Textes de la catégorie « Futilités »

Le mot, l’image et la sécrétion

15 septembre 2007

Dans ma courte existence, j’ai dû lire des milliers et des milliers de pages de littérature obscène, mais — je l’avoue bien humblement — je n’ai consommé que très peu de pornographie audiovisuelle.

Pour ce que j’ai pu en observer, une des différences fondamentales entre les deux genres est l’absence flagrante, dans les vidéos, de ces détails triviaux que sont la morve, la sueur, le cérumen, le sang, les excréments. Par exemple, les rapports anaux sont étonnamment propres, faciles, aseptisés même. En fait, la seule humeur qui semble avoir le droit d’exister au grand jour est le sperme, à un tel point qu’il est inimaginable, dans ce genre de représentation, d’oser éjaculer ailleurs que sur le visage de sa partenaire.

Oh, et la salive me semble particulièrement sous-exploitée. Pourtant, que serait l’amour sans elle?

Un monde de twits

1 septembre 2007

Je suis tombée par hasard sur Twittervision, une visualisation géographique en temps réel des mises à jour des sites Twitter à travers le monde. Pendant presque une demi-heure, je suis restée fascinée, bouche bée, devant le spectacle de cette humanité grouillante, de tous ces purs inconnus éparpillés aux quatre coins de la planète qui m’informaient consciencieusement qu’ils triaient leur linge sale, qu’ils revenaient d’un dîner chez la cousine Angèle ou qu’ils partaient jouer aux quilles avec un quadragénaire rencontré dans leur cours de cuisine thaï au micro-ondes.

Jamais l’univers ne m’a semblé aussi vide et futile.

Voyage à Toronto (dernière)

21 août 2007

De retour à la maison, je racontai à Simone mon périple.

— J’espère que tu as été… sage, me dit-elle d’un air inquiète.

— Tu me connais, je résiste mal à la tentation. J’ai rencontré un charmant artisan serrurier qui m’a invité chez lui et m’a fait toute une espagnolette… répondis-je en rougissant d’avoir été si dépensière.

Elle éclata alors en sanglots, et il fallut de longues explications pour lui faire comprendre qu’il ne s’agissait pas d’une pratique sexuelle perverse.

Voyage à Toronto (cinquième partie)

12 août 2007

Rien n’est plus agréable que de se perdre dans une ville aussi cosmopolite que Toronto. Surtout lorsqu’on a la chance d’être en vacances. L’expérience s’apparente à la méditation; le vide s’installe, c’est la vacance. Chaque ruelle mène à un autre endroit du monde, rempli d’odeurs et de bruits étrangers — ici le bruit du percolateur, les voix qui devisent nonchalamment, je suis assise là, seule et personne ne s’occupe de moi: la perfection.

Voyage à Toronto (quatrième partie)

8 août 2007

Dans le Faculty lounge du département d’histoire, je prends le thé avec une copine qui vient d’être nommée à une tenure track position.

— Au coin de Bloor et de Queen’s Park, j’ai vu un pavillon qui porte une curieuse inscription: «Faculty of Houshold Sciences»… lui dis-je en déposant ma tasse.

— L’édifice abrite aujourd’hui les bureaux de l’ombudsman de l’Ontario, me répond-elle. Au début du XXe siècle, presque toutes les étudiantes de l’University of Toronto y étaient inscrites; en plus d’apprendre la cuisine, la couture et l’éducation des enfants, elles y venaient pour rencontrer un bon parti sur le campus.

— Des temps heureusement révolus! dis-je sur le ton de l’évidence.

Silencieuse, elle regarde la fenêtre d’un air mélancolique, puis soupire:

— J’ai étudié jusqu’à l’âge de trente ans. Je suis célibataire, sans enfants, je suis locataire, je n’ai pas de bagnole et je viens tout juste de me trouver du boulot. Ma vie sentimentale est un désert: tous mes collègues sont soit des femmes, soit des fossiles en fin de carrière. Si c’est ça le progrès…

— Je peux savoir qu’est-ce que tu proposes comme solution? lui dis-je, agacée.

— C’est pourtant simple: il faut ré-ouvrir la faculté des sciences ménagères et n’y admettre que des hommes, murmure-t-elle, rêveuse.

Voyage à Toronto (deuxième partie)

4 août 2007

Sur la rue Younge, un clochard amérindien m’apostrophe en chantant une version toute personnelle de l’hymne national:

— ♫♪Oh Canada ♪ Your home ♫♪ on native land♫… do you understand, lady? Your home is built on native land! My land, for Christ sake!

Hélas, il omet de m’informer où se trouve la terre des sang-mêlé et des bâtardes — faudra remettre le déménagement à plus tard.

