Il existe des endroits où nous sommes perpétuellement sous surveillance, où chaque moment est contrôlé, où nous sommes tous objets de soupçons, où nous sommes tous sont considérés comme des criminels. Je parle de la prison, évidemment. Mais depuis un certain 11 septembre, cette description s’applique à un nombre croissant de lieux publics : les métros, les centres commerciaux et les centres-villes sont sous surveillance vidéo; des agents de sécurité patrouillent dans les écoles, les hôpitaux, les musées; on doit se soumettre à la fouille dans les aéroports; les hélicoptères de la police survolent quotidiennement les villes et même les forêts à la recherche de criminels. La logique de la prison, qui est celle de la surveillance, du contrôle et de la punition, devient graduellement celle de la gestion de l’ensemble de la société.
Ce processus d’emprisonnement de la société est imposé grâce à la peur, au nom de notre besoin de protection — contre les criminels violents, contre les drogués et surtout contre les terroristes, ces fanatiques sauvages qui en veulent à notre mode de vie. Mais qui sont vraiment ces criminels, qui sont vraiment ces monstres qui menacent chaque instant de nos vies de citoyens terrorisés? Pas besoin de réfléchir bien longtemps pour répondre à une telle question: aux yeux de nos dirigeants, nous sommes les criminels, nous sommes les terroristes, nous sommes les monstres. Qui d’autre après tout est surveillé inlassablement? Qui d’autre se fait filmer sans cesse par les caméras de sécurité? Qui d’autre subit les fouilles et les contrôles d’identité? Nous sommes les terroristes et seule la peur nous empêche de constater cette simple évidence.
La peur est devenue telle que nous sommes maintenant sollicités — sur une base volontaire, pour le moment — pour faciliter notre propre surveillance. Mon exemple favori est la puce Digital Angel, fabriquée depuis 2000 par la société américaine Applied Digital Solutions (ADS), permet l’identification et la localisation par satellite des individus. Il s’agit d’une puce électronique de la taille d’un grain de riz, implantée sous la peau, qui est capable de renvoyer des informations biologiques sur son porteur (température du corps, rythme cardiaque, etc.) et de donner sa position grâce au GPS. Des hôpitaux américains encouragent déjà les patients à se faire greffer la puce d’ADS dans le but d’éviter les risques d’erreur dans l’identification et le traitement des malades, mais aussi pour assurer une surveillance médicale à distance avec envoi automatique d’une alerte au médecin en cas de problème. Je pourrais aussi vous parler des programmes de dénonciation organisés par les différents paliers de gouvernement pour encourager et récompenser la délation, mais cette pratique rappelle si cruellement l’environnement carcéral que ça me fait mal de simplement l’évoquer.
Tout ceci est anecdotique, un simple portrait de la prison sociale qui a été érigée autour de nous. Mais pour comprendre réellement la situation, pour pouvoir la combattre efficacement, il faut pousser un peu plus loin l’analyse. Il faut comprendre que la prison et la surveillance dépendent de l’idée de l’existence du crime, et il faut comprendre que l’existence du crime dépend de l’idée de la loi.
La loi est considérée par tous comme une réalité objective grâce à laquelle les actions des citoyens d’un État peuvent être jugés. Tous sont égaux devant la loi, un genre d’égalité qui, comme le disait ironiquement Anatole France, interdit aux riches comme aux pauvres de coucher sous les ponts. Devant la loi, nous sommes tous égaux simplement parce que nous sommes des abstractions, des fictions sans individualité, sans émotion, sans désirs, sans besoins.
L’objectif de la loi est d’ordonner la société. S’il est nécessaire de réglementer une société, c’est que cette société ne répond pas aux besoins ou empêche la réalisation des désirs d’une bonne partie des individus en son sein. La loi est imposée à la majorité par ceux qui l’inventent. Bien sûr, une telle situation ne peut advenir que lorsqu’une inégalité bien particulière est présente dans une société humaine: l’inégalité d’accès aux conditions qui permettent de créer sa propre vie selon ses propres termes. Pour les individus situés dans les échelons supérieurs de la hiérarchie, l’inégalité sociale est génératrice de propriété et d’autorité. Pour ceux qui occupent les strates inférieures, elle génère plutôt la pauvreté et la sujétion. La loi est le mensonge qui transforme l’inégalité sociale en égalité qui sert les maîtres du monde.
