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Douze chocolats fourrés dans une boite en forme de coeur

11 février 2012

Me croirez-vous si je vous dis que ce blog aura bientôt dix ans et que je n’ai jamais écrit de putain de texte pour souligner la Saint-Valentin? Étant par nature ronchonneuse, les journées fériées m’indisposent, surtout lorsqu’elles ne servent qu’à vendre de la camelote rouge pompier et faire déprimer les célibataires. Mais comme cette année j’ai moi aussi quelque chose à vendre, j’ai décidé de joindre la parade kitsch de Cupidon et de vous proposer quelques scénarios romantiques pour pimenter votre soirée annuelle d’amour conjugal. En prime, j’offrirai un exemplaire gratuit de Pr0nographe aux couples assez pervers pour croquer dans ces chocolats et m’envoyer les photos de leurs ébats!

La vie sexuelle de la Petite Sirène

Madame doit incarner l’héroïne d’Andersen. Pour ce faire, elle s’installe dans sa baignoire, nue, les cheveux défaits, et les chevilles et les genoux liés pour imiter la queue de poisson de la Petite Sirène. Son beau prince a la mission — difficile, mais pas impossible — de la faire jouir malgré son anatomie de femme-poisson. Une réussite vous assurera à tous deux une place dans la légende.

Toréador, en garde!

Dans cette corrida, monsieur est le taureau, madame est le toréador, et votre lit est l’arène. Le taureau est nu, les poings liés dans le dos. Le toréador porte de la lingerie qu’il ne sera pas triste de voir déchirée. Le bovidé en rut doit dénuder son tortionnaire avec ses dents. Quant au toréador, il doit l’esquiver… mais pas trop, puisqu’il convient de se laisser (enfin) monter pour achever la pauvre bête.

Le diable est nu dans ses Prada

Le (ou la) rédac’ chef de Vague, une prestigieuse revue de mode, tyrannise son assistant (ou son assistante) par caprice ou par plaisir sadique. Non seulement on doit lui obéir au doigt et à l’œil jusqu’à tard dans la nuit, mais en plus ce cruel individu exige des services beaucoup trop personnels pour être conformes au code du travail et même aux simples convenances. Si le pauvre assistant (ou la pauvre assistante… enfin, vous avez compris le principe) accepte de souffrir en silence, c’est qu’il sait qu’il finira par être payé en nature.

Le client satisfait

Un des partenaires doit téléphoner au service à la clientèle d’une compagnie de téléphone, d’un câblodistributeur, ou d’un fournisseur de services sans filou d’Internet. Il doit rester imperturbable pour qu’à l’autre bout du fil le commis ne se doute pas du petit manège. Tout est permis: chatouilles, caresses, léchages, masturbation. Celui qui soupire trop fort perd; le premier qui fait des économies gagne.

La devinette épidermique

Votre partenaire a les yeux bandés et n’a pas le droit de se servir de ses mains. Sa mission est de deviner une série d’objets de votre choix (un glaçon, un œuf, de la fourrure, le formulaire simplifié de déclaration de revenus 2011…) frottés contre son sexe. Incluez votre langue dans la liste des objets mystérieux, et récompensez toute bonne réponse par la faveur sexuelle de votre choix.

L’homme et la femme de lettres

Avec un feutre, écrivez sur les différentes parties du corps de votre partenaire ce que vous avez l’intention de leur faire (vcaresser», «lécher», «mettre mon doigt, mes lèvres…»). Ensuite, laissez l’autre lire et suivez les instructions inscrites sur la chair. Soumettez ensuite votre tendre moitié à un jury de ses pairs. Un Goncourt ou un Fémina assurés!

Betty Croqueuse et Donne-queue Nines

Pâtissiers et pâtissières, à vos fourneaux! On vous a commandé un gâteau érotique; vous avez donc décidé d’enfourner votre chéri(e). Avant de commencer, vous devez voir fait les courses et acheté tous les ingrédients: crème fouettée, glaçage, cerises au marasquin, sirop de chocolat, guimauves, jujubes. Décorez soigneusement votre amour en recourant à mille caresses et chatteries, puis dégustez-le longuement, avec gourmandise. Si vous craignez que la pâte ne lève pas, n’hésitez pas à inviter Josée di Stasio et Ricardo pour échanger avec eux autre chose que des recettes.

Cendrillon et son dildo de verre

En quittant précipitamment l’orgie du palais au douzième coup de minuit, Cendrillon a non seulement perdu sa pantoufle de verre, mais elle a aussi oublié tous ses sex toys.  Le prince charmant, toujours aussi serviable, doit trouver quels sont les siens en les essayant sur elle (vibro, gode, chandelle, concombre, télécommande du téléviseur…), s’assurant ainsi qu’elle et lui vivront heureux sans avoir beaucoup d’enfants.

Le tourisme d’aventure

Votre domicile est rempli de coins pittoresques à visiter. Jouez les touristes et suivez le Guide du routard domestique:

Site touristique Cote À voir À faire
La chambre Un sourire S’ambrasser
Le salon Des seins Les têter
La salle de bains Une chatte La lécher
La cuisine Une queue Le sucer
Le hall d’entrée Un cul Baiser sauvagement

Immortalisez votre voyage en prenant frénétiquement des photos comme des touristes japonais. Montrez-les à tous vos amis en les publiant sur Facebook et Twitter — ça leur fera de jolis souvenirs.

Les positions orphelines

Quel émoi! On a retrouvé un très ancien exemplaire du Kama-d’soudbra qui contient des positions sexuelles inédites! Le problème, c’est que seuls leurs noms sont lisibles:
La biche accroupie
Le moissonneur de roseaux
Le pont suspendu
La sonneuse de cloches
Le labour des collines
Le caniche affamé
La langoutine bègue

À vous d’expérimenter et de trouver à quels agencements de corps ils correspondent. Tout le monde gagne — surtout le chiro!

La gastronomie, c’est le pied

Ce soir, vous sortez au restaurant. Peu importe ce qui est au menu, pourvu que les tables soient recouvertes de longues nappes qui descendent jusqu’au sol. Pendant votre repas, vous avez comme mission d’enlever vos chaussures et de jouer des pieds pour vous tripoter. Si vous arrivez à jouir avant le dessert, félicitations: vous êtes des maîtres-queux. Mais attention! Ne vous faites pas surprendre par le garçon, sinon vous aurez littéralement les pieds dans les plats.

