Textes de la catégorie « Dialogues vénériens »

Fourrer Fourrer Fourrer Fourrer

9 février 2012

— Tu t’es déjà demandé combien de fois on peut écrire le mot «fourrer» avant qu’il ne perde toute signification?

— Non, mais je sens que tu vas me le dire.

— J’ai rempli une page de «fourrer» hier soir. J’étais fatiguée, je m’ennuyais et surtout j’avais les nerfs à fleur de peau. Je pensais que ça allait m’inspirer. C’est ce qu’on appelle se fourrer le doigt dans l’œil…

— Tu écris de la porno. Si fourrer ne t’inspire pas, je me demande bien ce qui le fera.

— Certainement pas fourrer, ni les relations sexuelles en générales, en tout cas.

— C’est pas un peu contradictoire, ce que tu viens de dire, non?

— C’est tout ce qui mène à l’acte qui m’allume. Après, ce n’est que de la mécanique et de la tuyauterie.

— Tu ne vas pas encore me casser les couilles avec tes foutus préliminaires!

— Tiens, c’est une idée, ça. L’escarpin dans les chnolles comme prélude à l’amour…

— Dis plutôt «prélude à l’hospitalisation».

— Mais non, mon chéri, je te botterais le sachet avec grâce et délicatesse.

— Je vais quand même passer mon tour, si ça ne te dérange pas trop.

— Toujours est-il qu’en Arial 12 points et des marges de 2 centimètres, j’ai pu «fourrer» cinq cent trente-neuf fois.

— Un vrai gang bang.

— Au quarantième fourrer, je me sentais comme à l’école, lorsqu’on me punissait avec une copie. Je ne voyais plus que des lettres, sans signification. Ce n’est qu’un mot, après tout.

— Fourrer, ce n’est pas qu’un mot. Glisse-le dans n’importe quelle conversation et tu verras quel effet il produit.

— Pour moi, ce n’est qu’un mot. Avant, j’écrivais «baiser», jusqu’à ce que je l’use à la corde. J’ai essayé «niquer», mais c’est trop franchouillard et ça me laisse de glace. Alors je me suis mise à utiliser ce «fourrer», bien gras, bien joual et bien vulgaire.

— Et alors?

— Alors il ne me fait plus d’effet non plus. Je me sens comme une gynécologue qui ausculte des vagins à longueur de jour et qui n’a plus envie de lécher une plotte de retour à la maison.

— Et le mot «plotte», il te fait encore de l’effet?

— À peine.

— Dans ce cas, tu devrais arrêter d’écrire.

— Quoi?

— Fourrer est l’unique objet de ton écriture. Alors quand vient le temps de fourrer pour de bon, tu es trop saturée pour joindre le geste au mot.

— Je préfère écrire que fourrer.

— Merci, c’est très flatteur. Pourquoi alors sautes-tu dans mon lit chaque mardi après-midi?

— C’est à cause des préliminaires. Et aussi parce que j’ai des escarpins à étrenner et que tes chnolles sont juste à la bonne hauteur.

Comme en soixante-neuf

9 avril 2011

Elle n’était revenue auprès de moi que quelques jours, avant de repartir pour Baltimore, où elle étudiait. Nos retrouvailles furent brèves, intenses et surtout orageuses, comme elles le sont toujours. Le matin de son départ, elle me demandait encore :

— Qu’est-ce que tu as pu faire comme cochonneries, pendant mon absence…

— Bof… je me suis défendue.

— Raconte.

— À quoi bon…

Elle me regarda fixement, de ce regard qui coupe court à toute discussion.

— Et par quelle cochonnerie dois-je commencer? lui demandai-je avec résignation.

— La dernière. La plus fraîche.

— Puisque tu insistes… Je sors du collège, le temps est doux, et près de l’arrêt du bus, je croise un quidam, genre vétéran de Woodstock, la cinquantaine, les cheveux longs et grisonnants, la barbe et tout le bazar. Il était pas mal et j’ai croisé son regard…

— Les vieux hippies t’excitent, maintenant?