Si tous et chacune avaient accès à la plénitude de ce qui est nécessaire pour s’accomplir et ainsi créer leur propre vie selon leurs propres désirs et nécessités, une abondance de différences fleurirait. Une multitude de rêves et de désirs pourraient s’exprimer dans un spectre infini de passions, d’attractions et de répulsions, de conflits et d’affinités. Dans cette condition où tous seraient débarrassés de l’autorité, de la propriété et de la domination hiérarchique, la sublime et terrible inégalité individuelle pourrait enfin s’exprimer.
Au contraire, lorsque les individus sont soumis à l’inégalité à l’accès aux conditions de vie — c’est-à-dire où la vaste majorité des gens ont été dépossédés de leur propre vie — tous deviennent égaux, puisque tous deviennent des abstractions, c’est-à-dire rien. Et ça s’applique même à ceux qui jouissent de la propriété et de l’autorité puisque leur statut social n’est pas basé sur ce qu’ils sont en tant qu’individus, mais sur ce qu’ils possèdent. La propriété et l’autorité — qui sont toujours liés à un rôle social et non à un individu — voilà tout ce qui importe dans cette société. L’égalité devant la loi sert les dirigeants précisément parce qu’elle maintient l’ordre qu’ils dirigent. L’égalité devant la loi masque l’inégalité sociale précisément parce qu’elle sert à la maintenir.
Mais, bien sûr, la loi ne fait que maintenir l’ordre social avec des mots. Le mot et la lettre de la loi n’auraient aucun sens sans la force physique qui vient l’appuyer. Cette force physique s’exerce grâce aux institutions de surveillance, de contrôle et de punition que sont la police, la justice et les prisons. L’égalité devant la loi n’est qu’une mince couche de vernis qui cache maladroitement l’inégalité de l’accès aux moyens de créer notre propre vive selon nos propres termes. Ce vernis s’écaille fréquemment, continuellement, et le contrôle social ne peut être assuré que par la force et par la peur.
Du point de vue des maîtres du monde, nous ne sommes rien d’autre que des criminels réels ou potentiels, nous sommes tous des monstres menaçant leur mode de vie parce que nous sommes tous capables de voir à travers le voile de la loi, parce que nous sommes tous capables de choisir d’en faire fi et de s’accaparer quand l’occasion se présente des moments de notre vie qu’on nous a volé. La loi nous rend égaux en faisant de nous des criminels. Il est ainsi logique que l’ordre social qui a produit la loi universalise la surveillance et la punition au même moment qu’elle transforme le monde en un immense centre commercial.
Il est inutile de réformer les lois pour les rendre plus juste. Il est inutile de contrôler la police pour éviter les bavures. Il est inutile de vouloir réformer le système carcéral, puisque chaque réforme ne fait que renforcer le système, ajouter de nouvelles lois, ajouter de nouveaux flics, de nouvelles prisons. Il n’y a qu’une façon de répondre à la transformation du monde en geôle et c’est de prendre la ligne de fuite. Les prisonniers ne veulent pas réformer leur prison; ils veulent s’en échapper. Il faut attaquer cette société en prenant les moyens de vivre immédiatement notre vie selon nos propres termes, selon nos propres désirs.









(le 30 octobre 2007 à 0h46)
Ah! Mademoiselle Archet! Vous revoilà en train de dire des sottises, et de réveiller le méchant imprécateur réactionnaire qui sommeille en moi. Je me permets de vous renvoyer votre propre phrase : « pour comprendre réellement la situation, pour pouvoir la combattre efficacement, il faut pousser un peu plus loin l’analyse. » Je ne saurais mieux dire.
