Preums!

(Pour Ralphy)

Nathalie les aimait tous deux tendrement et n’aurait pu imaginer vivre sans eux. Mais manœuvrer continuellement pour qu’ils ignorent mutuellement l’existence de l’autre était non seulement épuisant, mais aussi difficile pour son moral… sans oublier son sens moral, continuellement chatouillé par un sentiment de culpabilité incongru, qu’elle n’aurait jamais cru ressentir de son vivant. Or, comble du malheur, son pire cauchemar se produisit un samedi soir, après une malheureuse erreur d’agenda: ses deux amants, se dévisageant, un bouquet de fleurs à la main, sur le pas de sa porte.

— Mes chéris, je suis désolée… je n’arrive pas à choisir, vous êtes tous deux si… si différents, complémentaires et indispensables. Mais je comprendrai si vous voulez quitter.

Mais ils ne la quittèrent pas; ils refusaient obstinément de céder devant l’autre.

— À moins, bien sûr… proposa-t-elle elle en se mordillant la lèvre inférieure.

— Quoi? demandèrent-ils en choeur.

— À moins que vous arriviez à partager. À me partager… murmura-t-elle, rougissante.

Ils se dévisagèrent un moment puis Laurent cria:

— Preums!

— Preums? répéta Louis, interloqué.

— J’ai le premier choix. Preums pour sa chatte!

— On dit shotgun, maudit Français, répondit Louis. Et moi, je dis shotgun pour son cul!

— Sa bouche! À moi la bouche, espèce de cul-terreux!

— Preums-moi le shotgun pour ses seins dans ce cas, le fif!

— Les garçons, les garçons! On partage gentiment avec son petit camarade, d’accord? soupira Nathalie de soulagement.

Plus tard, après une séance de baise aussi longue et mouvementée que la tétralogie de Wagner, ils s’endormirent tous deux dans les bras de leur maîtresse. Nathalie soupira; les hommes ne sont pas si compliqués, après tout. S’agit seulement de canaliser leur nature compétitive. «Je devrais écrire un bouquin de psychopop sur ce sujet…», se dit-elle. «Je pourrais l’intituler Les hommes viennent de Mars, la femme vient beaucoup… ou peut-être Preums, tout simplement.»

Elle s’endormit en souriant, enveloppée qu’elle était dans la chaleur du corps de ses amants.

Tags:

22 commentaires pour “Preums!”

  1. Phy. ajoute:

    Preum’s ! Euh, je veux dire, pour les comms, juste…

    Je ne pense pas que la polygamie, voire le polyamour, soit réellement moralement répréhensible, je trouve surtout que c’est terriblement compliqué, qu’elle se vive cachée ou au grand jour.

  2. Deuze ajoute:

    « …les hommes ne sont pas si compliqués, après tout. S’agit seulement de canaliser leur nature compétitive. »

    L’important c’est de participer….
    A quand la  » baise  » comme discipline oulypienne, avec Quebec comme organisateur des jeux?

  3. Justine Miso. ajoute:

    deuz?

  4. Canard Mécanique ajoute:

    Joli recyclage :)

  5. ralphy ajoute:

    Shotgun et preum’s pour tout ce qui reste ! ;-)

  6. Troisième personne ajoute:

    Terrible !
    Je me demande si d’autres figures bloguesques sont transposables aussi en rapports amoureux…
    Bon excepté le DTC ^_^

  7. Prax ajoute:

    Je trouve quand même cela très mignon que les amants avant une grande séance de baise arrivent avec chacun un bouquet de fleurs.
    Les hommes sont des compétiteurs romantiques.

  8. Robert (François) ajoute:

    2 – que . Une femme qui n’ entend ni Pé or Preums !

  9. yogi tougoudou ajoute:

    Curieux que l’on parle d’amant alors qu’il n’est ici point question d’amour… D’ailleurs les deux péquenots de l’histoire ne pensent même pas à le lui ravir, et la belle ne s’effarouche guère que la demande ne lui ait été formulée
    L’eussent-ils demandé – quand bien même en partage – y aurait-elle consenti ? Sans doute non, car son amour ne pouvait en être l’objet, non point qu’il ne pût être soumis au partage, mais parce que d’amour il n’y a point.
    Sans doute pragmatique, la courtisée courtisane préfèra appliquer ce fameux adage  » Mieux avoir un vagin bien plein qu’un coeur mal aimé « .
    Mais où donc est passé l’amour – dans ton cul ! me répondront d’aucuns ?

    Saluons tout de même au passage l’initiative des deux zozos consistant à assortir leur acte d’autorité (partage) d’un bouquet de fleurs – il est savoureux de voir l’abeille butinante se prendre deux dards dans l’fion !

    Décidément, en ce début de XXIème siècle, comme disait le prophétique Baudelaire :  » tout n’est que luxe, calme et volupté ».

  10. douce ajoute:

    c’est en effet plus simple de ne pas le vivre cachée…
    avoir un amant en cachette m’a toujours paru … si triste

  11. Anarcho-pragmatiste ajoute:

    N’y a-t-il pas un genre de pastiche de Sade ici, à tout le moins?

    Très divertissant tout de même, même le triolisme avec deux hommes n’est pas ma tasse de thé!

    Au fait Anne, voilà un blogue qui pourrait intéresser une anar individualiste comme vous.

    http://gabrielleld.wordpress.com/

    Attention, le terme marché n’y est pas utilisé dans le même sens capitaliste où on s’en sert d’habitude.