— Pourquoi pas? Il n’y a pas de mal à vouloir changer de crémerie. Donc, nos regards se croisent. Je continue mon chemin et puis j’entends dans mon dos: «S’il vous plaît mademoiselle». Je me retourne, c’est le barbu qui me regarde avec un grand sourire. J’ai pensé qu’il allait me demander l’heure, ou alors de la monnaie pour un café…

— C’est plutôt lui qui t’a offert un café pour te draguer…

— Que non. Il me regarde dans les yeux et me dit: «J’ai envie de lécher ta chatte»!

— Voyons. Impossible.

— Je te jure. Ça m’a carrément scié! Je ne me suis pas démontée, je n’ai pas répondu et j’ai marché vers l’abribus. Mais il m’a suivie et il a insisté. Il passait sa langue sur ses lèvres en me disant qu’il avait trop envie de me sucer le minou, qu’il n’avait jamais brouté de chatte asiatique, qu’il voulait savoir si je goûte le jasmin…

— Et tu lui as dit oui…

— Il m’a excitée, ce vieux pervers… et puis, la situation était trop invraisemblable pour la laisser passer…

De toutes mes frasques, ce sont celles que je partage avec l’homme de la rue qui la choquent. Que je m’offre une collègue de travail ou un voisin est pour elle dans l’ordre des choses. Mais mon goût pour le chat de ruelle la dépasse complètement, la terrifie.

— Et si c’était un psychopathe qui avait envie de jouer du couteau? Tu es complètement inconsciente Anne, aussi folle que ce vieux pouilleux…

— Je sais, je sais, c’était risqué. Mais mon instinct me disait que sa passion était le cunnilinctus et non le meurtre en série. Je lui ai dit «ok» et il m’a emmené dans l’usine désaffectée, tu sais, celle près du canal…

— Endroit idéal pour commettre un meurtre en toute tranquillité…

— Peut-être, mais je suis encore bien vivante… On s’est retrouvé dans une immense pièce pleine de débris et de fer tordu. Il y avait une grande table au milieu. Il s’est couché sur la table et il m’a demandé de m’asseoir sur sa bouche.

— Évidemment, tu t’es exécutée…

— Évidemment. J’ai enlevé ma petite culotte, j’ai relevé ma jupe et j’ai fait ce qu’il me demandait. Il m’a léchée pendant une bonne demi-heure ! Tu peux ne pas savoir…

— J’espère que je ne le saurai jamais…

— Il enfonçait sa langue au fond de mon vagin. Je me suis tortillée comme un ver sur sa bouche. Je sentais sa moustache sur mon clitoris… c’était démoniaque! J’ai crié comme une folle et ça résonnait à mort dans toute l’usine. Quand il a senti que j’allais jouir, il m’a mis un doigt dans l’anus et j’ai eu l’impression que les anges de l’Apocalypse allaient sonner la fin des temps.

— C’est ainsi que tu qualifies tous tes orgasmes…

— Mais celui-ci fut particulièrement humide. Mon hippie était mouillé jusque dans les cheveux. Il en avait partout! Et moi j’étais en nage. Et tu sais ce qu’il a fait après?

— Il a mis sa sale bite dans ta bouche.

— Même pas. Il m’a assise sur la table, il a écarté mes jambes et il a bu et léché tout ce qui coulait. Ça m’a tellement excitée que je suis repartie de plus belle!

— Et après?

— Après? Rien. Il m’a dit «salut» et il est parti. Il n’a même pas demandé de le toucher.

Les bras croisés, Simone me regardait, interdite.

— Tu attires vraiment tous les fêlés de la planète, me dit-elle sur un ton courroucé.

— Bien sûr chérie. Et c’est pour cette raison que tu reviens toujours à moi.