Vous avez grand besoin d’ennemis pour vous convaincre que votre liberté est brimée. C’est dire que votre liberté n’est pas brimée et que vous êtes aussi libre qu’on peut l’être, ce qui tombe sous le sens. Mais comment dire? Le cœur n’y est pas. Vous ne la sentez pas, cette liberté. Au fond elle vous ennuie. Vous refusez de l’admettre, bien entendu, car c’est un scandale. Après des siècles de luttes révolutionnaires, après d’innombrables libérations, après d’interminables poèmes, après tous les raffinements et toutes les nuances plus subtiles les unes que les autres inventées par les avant-gardes anarchistes dans le chemin de plus en plus tortueux qui doit les mener à cette terre promise de la liberté, découvrir qu’il ne s’agissait que d’une sorte de Club Med en ruines où l’on s’ennuie en s’inquiétant, où l’on s’inquiète en s’ennuyant. Non, décidément, c’est inadmissible. On ne peut pas s’être trompé à ce point. Alors que faire? Une seule solution : poursuivre le combat, faire comme si nous n’étions pas encore libres, inventer des complots, accréditer l’idée que la liberté est encore à conquérir, et qu’elle sera tout autre chose que l’océan de désœuvrement où nous pataugeons. Bref, comme vous dites si bien avec votre touchante sincérité, «attaquer cette société en prenant les moyens de vivre immédiatement notre vie selon nos propres termes, selon nos propres désirs. »
Je vous répète que nos désirs ne nous appartiennent pas en propre; tant que vous ne l’admettrez pas, vous ne comprendrez pas la véritable nature de votre prison, qui se confond justement avec vos désirs, avec l’immédiateté que vous chérissez, avec cela même que vous appelez liberté, sans craindre qu’on devine ce qu’un mot si pompeux dissimule désormais, à savoir une forme de servitude plus subtile et plus insidieuse que celles d’autrefois. Comment le craindriez-vous, d’ailleurs, puisque vous ne le voyez pas vous-même?
(le 30 octobre 2007 à 3h49)
Il faut vivre dans une grande ville pour ressentir cette oppression, bien sûr plus il y aura de monde et moins il y aura de liberté, mathématiquement c’est vrai et je le redoute. Aussi pour échapper a cette cohue tonitruante sans cesse observée, contrôlée, soupçonnée, « bovinisée », j’ai décidé d’aller vivre en province dans un charmant village de Charente Maritime en France ou j’ai retrouvé le gout de vivre l’air pur, une bonne nourriture les joies de la vraie nature et le bruit du vent dans les branches…Un vrai miracle et une joie sans égale. J’y suis depuis plusieurs années maintenant, et lorsque je lis votre prose il me semble voir un autre monde, une histoire de science fiction sur un future cauchemardesque, parce que je ne ressent pas ça ici, ma vie est devenue aussi naturelle qu’une pluie de printemps, je ne vais jamais dans un super marché, je vois des gens réels et je me sent heureux.. Venez Anne, sortez de vos villes ou vous vivez agglutinés comme des bagnards ou comme des veaux dans l’étable. Un feu de bois dans la cheminée donne plus de joie qu’un film a la télé, on retrouve peu à peu son équilibre, dormir dans un lit profond et douillet jusqu’à midi avec sa copine c’est divin.. Mais pourquoi donc voulez vous vivre emprisonné dans ces villes crasseuses et polluées avec des gens indifférents, fuyez !!
(le 30 octobre 2007 à 4h13)
Ah, c’est comme ça au Quebec.
L’Espagne ne ressemble pas trop à ça. La France non plus (au moins pour ce que je connais de l’un et l’autre des pays). Ben désolé pour vous, hein.
(le 30 octobre 2007 à 6h00)
Pourtant Méphisto, vivant dans le pays d’un certain Nicolas, je trouve que ça ressemble assez à cela… A part que, paradoxalement, les gens n’ont pas peur… Je veux dire les gens acceptent souvent en pestant la surveillance quotidienne dont ils sont l’objet mais je n’ai entendu personne dire « ah génial, on est rassuré d’avoir des caméras de surveillance »… ça ne rassure que les politiques, pas les citoyens. Le problème est qu’il y a tellement de choses qui gênent les citoyens… Les caméras ne semblent pas le pire…
J’M.
(le 30 octobre 2007 à 6h06)
Sortez des villes piège a con !
