Je levai distraitement les yeux de mon roman lorsqu’une jeune femme sans parapluie ni imperméable — et donc ruisselante de pluie — entra dans le l’autobus. Au moment où elle s’assit près de moi, j’entendis, à mon grand désarroi, son portable hurler les notes nasillardes et métalliques de L’hymne à la joie.
— Allo…? Oui… Tu m’as vu? dit-elle en essuyant la goutte qui perlait au bout de son nez. Dans un bar? Ils avaient la télé, c’est ça… et tes copains étaient avec toi, par-dessus le marché? Mario y était aussi… je parie qu’il a adoré, ce salopard.
Elle ajusta sa coiffure imbibée d’eau, projetant de ce fait quelques gouttes sur les pages de mon bouquin.
— Comment voulais-tu que je devine qu’il allait pleuvoir… Quatre-vingts pour cent? Pffff. Ils ont dit ça tout l’été. Depuis quand les météorologues prédisent-ils le temps avec précision, hein…
Elle écouta les explications de son interlocuteur en fronçant les sourcils.
— Vraiment? Je ne pensais pas qu’ils pouvaient avoir raison aussi souvent. Qu’importe, j’étais beaucoup trop nerveuse pour regarder le bulletin de nouvelles.
Je relus trois fois la même ligne. Dieu que je déteste les cellulaires et leurs indélicats usagers!
— Non, pas trop satisfaite. C’était ma chance, j’aurais pu me faire remarquer et lancer ma carrière, mais j’ai tout foutu en l’air… Ne ris pas! Je n’étais pas au meilleur de ma forme, ma voix était enrouée, forcément, avec toute cette pluie… j’ai même trébuché sur le mot «ceint», la honte… Mais tu comprends que c’était le cadet de mes soucis… est-ce que ça se voyait beaucoup, à la télé…? Je ne veux pas savoir si c’était beau, je veux savoir si ça se voyait… Tu vas me répondre, à la fin?
Elle fit la moue, se mordit la lèvre inférieure, puis soupira.
— Cette blouse de soie blanche m’a coûté cent dollars et c’est la meilleure de ma garde-robe. Normal que j’ai voulu la mettre… Non, je n’en ai pas mis. Je ne voulais pas qu’on puisse voir les bretelles, à travers.
Titillée par cette conversation, j’abandonnai l’idée de lire et refermai mon livre.
— Oui, c’était des enfants. Je sais ce que «Peewee» veut dire, je ne suis pas conne. Mais il y avait aussi des adultes et c’était ma chance de faire bonne impression… On voyait tout? Vraiment? Oh mon dieu! Je comprends pourquoi l’entraineur ne cessait de me faire des clins d’œil en souriant comme un demeuré…
Long silence agacé.
— Cesse de rire, ce n’est pas drôle du tout! Au moins, tous tes amis étaient au bar avec toi… personne n’a pu enregistrer… Quoi? Ça se programme, ce machin…? Et sur You Tube, déjà? Tu aurais pu l’en empêcher, merde!
Je me penchai un peu vers elle et tendis l’oreille pour ne pas en manquer une miette.
— Ils l’ont montré combien de fois, à la télé? Quoi? Tant que ça… Merde! Merde! Tout le monde de la paroisse va appeler ma mère… TQS? Qu’est-ce qu’ils me veulent…? Ah non! Pas question! Ce n’est pas comme si j’avais fait exprès…
Inconsciemment, je me tournai carrément vers elle, suspendue à ses lèvres.
— Je ne serai plus jamais capable de regarder tes copains dans les yeux… Hey, ils ont intérêt à me regarder dans les yeux et pas plus bas, s’ils ne veulent pas recevoir un genou dans les couilles…! Ouais… c’est ça… on se voit à la maison.
Elle fit claquer le téléphone en le refermant, tourna les yeux et constata que je contemplais fixement les deux vedettes du jour depuis un bon moment.
— Qu’est-ce que tu regardes, toi? me siffla-t-elle, hargneuse, en serrant son sac à main contre sa poitrine.









(le 1 août 2008 à 13h20)
Ah ah ! excellent ! comme très souvent d’ailleurs
(le 1 août 2008 à 20h17)
ça sent le vécu :-)
(le 1 août 2008 à 21h59)
QG
(le 2 août 2008 à 5h28)
En général You Tube ne pardonne pas, c’est la plus grande cause de suicide social d’ailleurs.
(le 2 août 2008 à 9h48)
Subtil et conçis ce texte, je découvre :)
une façon d’être à l’écoute des facéties de la vie.
(le 3 août 2008 à 6h27)
j’aime bien le deétachement que tu OPèRES, là dedans…
sombre castrafiore…
nobody’s in vain…
« y’a qu’a continuer »
(le 3 août 2008 à 6h32)
poe aime:
la lutte
finale
la turlute
anale
les obsèques de machin
les nuages
la pute qui se pend
mon mollet ardent
m’en branle
suis constipé
je chie
YES !
john travolta !!!
puis on seraitr allé
troie et moa
dans le lapsus
s’accoupler
bisous
(ma chienne que je chérie)
(le 3 août 2008 à 6h41)
la théorie est le mensonge du christ
mon pipi pisse
je suis anormal
ton miroir
j’ai des envies de mort
me branle
me tue
aucun rapport avec
aucun individu
m’éloigne de la berge
en bon barge
si ça peut leur faire plaisir
(le 3 août 2008 à 6h57)
POUR EN FINIR AVEC LE JUGEMENT DE DANTEC :
le monde sera ceci, celà, m’en branle tant que je brille
je sais ce qui est moi
m’adore dans ma chambre
vraiment
« on ne peut écrire librement que depuis une cellule »
ou un truc comme ça
moa
je veux une meuf qui m’obéisse!!!
mordieu !!!
pas une pute
nan
mais au moins
un bout de viande soumis
et qui la ramène pas
c’est tout ce que je demande
c’est pas beaucoup
non
pris dans la masse ?