Le miroir du stupre

24 mars 2011

Nous sirotions toutes deux un latte lorsque ma chérie aperçut une de nos connaissances communes, une jeune femme toute blonde et toute menue qui nous sourit et nous salua de la main avant de quitter le café en coup de vent.

— Quand même, quelle salope… me dit-elle avec une moue dédaigneuse.

— Tu crois?

— J’en suis sûre. Ça se voit dans ses yeux.

— C’est drôle que tu en parles. Pas plus tard qu’hier, Marie ne tarissait pas d’éloges à son sujet. Elle me disait à quel point elle était gentille, serviable et raisonnable, à quel point elle aurait voulu qu’Anaïs, son ex, soit comme elle…

— Pfff. On voit bien que Marie ne l’a jamais vue à genoux derrière le comptoir du bar avec la queue d’un parfait inconnu dans la bouche.

— Oh!

— Et qu’elle ne l’a jamais vue se pencher, le chemiser ouvert, devant un groupe d’adolescents, en pinçant ses mamelons et en se léchant les lèvres d’un air lubrique.

— Vraiment?

— Elle ne l’a pas vue non plus sans sa culotte, couchée sur le dos les jambes en l’air sur le parquet, s’offrant à tous les hommes qui veulent bien d’elle et qui rigolent en se rebraguettant après lui avoir rempli la moniche de foutre.

— Et bien ça, alors…

— Et je parie que Marie ne l’a jamais vue jouir, la bave coulant sur ses joues comme une possédée, les yeux révulsés et les jambes s’agitant dans tous les sens, un juron à la bouche et une pine enfoncée dans son cul.

— Tu as vraiment tout vu cela? lui demandai-je, incrédule.

— Je te l’ai dit : ça se voit dans ses yeux, me répondit-elle avant d’avaler d’un trait son café refroidi.

Ma vie, mon corps et mon ame

11 mars 2011

So you can make me come. That doesn’t make you Jesus.

— Hein?

— «Ce n’est pas parce que tu arrives à me faire jouir que tu es le messie.» C’est ce que chante Tori Amos à la radio.

— Ah, Tori Amos… ça ne nous rajeunit pas.

— Elle a raison.

— Quoi?

— Toi, chaque fois tu arrives à me faire jouir, je suis sûre que tu penses que… que c’est quelque chose d’incroyablement important, de fondamental, sur lequel je devrais centrer ma vie.

— Je…

— Ce que je veux dire, c’est que le sexe avec toi, c’est bien — c’est très bien, même — mais combien penses-tu que je te dois vraiment pour un orgasme?

— Qu’est-ce que tu veux dire?

— Je peux te faire jouir, moi aussi. Est-ce que tu penses que tu me dois ta vie, ton corps et ton âme juste parce que j’arrive à te faire venir? Comme si c’était la chose la plus extraordinaire du monde?

— Ben…

— Alors?

— Euh… oui, justement. C’est ce que je pense. Pour vrai.

Duplicate

12 janvier 2011

Je tapotai pensivement mes lèvres du bout de l’index, puis plaçai soigneusement mes lettres après le mot « fou ».

– Tadam ! Lettre compte double… mot compte triple… quarante-deux points… plus cinquante parce que je vide mon chevalet… quatre-vingt douze ! Lalalèreu !

– « Foutentrer » n’est pas acceptable, me dit-il sans sourire.

– Bien sûr que ça l’est. C’est un mot tout ce qu’il y a de plus banal et usuel.

– Et madame peut daigner m’en donner la définition ?

– Tout le monde sait que ça veut dire « remplir avec force ». C’est un verbe du premier groupe qui se conjugue tout simplement comme « aimer »… ou « entrer ».

– Pfff. Et tu t’attends vraiment à ce que je gobe ça sans mot dire ?

– Serait-ce un défi ?

– Évidemment.

– J’ai laissé mon dico chez moi… lui dis-je en souriant malicieusement.

D’un geste vif, il fit voler les pièces du jeu dans tous les sens en envoyant valser le plateau de carton jusqu’au fond de la pièce, puis me foutentra vigoureusement sur la table.