(le 30 octobre 2007 à 6h29)
ah,le vent du marge, nous sommes donc voisins maritimes, je vis en chte maritime aussi
(le 30 octobre 2007 à 7h31)
Mais est-ce que quelqu’un pourrait m’expliquer à la fin, pourquoi le contrôle social, sans Etat, sans loi, sans individus, c’est mieux ? En terme de liberté, il n’y a rien de pire que le contrôle social que je sache ?
Tant que cet argument là ne sera pas donné … je continuerai à m’ennuyer.
La question des caméras me semblent étonnante. C’est amusant de voir ce que ca déclenche chez les gens… la caméra, comme la Police, le vigile crée la peur. Comme le médecin, au début. Tout comme le médecin annonce la maladie, le flic crée le crime. Le moins que l’on puisse dire, est que cette vision là, c’est l’abscence totale de pensée. Parce que c’est de l’ordre du reflexe.
Ceux qui ont étudié le phénomène du sentiement d’insécurité l’on bien expliqué, je crois: la présence du vigile, de la police, des caméras fait prendre conscience tout d’un coup à la mère de famille qui amène ces mômes à l’école tranquillement tous les matins, qu’il y a souci. Risque.
Avant, elle l’ignorait. Désormais, elle a peur (à tord ou à raison).
Dans les sociétés très civilisées et pacifiées comme la vieille Europe, il est toujours étrange de constater que lorsqu’on le confronte les gens à l’idée à de défense, qu’elle soit personnelle ou étatisée, ils sont dans une impuissance totale. Complexée et paniquée à l’idée d’exercer la force, leur corps, d’être sous doute et sans hésitation sur ce qu’il convient de faire.
C’est un signe de civilisation autant que de faiblesse.
D’où alors un sentiment d’attraction-répulsion à l’égard de l’institution Police, qu’on ne voudrait pas voir exister dans notre rêve occidental et américain de monde parfait, mais qu’on appelle à l’aide à la moindre occasion. Désolé de vous contredire Melles, mais le « que fait le Police? » et « que montrent les caméras » dans nos sociétés, sont des discours permanents, c’est comme un bruit de fond. Amplifié par la télévision. Surtout si c’est journaliste qui se fait agresser dans le métro, ou des lycéennes de centre gauche qui se font arracher leur portable (ou leur pudeur) pendant une manif.
Le reflexe anarcho-anti-caméra-big-brother-les-maitres-du-monde qui vous mettent des grains de riz et tout c’est de la peur viscérale un peu fantasmée. Un détail. En revanche, ce qui l’est moins, c’est la privatisation de l’organisation de la sécurité et de la défense. Ce n’est pas un détail, parce que cette évolution, cette « décision » (qui n’en ai pas une) n’a jamais été validée démocratiquement.
L’important, la seule vraie question intemporelle, c’est de savoir comment on pense la question de la défense.
Et je crois que la remarque faite par vent du large est une partie de la réponse: on parle là de la ville.
Or, notre monde, qu’on le veille ou non, qu’on désire ou haïsse les caméras, devient une ville.
Dans cette ville, imaginer un retour au contrôle social plutot que le recours à la moins pire des solutions, l’Etat, me parait … original; étrange; génial ou enfantin.
Quand au règne du désir, dans cette ville-monde, euh… est ce bien réaliste ? Je crains que ce soit légèrement trop tard, ou en tout cas, contradictoire.
Car, plus l’autre est proche, plus il faut des règles, non ?
Sinon, le monde devient une violation permanente.
Au final, la seule vraie question, c’est « qui ». Qui défend ?
Nier la nécessité de défense, la fonction défense dans une société… c’est de l’alchimie sociologique et politique. En tout cas, moi, je vois mal, concrêtement comment sa marche. Même, si ca fait joli sur le papier.
(le 30 octobre 2007 à 8h43)
Voilà un texte à l’image de ce blog où les intensions ne sont pas toujours celles affichées.
En effet, il pourrait paraître évident que la lecture est la principale destinée du lieu.
Pourtant, à observer de plus près, on peut constater y être sous surveillance, comptabilisé, disséqué, répertorié, trituré, chiqué et craché.
