Je t'aime, trouduc

― Je t’aime.

― Non, arrête, je refuse d’entendre un mot de plus. Si tu m’aimais, tu ne te contenterais pas de me regarder ! Tu serais un homme, un vrai et tu ferais… quelque chose !

Il soupira, ferma les paupières et se tourna sur son dos.

Elle le dévisagea dans la pénombre en souhaitant ardemment, de toutes ses forces, qu’il passe à l’acte, qu’il assume ses responsabilités viriles, qu’il prenne le contrôle. Il l’imagina la culbutant, entrant lentement, mais résolument en elle, la retenant de ses bras puissants, pour ensuite lui souffler à l’oreille sur un ton ferme et apaisant : « Ta rage est si magnifique. Tu me fais bander quand tu es en colère. Si j’agis en trouduc, c’est seulement pour te voir en furie. »

Elle ne pourrait pas rester en colère ou lui en vouloir s’il disait une phrase de ce genre. Mais non : il préférait prendre son trou, comme d’habitude, et rester là, sagement immobile sur son côté du lit.

― Hey ! Je te parle ! Pourquoi ne fais-tu pas quelque chose ! lui dit-elle en secouant son épaule amorphe. Réveille-toi, bon dieu !

Elle le poussa un peu plus fort, le pinça, même, mais n’obtient aucune réaction. Pas le moindre petit mouvement, pas le moindre petit bruit.

Une étrange angoisse vint soudainement tordre son estomac et oppresser sa poitrine.

― Antoine ? Tu… tu dors ? lui dit-elle en le secouant franchement. Antoine ? Antoine !

Elle sentit alors la panique lentement la gagner.

― Merde ! Merde ! Merde ! cria-t-elle en se relevant.

Elle l’attrapa par les deux épaules et se mit à le secouer.

― Chéri ! Je t’aime ! Je t’en supplie ! Réveille-toi ! Antoine ! Antoine !

Un sourire narquois apparut soudainement sur son visage de pierre.

― Je t’ai eue ! siffla-t-il en ouvrant les yeux.

Elle le frappa de toutes ses forces avec son oreiller.

― Trouduc !

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