Trichotillomanie thérapeutique

9 mai 2010

— Hum… il est anormalement allongé, madame Archet.

— Docteur, il est sur le point de me rendre folle. Il dépasse et frotte contre mon jeans — j’en arrive à jouir simplement en me promenant dans la rue.

— Je vous avais bien dit de le laisser tranquille. Vous devez cesser d’y toucher et de le tirer. Dites-moi, combien de fois par jour vous masturbez-vous ?

— Euh… je ne parlerai qu’en présence de…

— Vous n’êtes pas en état d’arrestation Anne. Ce n’est qu’une simple question.

— Je n’y peux rien docteur. Je collectionne les curiosa et j’écris des textes érotiques. Il faut bien que j’allège la tension d’une façon ou d’une autre.

— Mais êtes-vous obligée de tirer dessus ?

— Ça m’aide à me concentrer.

Ils se met à griffonner nerveusement et me tend une prescription : «La patiente se tortillera une mèche de cheveux au besoin.»

Confidences sur le carrelage

3 mai 2010

— Aie! Arrête! Je ne suis pas un soumis!

— Tu es sûr?

— Puisque je te le dis!

— Tu serais donc Dominateur…

— Ce n’est pas l’envie de te frapper qui me manque en ce moment, mais je suis à peu près certain que ce n’est pas sexuel.

— Fuck! On a tout essayé! Attends un peu… et ça, ça ne te fait vraiment rien?

— AIE ! Puisque je te dis que je n’ai aucun fétiche! Tu veux bien me foutre la paix ?

— Impossible. Tu en as un, ça ne peut pas faire autrement! Il s’agit de le trouver. Voyons… tu n’aimes pas les garçons, tu n’aimes pas les filles…

— J’aime les filles! Tu le sais très bien. Tu me dis cela uniquement parce que je ne t’ai jamais draguée!

— Tu ne dragues personne. Tu ne sors jamais avec personne : tu ne fais que les accompagner vaguement et leur servir de faire-valoir occasionnel. Tu n’aimes pas les filles, tu n’aimes pas les chèvres… est-ce que tu aimes les chèvres?

— Non!

— Il doit bien y avoir quelque chose qui t’allume…

— Pourquoi tiens-tu mordicus à me trouver un fétiche?

— Parce que c’est amusant. Parce que c’est excitant. Parce que ça procure le sentiment fugace d’être en vie.

— Je t’assure que je me sens suffisamment en vie. Tu me détaches?

— Le cuir : non. Le latex : non plus. Le Saran Wrap : encore moins. Le pudding au chocolat, les jeux de rôle, les petites culottes de dentelle, les escarpins, les épingles à nourrice, les films pornos, les couches de coton… que reste-t-il?

— Il reste à me détacher.

— Je sais! L’ondinisme!

— Pourquoi ne pas admettre tout simplement que j’ai une libido anorexique et un jardin secret désertique?

Elle s’accroupit au-dessus de son visage et l’asperge d’un jet ambré.

— Parce que c’est malsain et contre-nature.

L’amour au temps du Twitt

18 mars 2010

Quatrième épisode, où il est discuté de bienséance nuptiale en ces temps troublés.

Élévation du discours (à un niveau soutenu)

13 mars 2010

Elle était grande, brune, sculpturale, et retenait la porte de l’ascenseur de sa main pendant que je m’engouffrai à l’intérieur.

— Quel étage? me demanda-t-elle.

— Le vingtième, lui répondis-je timidement.

Je fixais les voyants lumineux des étages en écoutant une version pour orchestre de Question de feeling lorsqu’elle me demanda :

— Vous êtes Anne Archet, n’est-ce pas?

— Comment avez-vous deviné? lui demandai-je et plongeant mon regard dans ses yeux d’outremer.

— Vous ressemblez aux photos qu’on trouve sur votre site.

