand tu me regardes, tout ça doit te sembler difficile à croire, ma petite chérie… me dit-elle, soudainement sérieuse.

 — Je peux facilement vous imaginer jouant le rôle d’une prostituée de grand luxe, de ce genre que la plupart des filles de mon âge n’arriveraient jamais à imiter. La classe et la distinction se perdent, mais vous, vous en être toujours l’incarnation.

Elle me tapote la main en souriant, pendant que j’ajuste avec précaution la couverture sur ses genoux et desserre le frein du fauteuil roulant.

La grande danse macabre

22 septembre 2011

Encore engourdie de sommeil, je pris d’abord conscience du bruit de la radio et de la lumière que j’avais laissée allumée avant de m’endormir sur le sofa. Quelques instant plus tard, je m’éveillai au contact de sa bouche contre la mienne, de son doigt glissant sous le coton de ma culotte.

Simone ne dit rien. Pourquoi l’aurait-elle fait? Elle savait que je savais. À sa seule façon de me toucher, je savais que quelqu’un venait de mourir.

La mort. Elle en avait été si souvent le témoin. Parfois sanglante, hurlante et obscène dans la salle d’urgence. Parfois discrète et douce, presque inaperçue au chevet d’un enfant. «Ce n’est pas tant le spectacle de la mort que la confrontation avec ma propre finitude qui me bouleverse» me dit-elle un jour, alors qu’un patient venait quelques heures à peine de mourir dans ses bras. Et chaque fois qu’au retour de l’hôpital elle me fit l’amour, sur le champ, sans me saluer ni même m’adresser une seule parole, je sus que je recevais l’étreinte de l’ange de la mort. En ces occasions, elle n’avait que faire de son propre plaisir. Sa bouche contre mon sexe, elle me buvait, frénétiquement, interminablement, n’arrêtant qu’au moment le plus extrême de son propre épuisement, me laissant pantelante, vidée de plaisir, dépourvue de la force et de la volonté même de respirer.

Ce soir-là, il n’y eut aucune séduction, aucun baiser volé dans le cou, seulement son désir de ma peau, douce, chaude, sans âge. Seulement ses doigts, s’agitant en moi comme à la recherche de mon pouls, me fouillant jusqu’au centre de mon être. Seulement sa bouche sur mon sein me tuant et me ressuscitant encore et encore, jusqu’à ce que l’air me manque, jusqu’à ce mon cœur vienne caresser ses lèvres.

Ayant accompli ce qui devait être accompli, Simone se laissa glisser par terre, agenouillée entre mes cuisses.

— Tu as un poil blanc, me dit-elle soudainement.

Elle fronçait les sourcils, comme si elle inspectait une blessure inusitée.

Dans cette position si vulnérable, ayant à peine repris mes sens, je fus incapable de trouver une répartie convaincante.

— Non… il est blond, c’est tout… murmurai-je, en regrettant amèrement de n’avoir pas éteint la lampe avant de m’endormir.

— Toi, blonde? Voyons donc… répondit-elle sur un ton dubitatif. Pas de doute, il est bel et bien blanc. Tiens, en voilà un autre. Ici aussi …

Elle se mit en chasse, écartant mes cuisses de ses deux mains. Je sentais son souffle familier contre ma peau, mais ses doigts étaient devenus froids, inquisiteurs, cliniques. Je restai donc ainsi, couchée sur le dos, regardant fixement les tuiles du plafond, pendant que Simone me manipulait avec un soin quasi archéologique, comme un artefact fragile et immémorial.

Je l’entendis même doucement compter alors que mon immortalité lentement s’évaporait.

Shahryar sous les draps

16 septembre 2011

Depuis des semaines que nous ressassons le même fantasme. Le scénario est classique et offre des possibilités infinies : elle demande un congé sans solde et se fait embaucher dans un dépanneur glauque d’un quartier peu recommandable. Évidemment, pendant l’entrevue d’embauche, elle doit sucer le gérant, un quadragénaire bien gras prénommé Steve. Pendant qu’elle s’essuie la joue, il lui annonce qu’elle commence immédiatement.

Tous les employés sont au courant, bien sûr. Et personne ne dit rien, bien entendu. Rapidement, les turpitudes se multiplient et se succèdent. Un matin, très tôt, elle se fait mettre par trois livreurs. Elle doit aussi branler régulièrement le boutonneux qui travaille avec elle derrière le comptoir, quand les clients ont le dos tourné. Et il y a Steve, toujours lui, qui la convoque systématiquement dans son bureau à la fin de son quart de travail.

