La sagesse de nos mères

J’avais faim d’un homme. Le dernier en date remontait à plus d’un an, à l’époque où, en rémission, j’avais succombé aux formes appétissantes d’un pompier volontaire de Laval. Je l’avais sucé jusqu’à la moelle des os, c’est dire à quel point je m’étais régalée.

Il fallut donc que je fusse en rechute pour que l’appétit me revienne. Comme je savais pertinemment que mon docteur me l’interdirait, j’attendis la fin des visites pour arracher de mon bras le tube et l’aiguille, pour jeter aux ordures cette affreuse jaquette informe au bleu vague et crayeux, pour revêtir dans les toilettes mes vêtements de chasse et peindre à mon visage ces couleurs de guerre qui dissimulent si bien cernes violacés et teint de cadavre.

En prenant bien soin d’éviter le poste de l’infirmière de garde, je fuis l’hôpital par l’escalier de service, traversai le boulevard en slalomant entre les voitures et sautai dans le premier taxi venu qui me déposa près de l’autoroute, devant ce motel cheap et crasseux grouillant de gibier banlieusard et adultère.

Au bar, je rencontrai Gérard, un vendeur de téléphones portables dans la trentaine, tout mignon et rondouillard. Épaules larges, nuque épaisse, fesses fermes et charnues — en plein mon genre. Après un court échange de banalités, je me mis à lui mordiller le lobe de l’oreille en tâtant la marchandise avec avidité. Fus-je trop directe, trop empressée? Il me prit pour une pute et m’offrit deux cent dollars pour monter avec lui. N’ayant pas de temps à perdre en mises au point interminables, je glissai les billets dans mon soutif, lui roulai une pelle et le suivis jusqu’à sa chambre.

Dès que la porte fut refermée, je le renversai sur le lit, arrachai sa chemise, dégrafai sa braguette et léchouillai sa triste bistouquette. Lorsqu’il se mit à soupirer, je fis promener délicatement ma langue jusqu’à son nombril… puis mordis sauvagement son ventre, à le faire éclater. Il s’est débattu un peu, évidemment. Mais à force de pisser le sang comme un taureau qu’on égorge, il finit par s’évanouir. Je pus ainsi ronger et mastiquer sa carcasse avec délectation, de l’estomac jusqu’au cœur, tout chaud et palpitant — ma partie préférée.

Comme le dit ma mère, le chemin menant au cœur d’un homme passe par son estomac.

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