Les narcotrafiquants

Lorsque le narcotrafiquant (ou la narcotrafiquante) se présente au poste-frontière, on devine qu’il a caché sur lui (ou sur elle) un petit sachet de plastique rempli de poudre blanche suspecte. Le douanier ou la douanière a comme mandat de fouiller méticuleusement cet individu louche pour trouver le produit illicite. Et, parce que c’est un honnête fonctionnaire payé à l’heure, il prend tout son temps et ne néglige aucun pli, aucun orifice. Nhésitez pas à de soutirer un max d’informations sous la torture, puisque le gouvernement canadien vous donne dorénavant sa bénédiction.

Écologie de la fornication

2 février 2012

Elle s’approcha de lui et l’embrassa en faisant courir ses ongles sur la bosse qui commençait déjà à déformer son pantalon.

— De tous les trois «R», c’est «réutiliser» que je préfère, lui murmura-t-elle à l’oreille alors que le sexe palpitant durcissait sous ses doigts. Dans cette société consumériste du prêt-à-jeter, il est important de se diriger vers des sources de plaisir renouvelables.

— Parlant de développement durable, je suis en ce moment dur et je me développe à vue d’œil. Regarde, ma queue s’érige et se dirige naturellement vers toi.

— On croirait une baguette de sourcier! s’exclama-t-elle à la vue de ce gourdin de bois brut qui émergeait de sa braguette.

Il glissa sa main sous sa jupe de lin de fabrication locale sans teinture chimique et la fit courir sur sa cuisse. Bientôt ils s’arrachèrent mutuellement leurs vêtements puis basculèrent sur le lit.

— Je suis d’accord, soupira-t-il lorsqu’elle prit son sexe en bouche, il faut réutiliser de façon optimale nos ressources, comme les sexes, les doigts et les langues. Mais il est aussi nécessaire, dans le cadre d’un mode de vie écoresponsable, de savoir recycler correctement les objets de consommation courante.

Il étira le bras et attrapa la chandelle qui était posée sur la table de nuit.

— Je me plie de bon cœur à tes arguments et à ton analyse si pénétrante, lui dit-elle en pliant les genoux et en cambrant les reins. Ceci étant dit, je te laisse penser globalement, mais il est pour toi maintenant l’heure d’agir localement.

Les genoux enfoncés dans les draps de coton écru équitable, une chandelle de cire végétale de soya biologique bien enfoncé dans le fondement, elle savoura avec délice les plaisirs simples et carboneutres de se faire bourrer la chatte à répétition. Ils forniquèrent longuement, comme deux bêtes en rut fraîchement libérées de leur laboratoire de test pharmaceutique par un commando de militants animalistes radicaux.

Plus tard, étendue sur le lit et repue d’amour, elle mit sa tête sur sa poitrine et lui demanda:

— Nous avons oublié le dernier «R»… Qu’en est-il de «réduire»?

— Chérie, je ne suis pas écolo à ce point, lui répondit-il en se remettant à bander de plus belle.

Oralité

23 janvier 2012

Jamais sur terre il n’y eut, de mémoire de dévergondée, quoi que ce soit qui puisse rivaliser avec ta bouche sur ma peau. Voilà. Je crois que tout est dit.

En réalité, rien n’a été dit du tout. Voilà des jours et des nuits que j’essaie désespérément, sans l’ombre du début d’un succès, d’énoncer la sensation de ta bouche sur ma peau dans un langage clair et audible, dans une langue que tu pourrais comprendre et que je pourrais articuler d’une façon qui ne trahirait pas tout ce que je ressens, tout ce qui me chavire. Tes lèvres si joliment ourlées sur mes nymphes? Tes muqueuses orales sur mon appareil reproducteur externe? Ta criss de langue baveuse sur ma plotte de salope? J’ai beau le formuler en des termes soigneusement choisis, avec des épithètes fleuries, ou encore l’éructer avec toute la vulgarité de l’urgence immédiate, mes mots n’arriveront jamais à te donner au mieux qu’une vague idée de l’effet de ta bouche sur ma peau.

Tu m’as vaincue. Tu as tué en moi la fillette orgueilleuse qui conférait un pouvoir magique au mots, qui croyait sottement les tenir en laisse et qui pensait savoir leur faire faire des pirouettes à volonté, comme des caniches. Tu m’as bien baisée, je suis foutue, les mots ont pissé sur le tapis et se sont enfuis. Qu’ils aillent au diable, ils ne valent pas tripette pour rendre compte de ce qu’est l’amour. Ils sont même déficients pour décrire quelque chose d’aussi trivial que la volupté d’avoir des organes génitaux et de s’en servir.

Je voudrais te parler avec des images sublimes et simples, mais infiniment chargées de sens – comme celles que je te vois contempler des heures durant sur les lames de ton tarot. Je voudrais pouvoir ciseler des mots comme des joyaux irisés dont le reflet incandescent serait à l’image de notre passion. Fuck, je me contenterais même de lancer vers le ciel ces litanies ordurières que tu aimes tant, celles que tu voudrais parsemées de culs, de cons et de dèche, ces tirades que je n’arrive jamais à prononcer au bon moment, lorsque mon corps entier bascule sous tes caresses. Je suis damnée, maudite, car qu’ils soient enveloppés de soie ou trempés de foutre et de merde, mes mots ne savent que crier mon désir – ils ne savent ni aimer, ni jouir.