— Moi qui voulais les enlever… je vois que j’ai bien fait d’attendre!

Elle me sourit puis me tendit la main en me disant :

—Sophie Beaulieu. Je travaille ici comme traductrice. Et je vous lis depuis toujours!

— Enchantée, Sophie.

Elle avait les cheveux bouclés, en cascade sur ses épaules… et les seins si hauts perchés qu’ils auraient fait damner Saint Antoine, perché en haut du mont Qolzum.

— J’ai particulièrement aimé votre histoire avec le chien, ajouta-t-elle. C’était à la fois répugnant et étrangement excitant.

— C’est ce qu’on me dit toujours. Je suis contente que ça vous ait plu.

L’ascenseur s’immobilisa et un homme en sortit. Il ne restait plus que nous deux à bord de l’appareil.

— Je peux vous poser une question? me demanda-t-elle aussitôt que la porte fut refermée.

— Bien sûr.

— Pourquoi n’avez-vous jamais écrit d’histoire qui se passe dans un ascenseur?

Je soupirai.

— Probablement parce que c’est un des clichés les plus usés du genre.

— Ah?

— Oui. Le huis clos… la promiscuité et le désir qui monte alors que l’ascenseur lui, est immobilisé… sans compter la similarité lexicale entre l’élévation et l’érection… tout ça a été dit et redit cent fois.

— Vous croyez?

— Bien sûr. C’est aussi usé que le coup du livreur de pizza dans les films pornos des années soixante-dix. Vous mettez en contact deux étrangers qui en d’autres circonstances ne se seraient même jamais adressé la parole — et encore moins caressé l’entrecuisse. Ensuite, vous décrivez l’échange furtif de regards, l’amorce timide de la conversation, puis paf! La panne. C’est l’élément déclencheur, celui qui fait que, de fil en aiguille, les petites culottes volent, les muqueuses sont tripotées et les fluides corporels s’échangent.

Elle me regarda avec un drôle de sourire au coin de la bouche.

— Si je comprends bien, les clichés ne sont pas dignes pour vous d’être écrits.

— C’est à peu près ça, oui.

— Mais sont-ils dignes d’être vécus? Me demanda-t-elle en défaisant le bouton de son corsage et en appuyant sur celui de l’arrêt d’urgence de l’ascenseur.

Elle me démontra ensuite que je suis incapable de résister aux lieux communs, surtout dans les aires communes.

L’amour au temps du Twitt

7 mars 2010

La suite de ce roman fleuve qui se lit en remontant le courant — de bas en haut. Épisode trois : mariage, chaussures et scandale.

L’amour au temps du Twitt

5 mars 2010

Une grande saga romantique, avec de la passion, des déchirements, des larmes et du sang, qui se lit de bas en haut. Lisez le premier épisode et le deuxième épisode.

La conférence interrompue (5/5)

2 février 2010

Ou la philosophie dans le 3½
(transcription de cinq enregistrements numériques)

(Lire le début.)

Nom du fichier : conference05.wav

AA : Anne Archet, un individu
LB : Louis Berthier, un autre individu
SB : Simone Bechara, un troisième individu

[Début de l’enregistrement]

AA : Bon, la foutue conférence… Hum… Ouais… Pffff… Je pourrais peut-être terminer sur une note plus… personnelle…

Ok. Les idées que je partage avec vous ne sont qu’exploratoires; elles appellent à l’expérimentation, à la prospection de domaines inconnus. Ce sont des invitations à des voyages, à des transhumances, à des aventures à la mesure de nos désirs, qui mènent par delà de nos limites. Ces idées n’ont en soi rien de révolutionnaire. Elles ne le deviennent qu’au moment où elles entrent en conjonction avec une résistance active et consciente à la société — une reconnaissance consciente que notre unicité et notre liberté en tant qu’individus sont radicalement en conflit avec la société et que nous devons la détruire pour finalement devenir ce que nous sommes. Car nous…

LB : Euh… Anne? Tu as une minute?