C’est l’accueil tout personnel d’AA, discret, imperceptible, invariable, caché derrière des mots et des machines calculatrices.
Et, c’est vrai, ce blog est une prison où AA s’est enfermée, occupée à tricoter du texte pour habiller les commentaires de ses codétenus.
Notez la couleur de la tapisserie, les bouts de fil de fer qui séparent les textes, le vocabulaire carcéral qui laisse peu d’issue quant au devenir du dialogue.
Nous sommes tous ici des visiteurs de prison occupés à lire sur les murs.
Notez la présence de quelques idolâtries virtuelles, quelques archives poussiéreuses, un semblant de musée, de journal et même une poubelle.
(le 30 octobre 2007 à 8h45)
C ‘est comme le sel, point trop en mettre sinon ça devient vite désagréable..
(le 30 octobre 2007 à 8h51)
si nos désirs ne nous appartiennent pas (ce qui se tient jusqu’à un certain point), alors le désir de liberté d’AA ne lui appartient pas. Mais elle l’éprouve. Avancer que son discours est une sottise revient à poser une hiérarchie des désirs, ce qui me paraît dangereux, voire au bord du non-sens. Est-il sensé de rétorquer à une personne qui déclare « je me sens mal dans ce monde », « tu te trompes » ?
Apparement, AA n’est pas adaptée à ce monde, Prof Y semble l’être. Proclamer que les inadaptés ont tort, ce n’est jamais que faire l’apologie du monde c’est-à-dire de soi-même, puisque cela consiste à se féliciter de désirs que nous ne maîtrisons pas mais qui nous rendent ce monde acceptable.
l’inadapté dit que le monde est en défaut, l’adapté dit que l’inadapté (donc la personne) est en défaut, n’est-ce pas courtcircuiter un phénomène de relation individu-monde (voila un cas de stand alone complex, héhé).
j’aime beaucoup cette blague (lue dans les Watchmen) qui rend bien compte de l’insurmontable défaut d’adaptation :
c’est un type qui va chez le docteur, qui lui dit que le monde est absurde, qu’il est au bout du rouleau, qu’il n’en peut plus, qu’il va mal.
Le doc lui annonce : j’ai exactement le remède qu’il vous faut, allez voir le clown Paillasse qui joue actuellement au cirque, il est tordant, vous serez soignez aussitôt.
le type répond : mais docteur, c’est moi le clown Paillasse.
on notera qu’en général, il appartient aux inadaptés d’apporter du neuf à ce monde (création ou invention), aux adaptés d’en profiter.
(le 30 octobre 2007 à 8h58)
Les caméras existent depuis très longtemps, du moins dans nos petites têtes, puisque les religions nous ont appris que nous vivions sous le regard du seigneur dans toutes les circonstances de notre vie… c’est bien pire qu’une caméra de surveillance.. Le p’tit jésus y avait déjà pensé, pas mal non ?
(le 30 octobre 2007 à 15h05)
J’aime beaucoup ce texte théorique. La dernière phrase réussit à venir me chercher : « Il faut attaquer cette société en prenant les moyens de vivre immédiatement notre vie selon nos propres termes, selon nos propres désirs. » Le message est un éloge de la vie et de la liberté. Prendre conscience que nous sommes des codétenus – j’aime beaucoup ce mot puisque je me sens également en prison dans le « système » carcéral-social – est un pas dans la bonne direction afin de tenter de se soustraire du pouvoir institutionnel et hiérarchique.
Dans n’importe quelle société, il y a un jeu de pouvoir, des bio-pouvoirs entre autres, et une norme par rapport on devient déviant, fou, raté, imbécile, bon à être emprisonné, etc. Tenter de trouver les points faibles du système pour se réaliser, ces lignes de fuite, devient ainsi une quête tout à fait amusante susceptible de nous faire découvrir ces nouvelles formes de subjectivité qui sont pourtant possibles pour un être humain.