Ma parole n’est que pur désir, elle est un chant, un rituel au service de ton culte, une liturgie qui t’est entièrement dédiée. Elle ne sert qu’à abdiquer ma volonté et ma peau à ta bouche souveraine, comme la mystique stigmatisée à son dieu. Jamais n’arriverai-je par ce chant à t’exprimer l’ampleur du moindre frisson que tu me procures. Tout ce que je peux espérer, c’est qu’il te convainque de revenir à moi. Je te veux. Je veux tes mains autour de mon cou. Je veux défaillir dans tes bras, dans l’anticipation de ta caresse. Tu m’entends? Tout ce que j’arrive à faire, c’est te servir de plates descriptions, de pâles fantômes du feu que tu m’instilles et qui brûle chaque fibre de mon être. Je t’en supplie, fais-moi jouir, fais-moi jouir encore, toi qui y arrives sans faire le moindre effort, par de simples frôlements du bout de ta langue. Lorsque tu la fais courir dans mon cou, je la reçois comme une promesse, comme un rappel de ton omnipotence, de ton pouvoir de faire de moi une petite chose tremblante, baveuse, vaincue. Et lorsque ta bouche se pose sur la chatte, lorsque ta langue s’insinue dans les replis de ma moule, je… je…

Fuck this. Je suis fourrée, par tous les orifices – surtout la bouche. Je suis fatiguée de me battre avec les mots, avec cette jouissance indicible que tu me prodigues nonchalamment, comme si ce n’était rien, presque distraitement, comme si c’était tout naturel. Jamais je n’arriverai à te faire comprendre, à te faire ressentir ce que je ressens par ma parole. Mais peut-être réussirais-je par ma bouche; offre-moi ta peau en sacrifice.

Tout le monde en bave

16 janvier 2012

— Écarte tes cuisses et ne regarde que l’écran.

Sarah soupira longuement – ce genre de soupir qu’elle laisse toujours échapper lors du tout premier contact d’une langue sur sa chatte.

Quelques minutes plus tôt, elle s’était confortablement installée au lit avec son amoureuse et son ordinateur portable pour regarder le talk-show du dimanche soir tout en « postant » des remarques futées et sarcastiques sur Twitter – le genre de préparatif que des millions de Québécois font le dimanche soir à la même heure, tout orphelins de rituels collectifs et en manque terrible de grands-messes qu’ils sont.

Mais ce soir-là, Sarah avait, contrairement à son habitude et juste avant l’office divin, décidé de peindre ses ongles en bleu – ce genre de bleu éclatant qui rend ses orteils si sexy, si étincelants qu’on les dirait incrustés de saphirs.

Et surtout, elle les frétillait sous le nez de Manon, son amante – ce genre de frétillement qui n’a rien d’innocent.

— Hey! Tu vas arrêter de jouer les allumeuses? Le premier invité vient à peine de s’asseoir et je suis déjà mouillée comme une catin… dit Manon en laissant courir son index le long de la cuisse de Sarah – le genre de caresse qui semble légère et désinvolte, mais qui est en réalité lourde de sous-entendus.

— Je ne fais rien du tout. Et puis chut, je ne veux pas manquer cette entrevue… répondit Sarah d’une voix émue – ce genre de voix qu’elle prend toujours lorsque son amoureuse glisse sa main dans son pyjama et se fraie un passage entre ses cuisses.

— Ne t’en fais pas, tu n’en manqueras pas une miette de ta messe profane télévisée. Écarte tes cuisses et ne regarde que l’écran, ordonna Manon sur un ton autoritaire – ce genre de ton qui n’appelle aucune réplique.

Sarah soupira longuement – ce genre de soupir qu’elle émet toujours à répétition lorsqu’elle savoure la caresse baveuse d’une bouche amoureuse. Puis elle jouit, tremblante et pantelante, les yeux rivés sur la télé – ce genre de jouissance qu’elle n’éprouve que lorsque Manon pèse sur le piton.

Denrée périssable

16 décembre 2011

Le bar est fermé, tout est sombre et je suis saoule, attachée sur une chaise.

Elle est sur une table, couchée sur le dos, la tête qui pend dans le vide. Un homme qui porte un pantalon beige un peu trop grand pour lui va et vient dans sa bouche, lourd, régulier. Il. Un autre fait vriller sa langue sur son sexe de nacre, lisse et vulnérable. Je regarde s’agiter ses seins lourds, qui contrastent tant avec son ventre creux, ses côtes proéminentes et ses hanches osseuses. Sa lèvre inférieure est fendue, il y a du sang sur sa bouche et son menton, rien de grave — du moins, pour l’instant.

J’ai mal derrière la tête et le con irrité. Mes liens sont si lâches que je pourrais m’en défaire sans effort, mais je joue le jeu et fais semblant d’être à la merci des deux ou trois autres hommes se tiennent dans l’ombre. Tout est calme, il fait très chaud, le plancher craque.

Tout ça nous fera de beaux souvenirs à se raconter lorsque nous serons vieilles — si bien sûr je me rappelle encore de tout cela demain matin.

Un miracle de Festivus

5 décembre 2011

(Décembre, c’est le joyeux temps des reprises. En voici une de 2010, fraîchement rééditée pour vous.)

C’était la soirée de Festivus, un peu avant minuit, à l’heure où tous les esprits s’échauffent, même ceux des souris. La perche d’aluminium, préalablement extirpée de l’entretoit où on l’avait rangée l’an dernier, trônait fièrement, dépourvue de cotillons et de clinquant (qui sont, comme chacun sait, beaucoup trop agaçants) au centre du salon. Sur la table, gisaient les reliefs du repas et il ne restait que des miettes du traditionnel gâteau surgelé McCain décoré avec amour avec des M&M’s par la maîtresse de la maison. Tous avaient bien mangé, avaient un peu trop bu, lorsque Magali, l’hôtesse, se leva le verre à la main et lança les festivités.

— La tradition de Festivus commence avec la formulation des griefs, dit-elle, d’une voix légèrement empâtée par l’alcool. J’ai un tas de problèmes avec vous tous et c’est maintenant que vous allez en entendre parler! À commencer à toi, Daniel. Nous deux, c’est fini. Je te quitte.

Le pauvre Daniel faillit s’étouffer dans son verre de Caballero de Chile.

— Quoi?

— Ne fais pas cette tête. J’ai seulement décidé de passer à autre chose.

— Mais… mais… qu’est-ce que ça signifie? Qu’est-ce qui te prend tout à coup?