AA : Oui, Louis.

LB : Lucifer vient de partir.

AA : Ah oui?

LB : Oui. Avec Stella.

AA : Tu veux dire que…

LB : Tu as vu comme moi à quel point il était fasciné par elle. Alors qu’elle se refaisait une beauté, elle lui a dit : « Lucifer, j’ai des projets pour toi, viens avec moi. » Et il a dit oui, tout simplement.

AA : Quel genre de projets?

LB : Je ne sais pas. Mais j’ai trouvé une enveloppe à ton nom sur la table de la cuisine.

AA : Ah?

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La conférence interrompue (4/5)

24 janvier 2010

Ou la philosophie dans le 3½
(transcription de cinq enregistrements numériques)

(Lire la suite.)

Nom du fichier : conference04.wav

AA : Anne Archet, conférencière doublement pénétrée
LB : Louis Berthier, artiste embroché
SB : Simone Bechara, lesbienne spermophage
L : Lucifer, poète enculé
S : Stella, prostituée de Babylone
F : Fido, soumis bien membré

[Début de l’enregistrement]

[Bruits de manipulation de micro.]

AA : Je ne finirai jamais, au rythme où vont les choses… je ne sais même plus où j’en suis rendue…

[Bruits de manipulation de micro.]

AA : Hum… bon. Je pourrais… ok. L’insurrection.

L’anarchie n’est pas un programme politique; c’est une affaire de volonté — ou de désir, comme le disaient Deleuze et Guattari. Créer de nouveaux agencements, de nouvelles valeurs, de nouvelles façons d’interagir, de nouvelles façons d’aller au bout de nous-mêmes.

La stratégie que je vous propose est insurrectionnelle. L’insurrection n’est pas une solution idéologique à tous les problèmes de la terre, ni une marchandise de plus sur le marché sursaturé des idéologies et des opinions, mais une pratique destinée à mettre un terme à la domination de l’État et la reproduction du capitalisme. L’insurrection n’est pas une utopie. Elle n’a pas de système ou de modèle de société idéal à offrir à la consommation publique. L’insurrection doit se comprendre comme processus et non comme une fin — c’est un processus d’émancipation, de rupture, c’est le soulèvement en tant que tel.

La liberté qui ne peut être vécue qu’une fois la république instaurée, qu’une fois la révolution accomplie, qu’une fois le communisme advenu n’est qu’un mensonge des apprentis sorciers, des aspirants maîtres de l’État. Lire la suite »

La conférence interrompue (3/5)

9 janvier 2010

Ou la philosophie dans le 3½
(transcription de cinq enregistrements numériques)

(Lire la suite.)

Nom du fichier : conference03.wav

AA : Anne Archet, conférencière encore et toujours interrompue
LB : Louis Berthier, artiste sodomisé
SB : Simone Bechara, lesbienne excédée
L : Lucifer, poète sans écrits

[Début de l’enregistrement]

[Bruits de manipulation de micro.]

AA : Je ne sais même plus où j’en étais… l’individu… l’homme du ressentiment… le grand individu… est-ce que je devrais parler du surhomme? Hum… je vais garder ça pour la période de questions. Passons tout de suite à la société.

Selon Nietzsche, ce ne sont pas les forts qui oppriment les faibles, mais les faibles qui oppriment les forts. Les faibles sont les individus du ressentiment. Ils ont érigé des structures sociales basées sur la morale des esclaves et l’instinct grégaire — obéissance, renoncement de soi, peur — dont la fonction est de triompher des valeurs individuelles des forts que sont le courage, la fierté, la volonté. Comment ont-ils réussi une telle chose? En offrant au fort le pouvoir, ce qui le réduit au rang de faible en le transformant en berger, l’obligeant à mettre sa force au service du troupeau.

Mais quand l’individu fort refuse de commander tout autant que d’obéir, la société tout entière est unie pour le culpabiliser. Sa non-intégration au troupeau est interprétée par les faibles comme un défaut, une anormalité.