À sa demande, je lui raconte ces scènes à mi-voix, dans l’obscurité de notre chambre, juste avant qu’elle ne s’endorme. Elle me réclame toujours plus de précision, plus de détails scabreux. Alors, j’improvise, je bâtis le récit au fur et à mesure pendant qu’il s’effrite tranquillement derrière nous.

Toutes les trois phrases, elle m’interrompt pour que je précise un détail :

— Le bureau de Steve, comment est-il?

— Minuscule, sombre, sale et en désordre. Il y a des affiches de filles nues sur les murs.

— Et Steve, de quoi a-t-il l’air?

— Grassouillet, mal rasé, les cheveux gras, un polype mollasson sur l’aile du nez. Il porte toujours la même chemise blanche à manches courtes, avec des cernes jaunâtres sous les bars, alors forcément…

— Et comment est sa voix?

— Grasse et huileuse comme son visage. Accent carré et laborieux de l’Alberta. Sacres à profusion.

Elle soupire de délice.

— Quand il me convoque dans son bureau, comment ça se passe?

— Ça se passe toujours de la même façon.

— Raconte.

— Tu entres et il te dit les trucs habituels — que tu vas perdre ton poste s’il manque encore trente cents dans ta caisse, que tu fais fuir la clientèle avec ta face de carême et ainsi de suite.

— Et puis?

— Et puis il sourit comme un idiot, te dit « tu sais ce que tu as à faire si tu ne veux pas perdre ton job », se recule sur son fauteuil à roulettes et défait sa braguette. « Sous le bureau», qu’il marmonne. Alors, tu te mets à quatre pattes et tu t’exécutes.

— Ensuite?

— Ensuite, tu te mets à le sucer. Il sent des pieds, le plancher est sale et tu abîmes tes collants. Et ce gros porc répète « c’est très bien, c’est très bien…», en te tapotant la tête.

— Comment ça se termine?

— Il se crispe, tu avales le tout et tu te relèves. Il te dit : « ne sois pas en retard demain et je t’avertis, le prix de ces collants sera déduit de ta paye».

Elle frissonne, tremble un peu. Je devine qu’elle a la main fourrée entre les cuisses.

— Dis-moi ce qu’il me fait faire, le lendemain, de dit-elle d’une voix tremblante.

— Après la fermeture, il te fait placer les produits en rayon, chemisier ouvert et cul à l’air. Il prend des photos et ne cesse de se tâter le paquet.

— Il faudra que tu je retourne dans son bureau ?

— Bien sûr. Mais cette fois-ci, il a apporté un mètre de bois, comme à l’école…

C’est alors qu’elle bascule dans l’orgasme — et quelques minutes plus tard, dans le sommeil. Quant à moi, sa Shéhérazade, je reste longtemps les yeux ouverts, à réfléchir à ce que je lui raconterai le lendemain pour la garder encore une nuit près de moi.

Lambeaux de chair

15 septembre 2011

Ceux et celles qui me lisent sur Twitter savent que je suis en pleine liquidation de mes fonds de tiroirs. Après y avoir publié au compte-gouttes tous ces petits textes érotiques — souvent aussi courts qu’une seule phrase, ou même quelques mots — j’ai décidé de les réunir en un seul fichier en format pdf facile à télécharger et à imprimer si le cœur vous en dit. J’ai intitulé le tout Lambeaux de chair, ne me demandez pas pourquoi.

Comme le disait si bien Laozi: enjoy.

11 septembre 2011

11 septembre 2011

(Une reprise de 2009, mais tellement à propos…)

— Combien de temps nous reste-t-il ? soupira-t-elle en tortillant les fesses pour faciliter la pénétration.

— Quelques minutes… hum… trois, peut-être… réussit-il difficilement à articuler, tant le fait de se faire chevaucher par sa maîtresse sur la pelouse devant son bungalow, au vu et au su des voisins paniqués, l’excitait.

Lorsqu’il aperçut dans le ciel la longue traînée blanche de fumée du missile, ses traits se crispèrent et tout son corps fut secoué par l’orgasme. Sentant le foutre couler sur son cul, elle leva les yeux au ciel et vit l’ogive tomber vers leur propre petit Ground Zero personnel. Elle ferma les yeux, serra les dents et attendit le big bang.

Une faible détonation se fit entendre, l’air autour d’eux se réchauffa légèrement… puis ils reçurent sur la tête un déluge de petits papiers blancs.

— Mais… mais… qu’est-ce que… bafouilla-t-elle en ouvrant timidement les paupières, la queue flasque de son amant entre les cuisses.