— Je vais être honnête avec toi, Daniel. Côté sexe, c’est parfait, mais nous n’avons rien en commun. Lorsque nous ne sommes pas à poil, nous ne faisons que nous engueuler. Il n’y a aucune vraie intimité entre nous. Je ne veux pas m’investir dans une relation basée uniquement sur l’attirance physique. Tu me traites comme un morceau de viande!

Daniel jeta sa serviette par terre, frappa la table de ses deux poings et se leva.

— Ne joue pas à la victime, Magali. C’est toi la salope, je te ferai remarquer. «Daniel, baise-moi dans la cabine d’essayage… Daniel, mets-moi les pinces à seins et le bâillon… Daniel, filme-nous et poste le tout sur YouPorn…» Fuck! Je ne savais même pas ce que c’était, l’anulingus, avant que tu me le fasses!

Les invites, en état de choc, écoutaient sans broncher. C’était sans contredit une fameuse formulation des griefs, probablement la meilleure des dix dernières années, du moins depuis la fois célèbre où tante Sonia avait accusé oncle Hector de lui avoir filé les morpions.

— J’admets que tu as raison sur ce point, répondit Magali. Laisse-moi donc reformuler : je ne veux PLUS m’investir dans une relation basée uniquement sur l’attirance physique. Ça va? Je veux du romantisme ! Je veux un engagement sérieux ! Et ça, je ne peux visiblement pas l’obtenir de toi. On a bien rigolé tous les deux, mais maintenant, c’est terminé.

Daniel s’effondra sur sa chaise.

— Tu es sérieuse?

— On ne peut plus sérieuse.

Il y eut alors un long moment se silence. Un silence magique, comme il ne peut y en avoir qu’à Festivus.

— Qu’est-ce que tu dirais d’un quickie avant que je fasse mes valises? demanda Daniel avec hésitation.

— Oui, bien sûr, répondit Magali, une lueur maligne dans les yeux.

Se déroula alors l’exploit de force le plus impressionnant de toute l’histoire de Festivus.

L’invitée

4 décembre 2011

— Je peux inviter une amie?

— Pour une fois qu’on a l’appartement à nous seuls, j’aurais pensé qu’on aurait pu… en profiter.

— Tu vas l’aimer.

— Elle est comment?

— Elle est grande, gentille et douce. Elle a les cheveux très courts et aime porter des chemises à carreaux.

— Ça ne me semble pas très prometteur. Je vais pouvoir la baiser?

— Non. Elle n’aime pas les hommes.

— Dans ce cas, qu’est-ce que j’y gagne?

— Bien… je vais la déshabiller, lui lécher la fente et lui enfoncer mon gode préféré, tu sais, le mauve que j’ai toujours dans mon sac… elle va mouiller, c’est certain, elle mouille toujours un jour d’avril, alors je vais boire à sa source, sans même laisser une seule perle de rosée sur le poil de sa chatte. Quand elle sera enfin satisfaire, elle déchirera mes vêtements, me ligotera sur le lit et t’invitera à m’enfiler pendant qu’elle s’assoira sur mon visage.

— Fuck! Tu… tu veux l’appeler maintenant?

— Pas besoin, elle sera ici d’une minute à l’autre.

Pourquoi les hommes sont-ils si peu romantiques?

18 novembre 2011

Bastien, fou d’amour, avait planifié sa demande en mariage dans les moindres détails et s’y préparait depuis plusieurs semaines. Il avait lu dans un des magazines féminins de Marie que le romantisme offre la garantie du bonheur conjugal et la clé de la sérénité domestique perpétuelle. Il l’attendait donc ce soir-là avec des roses et une bague à diamant dans le restaurant le plus chic de la ville en compagnie d’un violoniste jouant les Caprices de Paganini et d’une bouteille de bourgogne hors de prix.

Pendant ce temps, Marie était au motel et se faisait sodomiser pour la première fois par un parfait inconnu qui arborait sur son crâne et sa bite des tatouages de serpents et de lézards, pendant que sa femme, percée comme un hérisson, se doigtait en contemplant la scène tout en proférant des insultes qui auraient fait rougir un charretier. Certes, c’était un peu douloureux, mais en gros elle prenait son pied.

Article 163.1(2)

6 novembre 2011

L’été de mes treize ans, ma meilleure copine m’a appris à me masturber.

Chaque jour, j’allais la rejoindre chez elle à vélo. Elle habitait une grande maison aux allures victoriennes, avec une cour bordée d’arbres immenses et une magnifique piscine. Nous étions jeunes et heureuses, ivres du sentiment de liberté que nous procurait l’absence des adultes, partis au travail ou au chalet le week-end en nous laissant pour la première fois toutes seules.

Elle et moi étions complètement opposées, mais magnifiquement complémentaires. Elle était grande, blonde, avait une peau de lait et des yeux aussi bleus d’un ciel glacial d’hiver. J’étais petite, j’avais la peau ambrée, les cheveux noirs et raides comme le crin et je me trouvais irrémédiablement moche, avec la conviction que seules les gamines de treize ans peuvent avoir. Nous avions toutefois en commun des jambes de sauterelle et de petits monticules appelés à devenir éventuellement des seins.

Bien sûr, j’avais déjà chipé des livres peu recommandables que ma mère avait irresponsablement laissés traîné dans sa bibliothèque et dont la lecture éveillait en moi des sentiments troubles — sentiments que je ne comprenais guère et dont je ne savais trop que faire. Bien sûr, j’avais déjà flirté avec quelques garçons, déjà embrassé une fille avec la langue, mais il me restait encore pas mal de pièces du puzzle à assembler.

Jusqu’à cette nuit-là, dans la piscine.

Nous étions restées dans l’eau depuis la matinée, tant la journée était torride, ne nous résignant à sortir que lorsque la faim nous tordait trop l’estomac. Après le souper, alors que le soleil se couchait et plongeait la cour dans la noirceur, nous nous laissions paresseusement flotter dans la partie peu profonde de la piscine en caquetant, en gloussant et en échangeant des petits secrets ridicules.

— Est-ce que tu te masturbes? me demanda-t-elle en chuchotant.

— Qu’est-ce que tu veux dire? lui répondis-je, interloquée.