  12. Anarcho-pragmatiste ajoute:

    même si

  13. Dorham ajoute:

    Le grand mérite des hommes, c’est d’avoir réussi à faire croire aux femmes qu’ils ne sont pas compliqués.
    ça évite les discussions qui le sont également trop…

  14. jo ajoute:

    Alors là bravo. J’ose à peine – non- je ferme les yeux. Ah! même fermés, je la vois, la garce, lubrique, rêvant à SES deux hommes, ses mâles à l’appendice élastique – Oh! – énorme et palpitant, gorgé de sang et de sève brulante; les bourses de l’un plus pleines que celles de l’autre ( quel tableau … ) et prêtes à nourrir, à gaver, à rasséréner son ventre affamé.
    Je dois chasser ces images de mon esprit! Sors ! Salope!

    Sinon, t’as pas son portable ? Non, c’est au cas où elle cherche un troisième. moi : 1m86, 98kg, TTBM, doué de ses mains.

  15. Ibid Norio ajoute:

    C’est drole, j’ai écrit une histoire il y a deux jours sur mon blog, avec un peu le mm sujet…. Mais toi, ce que tu dis est vraiment très fort ! BRAVO ! (je reviendrai) magnifiquemement écrit !!

    pour la lire :
    http://ibidnorio.hautetfort.com/archive/2008/07/02/la-glace.html

  16. Robert (François) ajoute:

    @anarcho- pragmatiste ( ton pseudo m’évoque : le malheurs d’ être Preums est que dans l’ordre alphabétique s’ est d’ être Dernier )
    @Dorham ! Sur un podium on est souvent trois !
    @jo ( Grace) Est ce que s’est toi le mari ?

  17. L'Hiver ajoute:

    C’est ce qu’on appelle le surréalisme? Je ne sais pas trop j’écoutais jamais dans mes cours de religions…

  18. lombrilic ajoute:

    me rappelle la note de desproges dans laquelle il se foutait de la gueule de leo ferré en disant qu’il était sur liste rouge…
    en même temps, si vous n’existiez pas, me retrouverais comme un con…
    que je suis…
    mais seul…
    vais relire le bouquin que tu m’avais offert en 10/18, « les enfants sauvages », ma free mouse… j’ai planté 15 salades avant-hier, et elles ont bien pris…
    acheté des graines de choux et de salades d’hiver ce matin à intermarché…
    j’ai fait un rêve dans lequel j’avais la gueule en sang ces jours-ci, et un trou dans la joue par lequel je pouvais passer la langue… les gens riaient autour, après, je sais plus… et donc, je suis nazi, pédophile et fan de « apporte moi de l’amour », en slip sur ma cam quand je la branche, et vivelesmoutons me demande : « t’es à poil ? », ce à quoi je réponds : « non, en slip, fait chaud », etc…
    le tao est balaise… aussi balaise que le merlot cuvée 2007, mais sans avoir besoin de date pour perdurer.

  19. lombrilic ajoute:

    « À me partager… murmura-t-elle, rougissante. »
    je comprends bien, chuis pas con non plus, mais bon :

  20. c3r3br4l ajoute:

    On dirait un blog de l’armée.

  21. elle ajoute:

    quel fantasme !

  22. egide ajoute:

    Sade était profondément apathique, c’est à dire que l’amour il le blasphémait, la contrainte seule excitait sa jouissance.
    Le spectacle, pour lui, était une machine dont il manœuvrait tout dans le moindre détail. Aucun geste ne lui échappait. Il les dirigeait tous.
    Aussi profita-t-il, sans scrupule aucun de faire jouer sur une scène de théâtre improvisée, des actrices et des acteurs déjà promis à la mort dans les jours qui suivraient, pour jouir du spectacle de leurs sentiments et de leurs émotions tragiques que ces jeux seraient les derniers actes de leur existence. Aussi, quand ils interprétaient les péripéties de l’amour, il n’est pas certain qu’il ne fussent pas acteurs plus sincères dans l’urgence de vivre comme dans un rêve obscène, ce que le bourreau qui les trancherait les privant pour toujours d’en connaitre plus.
    De nos jours, la sentimentalité complexe, c’est les femmes qui la portent sinon cela se réduit à un simple libertinage au profit de la dominance masculine. C’est un des moyens pour elles de n’être pas une exclusivité adonnées à un seul. Là, je ne parle pas que de la sexualité. Pourquoi, n’auraient-elles pas une vie en dehors de la sphère du privé, une socialité libre qui leurs serait propre ?
    Pourquoi n’auraient-elles pas des amitiés fortes, pourquoi ne pourrait-elles pas rencontrer des personnes dans un lieu public sans qu’elles ne pensent à mal ni ne se mettent en danger ? Et si éros s’enmêlent perturbant les liens, faut-ils qu’elles se sentent coupable comme si elles prêtaient quelque chose d’un Autre qui est une part d’elles qui ne leur appartiendrait pas ?
    Pourquoi prennent-elles le risque de leur répudiation qui les condamne à la solitude quand l’âge avance. Leur fidélité est rarement récompensé par des indéfectibles affections. Souvent, elles finissent dans une solitude si âcre méditant ce moment où l’absence, bien plus tôt qu’elles ne le pensent, les a voilé d’une transparence qui les efface insensiblement du monde peu à peu.

L'envie de commenter vous tenaille ?


Passer à la version mobile de ce site.