Il attrapa un des tracts et lut : « Repentez-vous, chiens d’infidèles ! La guerre sainte est déclarée ! »

— Merde ! Trois fausses alertes en deux jours ! Les gens du voisinage vont finir par croire que nous sommes de vrais obsédés ! maugréa-t-il en suivant son amoureuse qui courait se réfugier dans le garage.

Transport adapté

9 septembre 2011

« Ce n’est pas parce que tu es trop fauchée pour t’acheter une voiture qu’on va renoncer au plaisir de s’envoyer en l’air sur la route », me dit-elle en enfilant un de ses uniformes de salope préférés. Pendant que j’ajuste mon porte-jarretelles, elle appelle un taxi que nous sortons attendre sur le trottoir. Je ne peux pas m’empêcher de penser que nous avons l’air de deux tapineuses égarées dans ce tranquille quartier petit-bourgeois.

Quinze minutes plus tard, le taxi se gare juste devant nous. Le chauffeur n’a pas l’air très propre, il est gras, quinquagénaire et sent le tabac. Il ne sort pas pour nous ouvrir la portière — y a-t-il encore des chauffeurs de taxi qui font pareille chose?

Sur la banquette arrière, elle écarte les cuisses dès que le taxi démarre. Elle attend de moi que je prenne les choses en main, comme d’habitude. Alors, je la caresse, d’abord en effleurements très délicats, puis carrément en enfonçant la soie de sa culotte avec les doigts, dans son sexe entrouvert. Elle ne peut réprimer un spasme, un hoquet.

Le chauffeur fait mine de rien, même si, grâce au rétroviseur, il n’en perd pas une miette.

— Elle va me lécher ma fente. Ne vous en faites pas, elle a l’habitude, elle est très propre… nous ne mouillerons pas le capitonnage.

Il ne répond pas. Des gouttes de sueur perlent sur son front.

— Vous savez, elle aime beaucoup se faire enculer pendant qu’elle broute mon minou, alors si vous connaissez un coin tranquille, on pourrait…

Coup de volant, accélération brusque : je n’ai même pas le temps de finir ma phrase que nous sommes garés sous un viaduc  faiblement éclairé par la lumière jaunâtre d’une lampe sodium. Tags hiéroglyphiques, rebuts divers sur le sol crasseux, odeur d’urine : le décor est parfait.

Il se tourne vers nous, attend, silencieux. Elle sort alors de la voiture, retire en vitesse sa jupe et sa culotte et se glisse entre mes cuisses, cambrée à l’extrême, cul nu, dans même un regard pour le chauffeur — qui après quelques secondes, vient se débraguetter derrière elle.

Vautrée sur la banquette, les jambes bien écartées, je me laisse lécher le bouton en contemplant ses seins qui ballotent au dessus de son soutien-gorge. Le chauffeur a fini par prendre de l’assurance; il besogne avec vigueur et application. Je lui fais remarquer que  le compteur tourne toujours. Entre deux grognements, il précise que la course est pour lui. Quand à elle… elle en a plein la bouche, plein le cul : elle est heureuse.

Juste avant de jouir, le chauffeur renifle et grogne comme un animal blessé. Il s’arc-boute, se crispe, crache en l’air quelques « câlisse » et quelques gouttes de foutre bien profond en elle qui, la tête posée sur mon pubis, ronronne de plaisir en bavant.

Elle remet sa culotte, il remonte sa braguette. Elle rajuste sa jupe, il se laisse choir lourdement à sa place et redémarre. Nous restons tous les trois silencieux. Elle pose sa tête sur mon épaule et me caresse la cuisse. Moi, je regarde défiler la nuit, dans toute son étrangeté.

Arrivées à destination, le chauffeur se donne cette fois-ci la peine de venir nous ouvrir la portière. Elle sort en premier et s’éloigne en tortillant exagérément son popotin. Il me prend à part, me tend sa carte d’affaires et me dit :

— Appelez-moi quand vous voulez. Vraiment. Je suis sérieux.

Mon petit doigt me dit que j’ai bien fait de ne pas m’embarrasser d’un prêt-auto.

Au confessionnal

8 septembre 2011

Mon père, je m’accuse d’avoir eu des pensées impures.

Mon père, je m’accuse d’avoir pensé au corps de l’homme
     En prenant en bouche le corps du Christ.

Mon père, je m’accuse d’avoir caché
     Des cartes postales coquines dans mon missel.

Mon père, je m’accuse de m’être touché les parties honteuses
     Avec les gants blancs que je porte à la messe.

Mon père, je m’accuse d’avoir essayé de voir
     Sous le pagne du Christ en croix.

Mon père, je m’accuse d’avoir glissé des mots obscènes dans les cantiques.