J’avais déjà entendu le mot — je crois même que je l’avais déjà lu dans un livre — et je savais que ça avait un lien avec le fait de se toucher, mais dans ma naïveté, je n’avais pas trop saisi comment. Tout ce que je savais, c’est que d’y penser faisait battre mon cœur un peu plus fort.

— Je veux dire… est-ce que tu te caresses ?

J’étais vachement contente que la nuit naissance cache le rouge qui teintait mon visage.

— Ben… non.

Elle se mit à rire.

— Je parie que tu en as quand même envie, hein? En tout cas, moi, je le fais tout le temps.

Je n’en croyais pas mes oreilles. Mes autres copines ne parlaient jamais de ce genre de choses.

— Dans ce cas, montre-moi! lui dis-je sur un ton de défi, en espérant que cela mette fin à la conversation.

Elle se contenta de sourire et m’amena jusqu’à une des sorties d’eau sur l’autre côté de la piscine. Elle s’empara de ma main et la plaça contre le jet.

— Tu sens comme c’est agréable? me dit-elle.

J’acquiesçai d’un hochement de tête.

— Maintenant, regarde-moi bien.

Elle sortit de l’eau juste assez pour placer son ventre contre le bord de la piscine et écarta ses jambes filiformes de manière à ce que le jet frappe directement sa vulve. Je la regardai faire, fascinée.

— Il faut trouver le bon angle… pour que ça soit vraiment bon.

Elle ferma les yeux et se mit à soupirer et à geindre faiblement. Je m’approchai et lui demandai :

— Comment c’est?

— Essaie, tu verras.

Voyant qu’elle ne me cédait pas la place, je nageai jusqu’à l’autre côté de la piscine vers la seconde sortie d’eau, avec au ventre une drôle de sensation, faite d’excitation et de fébrilité. J’imitai ma copine et m’installai dans la même position qu’elle. Les sensations furent immédiates, inusitées et délicieuses. Je fus frappée de plein fouet par l’orgasme avant même que j’eusse le temps de reprendre mon souffle. À peine eus-je le temps de comprendre ce qui m’arrivait que je jouis une seconde fois, puis une troisième.

Évidemment, mon pauvre petit minou était bien trop tendre et inexpérimenté pour subir longtemps la pression continuelle de l’eau, si bien que je me laissai glisser dans la piscine. Je me retournai et laissai le jet masser mon dos et mon cou en tentant de comprendre ce qui m’était arrivé.

Tous les week-ends qui suivirent et jusqu’à la rentrée, nous continuâmes ce rituel de masturbation aquatique du soir dans la piscine. Saoulées de plaisir et épuisées d’avoir tant joui, nous nous endormions chaque samedi dans le même lit, enlacées, cheveux noirs et cheveux blonds entremêlés.

Nous étions innocentes et nous ne faisions de mal à personne. Mais aujourd’hui, plus de vingt ans plus tard, les lois canadiennes font de vous et moi des criminels — moi pour vous l’avoir raconté et vous pour l’avoir lu.

Clivia

21 octobre 2011

Quand je lui demandai l’origine de son étrange prénom, elle me répondit : «C’est une fleur vénéneuse. On peut dire qu’au moins une fois dans leur vie, mes parents ont vu juste.»

Elle avait neuf ans lorsqu’elle rencontra la mort, dans toute sa tragique nudité. Ce fut pour elle une sorte d’épiphanie, car l’horreur qu’elle ressentit à ce moment était mêlée d’une curiosité obscure, troublante. Clivia était ce jour-là assise sur la banquette arrière quand la voiture familiale passa tout près d’un cerf qui gisait, inerte sur la voie de service de la route, les yeux noirs comme le néant. À la vue de l’animal qui semblait assoupi sur l’asphalte, elle ressentit une douleur sourde au cœur, comme si on l’eut frappée à la poitrine, ainsi qu’une excitation qui lui fit confusément comprendre que son enfance venait de s’achever, qu’elle entrait dans un monde étrange et hostile qui n’avait à offrir pour seule consolation que la perspective de l’extinction définitive, ce sommeil fascinant qu’elle avait entrevu dans l’œil de l’animal.

Quelques années plus tard, Clivia se souvint du cadavre du cerf lorsque Hubert, son petit ami du moment, prit sa virginité à la hâte, sans imagination ni délicatesse. « C’est sûrement ce que le cerf a dû ressentir, au dernier moment » se dit-elle, plongée dans un état d’engourdissement, comme séparée de son corps. À peine deux jours après, ce salaud l’envoya paître en la traitant publiquement de « salope » et de « putain ». Ses camarades de classe s’empressèrent évidemment de répandre la rumeur, même si manifestement ces deux qualificatifs ne correspondaient guère à sa personnalité.

Ce n’est qu’à vingt-cinq ans qu’un certain Samuel lui fit découvrir les plaisirs vif et acidulés du tailladage érotique, qui mêlent sang, sueur, sperme et orgasmes lancinants. Elle finit par l’épouser pour son intelligence affutée, sa « tendresse dans les moments les plus tranchants » et surtout ses yeux de cerf, noirs comme le néant — les yeux d’un compagnon de route vers l’abîme.

Le portrait

6 octobre 2011

Oscar avait vingt-deux ans lorsqu’il commanda le portrait.

— Je vous en prie, peignez-moi une vie normale! avait-il supplié l’artiste. Je vous donnerai tout ce que vous voulez! Je veux que les gens me voient comme une personne saine, équilibrée…

Le peintre examina Oscar, son corps ferme et souple, sa douce carnation et le bleu profond de ses yeux.

— Pourquoi ferai-je une telle chose? Vous êtes plein de vitalité, de soif de vivre…

— Le malheur, c’est que j’ai d’autres soifs, beaucoup plus perverses et inavouables! Je me marie d’ici la fin de l’année et… et si ma fiancée découvre mes penchants contre-nature, elle rompra nos vœux et m’exposera au scandale public. Je serai déshonoré, ruiné… je vous en supplie, je suis prêt à vendre mon âme pour protéger ma respectabilité! dit-il en se tordant nerveusement les mains.

— D’accord, si tel est votre souhait, répondit l’artiste en souriant tristement. Je vais saisir vos vices sur la toile et il ne restera de vous qu’un homme ordinaire et ennuyant. J’espère pour vous que votre fiancée appréciera le résultat.