[Bruits étouffés de discussion.]

La société aristocratique de Nietzsche n’a donc rien à voir avec une quelconque société moyenâgeuse, faite de clans, de classes et de hiérarchies. Elle est constituée d’individus libres et forts qui sont des ponts vers le surhomme. Leur association, temporaire par essence, n’a pas pour but, comme c’est le cas pour les faibles, de les protéger, puisqu’ils ont la capacité de défendre seuls leurs intérêts. En fait, les aristocrates s’associent pour donner et non pour recevoir. Ils cherchent des «cocréateurs» et des « comoissonneurs » qui participent dans l’élaboration de nouvelles valeurs, des égaux — amis ou ennemis — dignes de lui, pour créer, vivre, jouir.

[Bruit d’une porte qui claque]

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La conférence interrompue (2/5)

31 décembre 2009

Ou la philosophie dans le 3½
(transcription de cinq enregistrements numériques)

Nom du fichier : conference02.wav

AA : Anne Archet, conférencière interrompue
LB : Louis Berthier, artiste subventionné
SB : Simone Bechara, lesbienne radicale
L : Lucifer, poète sans abri

[Début de l’enregistrement]

[Bruits de manipulation de micro.]

AA : «Individualisme, aristocratie et anarchie», par Anne Archet. Suite et fin.

L’individualisme de Nietzsche est aristocratique dans le sens où il est convaincu que tous les individus ne sa valent pas : il y a les forts et les faibles. L’erreur est de comprendre ces termes dans le cadre des relations sociales actuelles et surtout de croire que « forts » veut dire « bourgeois », « maîtres » ou « dictateurs » et que « faibles » veut dire « prolétaires », « esclaves » ou « opprimés »; la pensée de Nietzsche est beaucoup trop complexe pour tomber dans un tel manichéisme.

Nietzsche distingue plutôt la force et de la faiblesse, la volonté de puissance ascendante (qui va dans le sens de la vie) et la perversion de cette volonté (lorsqu’elle se heurte à des obstacles comme la morale, la religion ou la société), perversion qui fait que l’individu retourne sa volonté contre lui-même, s’affaiblit et éventuellement s’autodétruit. Le fort et le faible ne sont donc pas nécessairement deux individus séparés et distincts dont l’un réduirait l’autre en esclavage; ce sont plutôt deux tendances en lutte qui coexistent chez l’individu, le tirant tantôt vers le bas, tantôt vers le haut.

Le fort — l’aristocrate étymologique, le meilleur — et le faible ne sont donc pas deux individus séparés dont l’un réduirait l’autre en esclavage. Il s’agit plutôt de deux tendances qui tirent l’individu tantôt vers le bas, tantôt vers le haut. L’individu fort est celui qui s’est placé dans des conditions de vie qui favorisent la tendance ascendante de sa volonté et qui parvient à faire triompher en lui les forces positives. Le faible est celui qui renonce à lui-même, qui a honte de son égoïsme, qui préfère se dominer lui-même, dominer ses passions, ses instincts, plutôt que d’exercer sa puissance vers le monde extérieur.

Le fort est un « homme supérieur », c’est un individu qui…
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La conférence interrompue (1/5)

22 décembre 2009

Ou la philosophie dans le 3½
(transcription de cinq enregistrements numériques)

Nom du fichier : conference01.wav

AA : Anne Archet, conférencière interrompue
LB : Louis Berthier, artiste subventionné
SB : Simone Bechara, lesbienne radicale

[Début de l’enregistrement]

[Bruits de manipulation de micro.]

AA : Comment ça fonctionne, ce truc?

[Autres bruits de manipulation de micro.]

AA : Ok. « Individualisme, aristocratie et anarchie », par Anne Archet. Ébauche de conférence.

[Longue pause.]