(ce que je demande)
merde, non ?
(la putaiiiinnnn…)
(le 6 août 2008 à 15h40)
permettez, anne, que je déverse un peu de ma colère (tant qu’elle existe encore), sur ce futur fascisme qui ne dit pas son nom, et dont vous défendez ici la cause (à laquelle je me rallie, à ma manière, mais disons qu’en bon visionnaire qui en a vu d’autres (entre nous, pas grand grand chose, mais on ne peut se permettre de juger que de part la longueur de son nez, tout en restant attentif à ne pas trop se laisser allécher par son odorat, bien que : soyons vivants, tant qu’il en est encore temps!!!), je me méfie de mes propres inclinaisons, qui me semblent toujours plus que douteuses), c’est à dire : le matriarcat.
car à ce rythme là, et si j’en crois ma mémoire quasi-inexistante, il semblerait bien que mon intuition d’hétérosexuel refoulé me fasse douter du bienfondé de vos inclinaisons théoriques, à savoir l’instigation sur la face des femmes (à long terme, et selon les lois naturelles de l’évolution biologique en vigueur, ou plus, si affinités) d’une pilosité qui finirait par rendre à mon goût assez rédhibitoire, ne serait-ce que la moindre allusion onirique à l’espérance désormais si ténue que j’entretiens encore envers cet abscès sombrant peu à peu dans la diléfaction la plus abjecte, (jour après jour, dans un trou de bocal miteux, obscène, car au miroir de cette salope de vie de merde) à savoir : pouvoir un jour faire un bisous sur une joue douce comme la peau d’une pêche sans poil, et entendre mon coeur battre si fort au même moment à l’intérieur, que j’en perdrais tout à coup l’ouïe, le sens de la vue, du toucher, et tous les autres avec, et qu’on se retrouverait au paradis pour l’éternité auprès d’une présence incarnant un tel tout tout d’un coup, qu’il en comprendrait même le vide, le néant, la guerre de troie et les merguez frites !!!
(j’en ai marre)
la flemme de chercher mon paquet de tabac et mes feuilles à rouler sur ce matelas de merde…
si ma marie était là, au moins, elle me pisserait dessus pour relancer ma machine à orgueuil…
puis ce briquet est débile, vec ce rasta qui fume des joints en conduisant sa mobylette vec « pizza aux herbes » marqué dessus… vais m’écouter l’intégrale de throbbing gristle en accéléré et me faire un mix de toutes les vidéos de psychic tv… me faudrait un pote gonflable… on pourrait parler de meufs et écouter les beatles en allant vomir à tour de rôle…
+ smiley = « ménon, cété pourigolé »
+ « kissesoucie de moa, pa moa »krkrkr, parodie de dutronc, hahaha !
(le 6 août 2008 à 15h53)
un brugnon, en fait, me faudrait un brugnon
ces salopes de pêches me filent de l’exéma !
(le 8 août 2008 à 18h21)
Très bon! :)
(le 8 août 2008 à 18h30)
Hey mais Anne, ma chère Anne, tu as des commentateurs vraiment chtarbés.
Si j’osais, je t’enverrais un poutou électronique parce que tu le mérites bien, tu sais. Tant de finesse dans le verbe et de légèreté dans le scabreux me laisse pantois et pantelant. J’ignorais qu’on pouvait écrire des gauloiseries aussi bien tournées.
Tes retailles d’hosties me font un tantinet penser aux Microfictions de Régis Jauffret. En un peu plus marrantes, bien sûr.
Poutou, donc.
(le 12 août 2008 à 7h49)
chuis d’accord avec mozatoka
(le 15 août 2008 à 8h41)
C’est toujours un même plaisir renouvelé de passer sur ce site pour découvrir tes écrit, Anne.
Encore un petit clin d’oeil amusant et… perspicace !
(le 1 septembre 2008 à 12h08)
Excellent !
J’avais besoin d’une petite pause pour me distraire un peu de mon travail… et tu l’as trés bien réussie ! Mais maintenant, je n’ai qu’une question ! De qui s’agit-il ? De quelle émission, hein ?
Oui, la curiosité est, paraît-il, un vilain défaut… ;-)
Artistiquement,
Tatieva
(le 16 septembre 2008 à 8h05)
Un petit regal de bonne humeur pour accompagner mon café
Un sourire aussi, mais pas de compassion, pour la p’tite dame;
Heu s’est ou sur you tube?
(le 18 septembre 2008 à 20h46)
Je viens tout juste de tomber sur cet endroit par l’entremise de… heu je ne sais plus trop en fait, toute étourdie de ces mots dont je ne peux m’empêcher de me délecter avec passion. J’adore les grivoiseries et contrairement a moi, vous faites dans la subtilité, ce qui est tout a votre honneur. Je reviendrai!