Lorsque le portrait fut terminé, Oscar le cacha dans son grenier. Enfin rassuré, il se maria et vécut une vie banale et sans histoire.

Après la mort d’Oscar, sa veuve trouva le portrait en faisant l’inventaire de ses biens. Elle eut la surprise de le voir nu, ligoté le ventre contre une table, des marques écarlates zébrant son postérieur, suçant la pine d’un colosse noir au crâne rasé. Une femme au regard cruel, bardée de cuir et tatouée, lui enfonçait un énorme godemiché dans le fondement et une autre, complètement nue et accroupie au-dessus de lui, écartait les lèvres de son sexe rasé et pissait sur son dos.

— Oscar! Après toutes ces années… soupira-t-elle.

Dépitée, elle hocha la tête et marcha jusqu’à sa chambre à coucher et y accrocha le tableau sur le mur, près de son lit.

— Le salaud! siffla-t-elle, les dents serrées. Quand je pense à toutes les baises minables qu’il m’a fait subir…

Vie conjugale

29 septembre 2011

Elle se levait à des heures impossibles pour aller travailler — avec tout ce sang et ces horaires de travail impossible, je me demande pourquoi elle avait choisi de faire médecine. Comme elle ne pouvait commencer sa journée sans jouir, elle réglait la sonnerie de son réveil encore plus tôt, si bien que c’était toujours sa chatte, postée au-dessus de ma figure, que je voyais en premier en ouvrant les yeux. Je la léchais d’une langue empâtée par le sommeil et elle jouissait vite, avec de petits feulements délicieux. Elle me baisait ensuite avec son gode préféré, qu’elle avait affectueusement prénommé Marcus, jusqu’à ce que j’asperge son visage de cyprine — ce qui n’arrivait pas toujours, ce genre de chose ne se commande pas.

Ensuite, elle se levait prestement, vaquait à sa toilette, mangeait une toast au Cheeze Whiz, revenait m’embrasser et s’en allait, me laissant toute la journée me livrer à ce qu’elle croyait mes sombres complots anarchistes (qui en réalité se résumaient à quelques heures d’écriture, quelques minutes de branlette et des heures de glandouille).

Les journées fastes, j’avais une chatte pleine de foutre à lui faire bouffer à son retour. Mais la plupart du temps j’avais été trop flemmarde pour préparer le souper.

Belle-du-crépuscule

24 septembre 2011

Elle affiche encore les vestiges d’une beauté qui fut sûrement, il y a des décennies, flamboyante, sculpturale. Un visage strié de profonds sillons, mais à la structure encore intacte, des yeux émeraude éclatants, une bouche fanée, mais encore charnue; tout son visage exprimait la splendeur passée d’une femme qui avait tous les hommes à ses pieds.

— Tu es bien gentille de venir me visiter, me dit-elle tout doucement, de sa voix chevrotante. J’ai connu bien des consœurs qui ont vieilli toutes seules, abandonnées de tous.  Toi, tu viens toujours me voir, même si tu sais que j’étais une gourgandine, une courtisane, une pierreuse…

— Je sais, une prostituée, vous me l’avez dit des centaines de fois…

— Oui ma petite, une pute. Pendant plus de trente ans, tu imagines? À l’époque, on pouvait vendre ses charmes pendant longtemps, ce n’est pas comme aujourd’hui, avec toute cette drogue qui ronge les filles, les use en quelque mois et les détruit avant même d’avoir pu apprendre le métier. Dans mon temps, tapiner c’était exactement comme jouer la comédie. Ce que je faisais aussi — tu sais que j’étais actrice, n’est-ce pas?

— Oui. Vous étiez aussi effeuilleuse.

— Faire la pute, c’est jouer un rôle comme un autre. Quelle différence y a-t-il, au fond, entre jouer une soubrette, une reine, une sainte ou une pute? Tout ce qu’il faut, c’est s’imprégner du personnage.

— Et le reste? Je veux dire… les… les services que vous rendiez?

— Bah, c’était la partie la plus facile. Ce qui comptait, c’était d’être professionnelle et de faire de son mieux. Comme lorsque j’étais sur scène, finalement. Je portais le costume, le maquillage et devenait cette fille qui faisait bander les hommes. Il y a beaucoup de satisfaction à tirer de tenir son rôle le mieux que l’on peut, ma petite chérie. Et quand c’était fini, c’était comme au théâtre : je me démaquillais, je retirais mon costume et je retournais à la maison.

 — Et les clients, ils appréciaient?

 — Ils en avaient largement pour leur argent. J’étais très populaire, très demandée. Évidemment, personne ne m’applaudissait, mais les hommes ont en ces circonstances d’autres manières d’exprimer leur appréciation.

 Elle se met à rire malicieusement, comme une gamine.

 — Quand tu me regardes, tout ça doit te sembler difficile à croire, ma petite chérie… me dit-elle, soudainement sérieuse.

 — Je peux facilement vous imaginer jouant le rôle d’une prostituée de grand luxe, de ce genre que la plupart des filles de mon âge n’arriveraient jamais à imiter. La classe et la distinction se perdent, mais vous, vous en être toujours l’incarnation.

Elle me tapote la main en souriant, pendant que j’ajuste avec précaution la couverture sur ses genoux et desserre le frein du fauteuil roulant.

La grande danse macabre

22 septembre 2011

Encore engourdie de sommeil, je pris d’abord conscience du bruit de la radio et de la lumière que j’avais laissée allumée avant de m’endormir sur le sofa. Quelques instant plus tard, je m’éveillai au contact de sa bouche contre la mienne, de son doigt glissant sous le coton de ma culotte.

Simone ne dit rien. Pourquoi l’aurait-elle fait? Elle savait que je savais. À sa seule façon de me toucher, je savais que quelqu’un venait de mourir.