AA : Ahem. Bon… On vient à l’anarchisme de diverses manières. Plusieurs y viennent en quittant le marxisme, dont l’échec historique n’est plus à démontrer. Ceux-là ont une conception de l’anarchisme influencée par leur ancienne foi : ouvriérisme, attachement à la révolution, appels constants à l’organisation des prol… non : des masses, oui, c’est mieux… Appels à la construction de fédérations, de groupes militants, bref, d’une organisation anarchiste spécifique qu’ils conçoivent comme l’outil qui servira à provoquer l’étincelle de la révolte et préparer le nouveau monde libertaire.

D’autres, plus rares, y viennent mûs par une soif impétueuse de liberté individuelle et sont viscéralement des « En Dehors », pour reprendre l’expression d’Armand. Ceux-là viennent à l’anarchie non pas par Marx, mais par Nietzsche et Stirner, ce qui est mon cas.

Je vous propose aujourd’hui d’explorer une façon différente d’envisager l’anarchie — différente des tendances traditionnelles héritées des « pères fondateurs » que furent Proudhon, Bakounine et Kropotkine. Je pense ici au communisme libertaire et l’anarcho-syndicalisme. Je vous propose de découvrir l’individualisme aristocratique et insurrectionnel.

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Sévices à l’auto

8 décembre 2009

— Bienvenue chez Titan Burger. Est-ce que je peux prendre votre commande?

— Oui, je voudrais un numéro cinq avec extra fromage, extra oignons, sans cornichons.

— Voulez-vous ajouter du bacon, gros porc?

— Hein?

— Voulez-vous ajouter du bacon de porc?

— Euh… oui, d’accord.

— Quel genre de fromage?

— Cheddar.

— Trop pingre pour t’offrir du suisse, hein…

— Quoi?

— J’ai dit: vous ne voulez pas essayer notre nouveau fromage suisse?

— Non merci.

— Tu veux certainement des menthes pour rafraîchir ton haleine putride de chien sale après avoir avalé tous ces oignons, n’est-ce pas? Parce que ta poufiasse va penser que tu es allé lécher les culs des putes à cinq dollars que tu fréquentes chaque samedi soir plutôt que d’aller regarder le match avec tes copains, comme tu lui racontes sûrement…

— Je… qu’est-ce que vous dites?

— Prendrez-vous nos délicieuses menthes poivrées pour vous rafraîchir après avoir dégusté notre succulent Titan burger?

— Ou… oui.

— Merci d’avoir choisi Titan burger. Veuillez avancer votre bagnole pourrie jusqu’à la deuxième caisse. Nous espérons que votre queue soit rongée par les champignons et tombe par terre, pauvre connard.

— Mais…

— Merci d’avoir choisi Titan burger. Veuillez avancer jusqu’à la deuxième caisse.

* * *

— Nathalie, est-ce que tu peux faire payer le prochain client?

— Pourquoi? Tu viens tout juste de prendre sa commande…

— C’est mon ex, répondit simplement Sophie en souriant malicieusement.

Tongue twister

30 novembre 2009

Après avoir constaté à quel point je suis douée pour les langues, Miss Wilson, ma voisine d’en face, a eu la gentillesse de me proposer un cours d’anglais oral pour la somme symbolique de cinquante sous par leçon, qui plus souvent qu’autrement se payent par cinquante coups par le con.

— Miss Wilson, qu’entendez-vous par « the passive voice » ?

— It’s simple, Anne. If I say that I was fucked, that’s passive voice.

— Je vois. Et vous, vous aimez bien… to get fucked ?

— Of course. But that’s not the point of this lesson. If I say that you fucked me, that’s what we call in English the « active voice ».

— Je ne vois pas très bien la différence, Miss Wilson. Après tout… you get fucked either way.

— It’s a matter of point of view, my dear.

— Ce qui signifie ?

— From my point of view, I got fucked. From your point of view, you fucked me.

— Ah ! C’est tellement plus simple quand c’est vous qui l’enseignez. So… what’s next ?

— Take off your panties ; we’ll practice both voices.


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