Mon père, je m’accuse d’avoir rincé ma chatte dans le bénitier.

Mon père, je m’accuse d’avoir fourré mon chapelet dans mon cul
     Et de l’avoir retiré, grain par grain, en soupirant d’aise.

Mon père, je m’accuse d’avoir joué avec les cierges
     Leur donnant cette drôle d’odeur en lorsqu’ils brulent.

Mon père, je m’accuse d’avoir usé la patine du maître-autel
     En y frottant mon abricot.

Mon père, je m’accuse d’avoir sous sa soutane décalotté Monseigneur
     Pendant qu’il rajustait sa calotte.

Mon père, je m’accuse de m’être crossée avec sa crosse.

Mon père, je m’accuse d’avoir la gnougnougnaffé la noune de la nonne.

Mon père, je m’accuse d’avoir blasphémé l’immaculée conception
     En souillant ma vertu dans la nef sans contraception.

Mon père, je m’accuse d’avoir pissé dans le ciboire
     Pour que vous en preniez et que vous en mangiez-en tous

Mon père, je m’accuse d’avoir caché mon kotex dans le calice
     Car ceci est mon sang, livré pour vous.

Big Bang

7 septembre 2011

Elle se plaint depuis des semaines devant le miroir. Elle se trouve moche, elle n’aime pas ses fesses, exhibe sous mon nez une culotte de cheval imaginaire, me dit qu’elle n’est plus d’un amas de capitons et de vergetures.

En désespoir de cause, je l’amène dans ce parc où, la nuit, des satyres aux sens enflammés hurlent à la lune et copulent entre eux dans les fourrés à défaut de pouvoir s’offrir la chair douce et rosée d’une femme complaisante. Dès qu’ils l’aperçoivent, ils se ruent sur elle, ils réduisent ses vêtements en charpie, la baisent, la traitent comme une chose et surtout l’enculent à répétition, vénèrent son cul et y reviennent sans cesse, jusqu’à la barre du jour, jusqu’à ce que les heures abolissent les sexes, abolissent les êtres, les transformant en magma sublime de chairs indifférenciées.

Rien ne sera plus comme avant. Elle est enfin libre, apaisée : son cul est devenu le centre de gravité de l’univers.

Soins gériatriques

6 septembre 2011

Sur Craigslist, j’avais pris contact avec une infirmière qui travaillait de nuit dans une maison de vieux. Elle me raconta que lorsque ses pensionnaires dorment, elle reçoit discrètement des hommes dans son poste de soins. La plupart du temps, elle les suçait et recueillait leur foutre dans un grand bécher; elle en buvait le contenu pour épater l’un deux, qui venait la visiter chaque vendredi, tard dans la nuit.

Ne voulant pas manquer un truc pareil, je voulus immédiatement aller la rejoindre. Elle m’indiqua que lorsqu’elle n’était pas occupée, elle dormait dans une chambre de la résidence. Mais arrivée sur place, dans chaque chambre que je visitai, sous chaque drap que je soulevai, je ne trouvai qu’une horrible vieillarde ou un cadavre.

Delicatessen

30 août 2011

Un bordel qui offrait aux clients, en Suisse
Pour chaque achat de fellation des saucisses
Brula suite à un accident de BBQ :
C’est trop hot de mêler charcuterie et cul.

Elle

29 août 2011

Elle couchée sur le dos dans son lit et feuillette le Cosmo. Je viens chevaucher sa tête, je frotte ma chatte sur son visage, je jouis sur sa bouche, je l’étouffe et lui fais mal. Ça semble lui convenir — elle n’est pas très bavarde. Puis je lui pisse dessus, sur le visage, dans les yeux. Elle regimbe un peu, pour la forme, mais reste totalement soumise, servile : à mon humble avis, c’est l’influence délétère de la presse féminine.

Confessions d’une dominatrice récalcitrante

24 août 2011

(Extrait de la prochaine mouture des Mémoires de la pétroleuse nymphomane)

Être tortionnaire n’est pas un talent naturel chez moi. J’admets volontiers que je ne suis pas ce qu’on pourrait appeler un ange de douceur et de gentillesse, mais il se trouve que je suis aussi fortement éprise de liberté, si bien que commander me répugne autant que de servir. Il ne me serait d’ailleurs jamais venu à l’esprit de m’adonner au BDSM avant de rencontrer Simone — je ne savais même pas ce que signifiait BDSM, c’est dire. Or, c’est bien connu, ce sont les soumises qui mènent le bal dans ce genre de relation et la mienne était particulièrement tyrannique. Comme je l’aimais d’un amour insensé, comme j’étais prête à n’importe quoi pour la garder près de moi, j’ai dû fouler au pied mes belles convictions libertaires et m’efforcer de devenir une déesse de cuir, une maîtresse cruelle — alors que je ne cessais de crier «  Ni dieu, ni maître » dans mon for intérieur.