La mort. Elle en avait été si souvent le témoin. Parfois sanglante, hurlante et obscène dans la salle d’urgence. Parfois discrète et douce, presque inaperçue au chevet d’un enfant. «Ce n’est pas tant le spectacle de la mort que la confrontation avec ma propre finitude qui me bouleverse» me dit-elle un jour, alors qu’un patient venait quelques heures à peine de mourir dans ses bras. Et chaque fois qu’au retour de l’hôpital elle me fit l’amour, sur le champ, sans me saluer ni même m’adresser une seule parole, je sus que je recevais l’étreinte de l’ange de la mort. En ces occasions, elle n’avait que faire de son propre plaisir. Sa bouche contre mon sexe, elle me buvait, frénétiquement, interminablement, n’arrêtant qu’au moment le plus extrême de son propre épuisement, me laissant pantelante, vidée de plaisir, dépourvue de la force et de la volonté même de respirer.

Ce soir-là, il n’y eut aucune séduction, aucun baiser volé dans le cou, seulement son désir de ma peau, douce, chaude, sans âge. Seulement ses doigts, s’agitant en moi comme à la recherche de mon pouls, me fouillant jusqu’au centre de mon être. Seulement sa bouche sur mon sein me tuant et me ressuscitant encore et encore, jusqu’à ce que l’air me manque, jusqu’à ce mon cœur vienne caresser ses lèvres.

Ayant accompli ce qui devait être accompli, Simone se laissa glisser par terre, agenouillée entre mes cuisses.

— Tu as un poil blanc, me dit-elle soudainement.

Elle fronçait les sourcils, comme si elle inspectait une blessure inusitée.

Dans cette position si vulnérable, ayant à peine repris mes sens, je fus incapable de trouver une répartie convaincante.

— Non… il est blond, c’est tout… murmurai-je, en regrettant amèrement de n’avoir pas éteint la lampe avant de m’endormir.

— Toi, blonde? Voyons donc… répondit-elle sur un ton dubitatif. Pas de doute, il est bel et bien blanc. Tiens, en voilà un autre. Ici aussi …

Elle se mit en chasse, écartant mes cuisses de ses deux mains. Je sentais son souffle familier contre ma peau, mais ses doigts étaient devenus froids, inquisiteurs, cliniques. Je restai donc ainsi, couchée sur le dos, regardant fixement les tuiles du plafond, pendant que Simone me manipulait avec un soin quasi archéologique, comme un artefact fragile et immémorial.

Je l’entendis même doucement compter alors que mon immortalité lentement s’évaporait.

Shahryar sous les draps

16 septembre 2011

Depuis des semaines que nous ressassons le même fantasme. Le scénario est classique et offre des possibilités infinies : elle demande un congé sans solde et se fait embaucher dans un dépanneur glauque d’un quartier peu recommandable. Évidemment, pendant l’entrevue d’embauche, elle doit sucer le gérant, un quadragénaire bien gras prénommé Steve. Pendant qu’elle s’essuie la joue, il lui annonce qu’elle commence immédiatement.

Tous les employés sont au courant, bien sûr. Et personne ne dit rien, bien entendu. Rapidement, les turpitudes se multiplient et se succèdent. Un matin, très tôt, elle se fait mettre par trois livreurs. Elle doit aussi branler régulièrement le boutonneux qui travaille avec elle derrière le comptoir, quand les clients ont le dos tourné. Et il y a Steve, toujours lui, qui la convoque systématiquement dans son bureau à la fin de son quart de travail.

À sa demande, je lui raconte ces scènes à mi-voix, dans l’obscurité de notre chambre, juste avant qu’elle ne s’endorme. Elle me réclame toujours plus de précision, plus de détails scabreux. Alors, j’improvise, je bâtis le récit au fur et à mesure pendant qu’il s’effrite tranquillement derrière nous.

Toutes les trois phrases, elle m’interrompt pour que je précise un détail :

— Le bureau de Steve, comment est-il?

— Minuscule, sombre, sale et en désordre. Il y a des affiches de filles nues sur les murs.

— Et Steve, de quoi a-t-il l’air?

— Grassouillet, mal rasé, les cheveux gras, un polype mollasson sur l’aile du nez. Il porte toujours la même chemise blanche à manches courtes, avec des cernes jaunâtres sous les bars, alors forcément…

— Et comment est sa voix?

— Grasse et huileuse comme son visage. Accent carré et laborieux de l’Alberta. Sacres à profusion.

Elle soupire de délice.

— Quand il me convoque dans son bureau, comment ça se passe?

— Ça se passe toujours de la même façon.

— Raconte.

— Tu entres et il te dit les trucs habituels — que tu vas perdre ton poste s’il manque encore trente cents dans ta caisse, que tu fais fuir la clientèle avec ta face de carême et ainsi de suite.

— Et puis?

— Et puis il sourit comme un idiot, te dit « tu sais ce que tu as à faire si tu ne veux pas perdre ton job », se recule sur son fauteuil à roulettes et défait sa braguette. « Sous le bureau», qu’il marmonne. Alors, tu te mets à quatre pattes et tu t’exécutes.

— Ensuite?

— Ensuite, tu te mets à le sucer. Il sent des pieds, le plancher est sale et tu abîmes tes collants. Et ce gros porc répète « c’est très bien, c’est très bien…», en te tapotant la tête.

— Comment ça se termine?

— Il se crispe, tu avales le tout et tu te relèves. Il te dit : « ne sois pas en retard demain et je t’avertis, le prix de ces collants sera déduit de ta paye».

Elle frissonne, tremble un peu. Je devine qu’elle a la main fourrée entre les cuisses.

— Dis-moi ce qu’il me fait faire, le lendemain, de dit-elle d’une voix tremblante.

— Après la fermeture, il te fait placer les produits en rayon, chemisier ouvert et cul à l’air. Il prend des photos et ne cesse de se tâter le paquet.

— Il faudra que tu je retourne dans son bureau ?

— Bien sûr. Mais cette fois-ci, il a apporté un mètre de bois, comme à l’école…

C’est alors qu’elle bascule dans l’orgasme — et quelques minutes plus tard, dans le sommeil. Quant à moi, sa Shéhérazade, je reste longtemps les yeux ouverts, à réfléchir à ce que je lui raconterai le lendemain pour la garder encore une nuit près de moi.