Voyage à Toronto (première partie)

1 août 2007

Au Starbucks du Sheraton Parkway Toronto North, je mettais à jour les Cahiers sur un des ordinateurs que ces charmants revendeurs de caféine mettent à la disposition des junkies de la fève noire qui forment l’essentiel de leur clientèle. Après quelques minutes, je tournai la tête et croisai le regard d’un quidam éberlué qui me dévisageait, probablement depuis quelque temps déjà.

— May I help you? lui demandais-je, agacée, après un moment de gène.

— Sorry to bozer you, me répondit-il avec un fort accent français, botte… are you Anne Archet?

— On dirait bien… lui dis-je en fermant l’interface d’administration de WordPress.

— Ça alors! Mais c’est incroyable! Je débarque tout juste de Paris et la première personne que je rencontre au Canada est Anne Archet!

— Évidemment, puisque toutes les blogueuses québécoises fréquentent assidûment les cafés des hôtels pour ne pas louper un bon parti éventuel en provenance de l’hexagone, lui-répondis-je avec mon meilleur sourire.

— Ha! Ha! Je vous reconnais bien! Mais dites-donc, vous êtes très différente dans la vraie vie que sur votre blogue… me lança-t-il en plissant les yeux.

— C’est que je ne porte jamais mes tentacules en vacances, lui dis-je en finissant mon café.

Les héroïnes ont soif

26 juin 2007

Elle est en haut, elle appelle au secours — peut-être par jeu. Cela m’ennuie, me dérange; il fait trop chaud ce soir pour oser penser ne serait-ce qu’une seconde que je puisse réussir à lui faire croire que j’ai le moindre talent pour l’héroïsme.

On the road

25 juin 2007

En balade avec Simone et Lou, je suis fascinée par les trois lettres qui apparaissent sur les plaques minéralogiques. Hélas, je n’ai pas encore vu le CON, le CUL ou le ZOB, ni le ASS, le CUM ou le SEX, mais je ne désespère pas.

Normophilie

5 juin 2007

Je croise dans la rue un ancien amant, avec qui je me suis si souvent encanaillée pendant ma folle jeunesse. Il a le teint blafard, le regard terne, le dos un peu vouté. Il me confie qu’il est retourné aux études, qu’il deviendra bientôt comptable et qu’il ne boit plus, qu’il fait maintenant dans la tempérance, la sobriété, la «lucidité», même.

Je le regarde s’éloigner d’un pas hésitant, presque en titubant. Décidément, le désir de normalité est bien la pire des toxicomanies.

Exploit oculaire

27 mai 2007

La petite pleure et c’est à son tour de se lever. «Attends, je passe mes yeux par-dessus mes lunettes» me dit-elle, engluée de sommeil.

Archetvistique

26 mai 2007

Je récupère en râlant toutes les notes de cours et de réunions que Simone a balancé pour la deuxième fois au bac à recyclage. J’ai beau lui expliquer en long et en large que leur valeur réside dans les commentaires stupides et les petits dessins dans les marges, elle ne veut rien entendre et s’obstine à appliquer son propre calendrier de conservation.

Une autre perle pour la route

21 mai 2007

Au sujet du CP Rail:

«Ils choisirent de construire les ateliers à Montréal pour des raisons de promiscuité.»

Sodome, Gomorrhe, Montréal: même combat.

Fœtus que tu veux

20 mai 2007

Au coin de la rue, une affichette annonçant une manif pour la défense des droits des embryons. Je me prends à imaginer des milliers d’embryons envahissant, pancarte à la main, la colline du parlement…

Procrastination

18 mai 2007

Simone m’a fait remarquer que j’invente chaque trimestre une nouvelle façon de perdre mon temps pour éviter de corriger les copies de mes étudiants. Je déclare donc officiellement que mai 2007 est le mois officiel de la typornographie.

Perle, encore

17 mai 2007

Au sujet de Martin Luther King:

«… le rêve qu’il a expliqué en 1963 dans son célèbre discours « I had a dream » a été réalisé car il est mort en 1968.»

Est-ce à dire qu’il avait rêvé d’être assassiné?

Re-perle

16 mai 2007

«Ce taux de mortalité infantile s’explique par les mauvaises conditions sanitaires. Dans les quartiers ouvriers, il n’y avait pas d’eau courante, pas d’égouts, pas de gaz, pas d’électricité et le lait maternel n’était pas pasteurisé.»

Si ça se trouve, ils ne faisaient même pas bouillir les seins avant d’allaiter!

Perle

14 mai 2007

Décidément, la récolte de perles est bien maigre cette année. Pourtant, les copies de mes étudiants ne sont pas plus brillantes; elles ne sont que plus ternes. Au sujet de la mort de l’empereur Maximilien Ier du Mexique:

«Quant à sa femme Carlotta, le chagrin l’a rendu si folle qu’elle est retournée vivre en Europe.»

Évidemment, seule la folie peut expliquer un geste aussi désespéré…


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