Elle me demandait des trucs pas possibles, ce n’était jamais assez hard pour elle. Moi qui suis une petite nature, faiblarde et asthmatique, moi qui tourne de l’œil à la vue de la moindre goutte de sang, de la moindre trace de merde, j’étais servie. Et puis tous ces trucs avec des chiens, moi ça me donnait une frousse pas possible, je devais me faire violence pour l’obliger à prendre son pied avec ces sales cabots. Et son pied, dieu sait qu’elle le prenait : à tue-tête et en en redemandant toujours, continuellement.

Je ne sais pas si c’est le cas de toutes les soumises, mais la mienne était d’une intelligence redoutable. Elle avait fait de brillantes études et se lançait dans ce qui s’annonçait comme une carrière médicale tout aussi brillante. Elle était exigeante envers elle-même et sûrement au moins aussi exigeante envers moi, sa maîtresse. Elle détestait la médiocrité, la routine et acceptait rarement de se soumettre deux fois de suite aux mêmes sévices. Elle voulait toujours du nouveau, de l’inédit, de la perversion à profusion, toujours renouvelée.

Je me suis longtemps demandé pourquoi une femme de sa stature et de son tempérament avait choisi de se faire dominer par une fille comme moi, qui avait si peu la vocation de dominatrice. J’en suis arrivée à la conclusion que ce qu’elle aimait de moi, c’était mon imagination débordante. Pour elle, j’ai écrit mes plus belles œuvres, les plus sublimes, les plus cruelles. Celles que je ne publierai jamais et qui seront éternellement dédiées à sa plus grande gloire.

J’avais beau avoir de l’imagination, il y avait quand même toujours dans tout ce que je pouvais imaginer une part que je ne pouvais accomplir : tout ce qui aurait risqué de la blesser gravement, de la mutiler — voire de la tuer. Il fallait aussi que j’évite tout ce qui pouvait la marquer, du moins sur les parties les plus visibles en société de son corps, car elle avait une vie professionnelle et une respectabilité à préserver, ainsi que de distingués collègues et une famille ultra-catho à ménager.

Je me souviens d’un matin, alors que j’avais passé la nuit précédente à la punir de  mille manières. Elle me dit d’un air déçu, pendant que je la libérais finalement de tous ses liens:

— Tu ne t’es pas servie des aiguilles chauffées à blanc…

— Tu sais que j’ai horreur des aiguilles, c’est un traumatisme d’enfance. Et puis je t’aurais fait des marques compromettantes qu’il t’aurait fallu expliquer à ta mère et au docteur machin-chouette.

Elle soupira.

— Triste monde que celui où une femme ne peut vivre pleinement la sexualité de son choix.

— Pfff. Ta sexualité, tu pourrais la vivre à ta guise si tu n’étais pas si obsédée de respectabilité bourgeoise.

— Ah! Si on pouvait vivre notre amour comme ça, tout simplement, au grand jour, sans craindre l’opprobre…

— Tu pourrais commencer par me demander de t’accompagner au party de Noël de ton département et me présenter à tes parents. Ce serait un bon début…

— Et comment je te présenterais? Comme une amie? Comme une coloc?

— Ce serait plus exact de me présenter comme ton amoureuse, ta maîtresse… ou même ta tortionnaire sadique et cruelle…

— Aussi bien les achever tout de suite d’un coup de revolver.

— Si on se mariait? Tu pourrais me présenter comme ta gentille épouse.

— Tu envisagerais vraiment de…

— Si tu acceptes, je t’attache nue sur la poubelle et je te livre aux éboueurs du quartier pour qu’ils nous fassent un enfant.

Elle me regarda, songeuse, visiblement tentée.

Je suis souvent revenue à la charge avec cette proposition par la suite. L’idée lui plaisait — celle de l’insémination par éboueurs interposés, pas celle du mariage. Je n’ai jamais réussi à la trainer devant un juge de paix, mais elle a fini par me présenter à ses parents. Ils encaissèrent la nouvelle de l’homosexualité de leur fille avec beaucoup moins de difficulté que celle de sa grossesse de père inconnu.

L’accouchement fut la seule occasion où je la vis souffrir physiquement de maux que je ne lui avais pas infligés. Lorsque je pris Louise-Michelle, notre fille, pour la première fois dans mes bras, je compris soudainement que sa maman avait dorénavant une nouvelle tortionnaire.


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