11 septembre 2011

11 septembre 2011

(Une reprise de 2009, mais tellement à propos…)

— Combien de temps nous reste-t-il ? soupira-t-elle en tortillant les fesses pour faciliter la pénétration.

— Quelques minutes… hum… trois, peut-être… réussit-il difficilement à articuler, tant le fait de se faire chevaucher par sa maîtresse sur la pelouse devant son bungalow, au vu et au su des voisins paniqués, l’excitait.

Lorsqu’il aperçut dans le ciel la longue traînée blanche de fumée du missile, ses traits se crispèrent et tout son corps fut secoué par l’orgasme. Sentant le foutre couler sur son cul, elle leva les yeux au ciel et vit l’ogive tomber vers leur propre petit Ground Zero personnel. Elle ferma les yeux, serra les dents et attendit le big bang.

Une faible détonation se fit entendre, l’air autour d’eux se réchauffa légèrement… puis ils reçurent sur la tête un déluge de petits papiers blancs.

— Mais… mais… qu’est-ce que… bafouilla-t-elle en ouvrant timidement les paupières, la queue flasque de son amant entre les cuisses.

Il attrapa un des tracts et lut : « Repentez-vous, chiens d’infidèles ! La guerre sainte est déclarée ! »

— Merde ! Trois fausses alertes en deux jours ! Les gens du voisinage vont finir par croire que nous sommes de vrais obsédés ! maugréa-t-il en suivant son amoureuse qui courait se réfugier dans le garage.

Transport adapté

9 septembre 2011

« Ce n’est pas parce que tu es trop fauchée pour t’acheter une voiture qu’on va renoncer au plaisir de s’envoyer en l’air sur la route », me dit-elle en enfilant un de ses uniformes de salope préférés. Pendant que j’ajuste mon porte-jarretelles, elle appelle un taxi que nous sortons attendre sur le trottoir. Je ne peux pas m’empêcher de penser que nous avons l’air de deux tapineuses égarées dans ce tranquille quartier petit-bourgeois.

Quinze minutes plus tard, le taxi se gare juste devant nous. Le chauffeur n’a pas l’air très propre, il est gras, quinquagénaire et sent le tabac. Il ne sort pas pour nous ouvrir la portière — y a-t-il encore des chauffeurs de taxi qui font pareille chose?

Sur la banquette arrière, elle écarte les cuisses dès que le taxi démarre. Elle attend de moi que je prenne les choses en main, comme d’habitude. Alors, je la caresse, d’abord en effleurements très délicats, puis carrément en enfonçant la soie de sa culotte avec les doigts, dans son sexe entrouvert. Elle ne peut réprimer un spasme, un hoquet.

Le chauffeur fait mine de rien, même si, grâce au rétroviseur, il n’en perd pas une miette.

— Elle va me lécher ma fente. Ne vous en faites pas, elle a l’habitude, elle est très propre… nous ne mouillerons pas le capitonnage.

Il ne répond pas. Des gouttes de sueur perlent sur son front.

— Vous savez, elle aime beaucoup se faire enculer pendant qu’elle broute mon minou, alors si vous connaissez un coin tranquille, on pourrait…

Coup de volant, accélération brusque : je n’ai même pas le temps de finir ma phrase que nous sommes garés sous un viaduc  faiblement éclairé par la lumière jaunâtre d’une lampe sodium. Tags hiéroglyphiques, rebuts divers sur le sol crasseux, odeur d’urine : le décor est parfait.

Il se tourne vers nous, attend, silencieux. Elle sort alors de la voiture, retire en vitesse sa jupe et sa culotte et se glisse entre mes cuisses, cambrée à l’extrême, cul nu, dans même un regard pour le chauffeur — qui après quelques secondes, vient se débraguetter derrière elle.

Vautrée sur la banquette, les jambes bien écartées, je me laisse lécher le bouton en contemplant ses seins qui ballotent au dessus de son soutien-gorge. Le chauffeur a fini par prendre de l’assurance; il besogne avec vigueur et application. Je lui fais remarquer que  le compteur tourne toujours. Entre deux grognements, il précise que la course est pour lui. Quand à elle… elle en a plein la bouche, plein le cul : elle est heureuse.

Juste avant de jouir, le chauffeur renifle et grogne comme un animal blessé. Il s’arc-boute, se crispe, crache en l’air quelques « câlisse » et quelques gouttes de foutre bien profond en elle qui, la tête posée sur mon pubis, ronronne de plaisir en bavant.

Elle remet sa culotte, il remonte sa braguette. Elle rajuste sa jupe, il se laisse choir lourdement à sa place et redémarre. Nous restons tous les trois silencieux. Elle pose sa tête sur mon épaule et me caresse la cuisse. Moi, je regarde défiler la nuit, dans toute son étrangeté.

Arrivées à destination, le chauffeur se donne cette fois-ci la peine de venir nous ouvrir la portière. Elle sort en premier et s’éloigne en tortillant exagérément son popotin. Il me prend à part, me tend sa carte d’affaires et me dit :

— Appelez-moi quand vous voulez. Vraiment. Je suis sérieux.

Mon petit doigt me dit que j’ai bien fait de ne pas m’embarrasser d’un prêt-auto.

Big Bang

7 septembre 2011

Elle se plaint depuis des semaines devant le miroir. Elle se trouve moche, elle n’aime pas ses fesses, exhibe sous mon nez une culotte de cheval imaginaire, me dit qu’elle n’est plus d’un amas de capitons et de vergetures.

En désespoir de cause, je l’amène dans ce parc où, la nuit, des satyres aux sens enflammés hurlent à la lune et copulent entre eux dans les fourrés à défaut de pouvoir s’offrir la chair douce et rosée d’une femme complaisante. Dès qu’ils l’aperçoivent, ils se ruent sur elle, ils réduisent ses vêtements en charpie, la baisent, la traitent comme une chose et surtout l’enculent à répétition, vénèrent son cul et y reviennent sans cesse, jusqu’à la barre du jour, jusqu’à ce que les heures abolissent les sexes, abolissent les êtres, les transformant en magma sublime de chairs indifférenciées.

Rien ne sera plus comme avant. Elle est enfin libre, apaisée : son cul est devenu le centre de gravité de l’univers.


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