Le propos du Professeur Y « Je vous répète que nos désirs ne nous appartiennent pas en propre..» me font penser à ceux d’un prêtre autoritaire que Nietzsche qualifiait d’empoisonneur de vie. Du haut de sa chaire (unversitaire?), notre professeur semble sermoner madame Archet en lui rappelant sans cesse son grand péché de ne pas croire en la théorie de René Girard. Cette théorie qui est érigée en modèle absolu, en « véritable nature », me fait rappelle bien des tentatives avortées pour expliquer la nature humaine dans sa totalité : le carré sémiotique de Greimas, le communisme, le créationnisme, le calvinisme… L’humain, dans sa « véritable nature », semble constamment déjouer les théories et être capable de nous surprendre, lorsque sa vivacité d’esprit, sa liberté et sa passion sont au plus haut niveau.
Je trouve donc les messages libertaires de madame Archet tout à fait rafraîchissants et j’espère qu’elle continuera à les publier fréquemment.
(le 30 octobre 2007 à 17h11)
Il y a beaucoup de choses avec lesquelles je suis d’accord avec vous. Dans mon pays, la Belgique, la majorité des politiques, des parlementaires sont juristes de formation, et bien souvent de génération en génération : ils se reproduisent entre eux! Et la mojarité des belges votent pour plus riches et puissants qu’eux! Ces privilégiés qui font les lois, s’ils parlent d’égalité, s’entendent avant tout à conserver leurs privilèges. Et ils sont très souvent plus liés familialement, affectivement aux chefs d’entreprise qu’aux simples travailleurs. J’imagine que c’est un peu la même chose au Québec. Je pense que nos deux pays présentent des similitudes, comme par exemple de ne jamais avoir aussi radicalement séparé religion et état comme en France.
Par contre, avec votre manie de vouloir abolir l’état, vraiment, je ne vous suis plus. Vous parlez des terroristes : vous partagez une chose avec eux : l’angélisme, c’est à dire que vous semblez vous complaire à ne voir qu’un coté des choses, en niant la complexité et en refusant d’être pragmatique. Comme ceux qui ont cru qu’en Europe on aurait pu combatre le nazisme avec des fleurs… ceux là n’ont rien fait pour éviter le massacre des juifs et des autres, les résistants oui. Pourtant je vous jure que je déteste la violence. Vos idées ne sont possibles qu’avec des gens qui se respectent naturellement. C’est impossible. Il y autre chose qui rend vos idées impossibles : l’existence de la bombe atomique. Je suis le premier à vouloir qu’elle n’existe pas , malheusement elle existe.Vous avez une solution?
Une matière à réflexion : chez moi, la profession de policier est une de celle où il y a le plus de suicides! Pourquoi? A mon avis : insécurité, stress,manque d’amour,de respect et de considération. Si un jour quelqu’un voudra vous tuer et qu’un flic viendra vous secourir au péril de sa propre vie, je pense que vous changeriez d’avis, que vous aurez de l’amour pour lui. Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dis : je n’aime pas la violence et l’escalade sécuritaire peut l’augmenter. Autre problème à résoudre : il y a beaucoup de fachos dans la police et l’armée.
Voilà, les utopistes aveugles vont me prendre pour un réac, et les réacs pour un gauchiste! Vive la liberté, la conscience et le juste milieu (qui est plus radical qu’on le croit)!
(le 30 octobre 2007 à 17h19)
MASSACRONS LES LIEUX COMMUNS*
*Merci Anne Archet pour votre espace de liberté, et de me permettre de m’exprimer librement.
(le 31 octobre 2007 à 2h55)
La liberté c’est devenu un petit square de gazounet ou l’on vient faire pisser son chien et draguer sa voisine, la tenaille est en place, nous y sommes. C’est pour le bien de tous, on a le droit de dire quelques inepties du café de commerce mais quand même, nous portons une odeur de canned food, notre musculature est un peu avachie, ça sent la fin de race. Le vent du large a raison, mettons nous au vert pour ceux qui en sont encore capable.. La ville c’est comme une cigarette ça vous tue lentement mais on a du mal à s’en passer. 8°(
(le 31 octobre 2007 à 3h19)
A Justine, Nicolas n’est pas le proprio du pays, dieu merci, il n’en est que le co-locataire, il est aux manettes pour l’instant mais à le voir fonctionner je m’attend a un pètage de plomb avant la fin du quinquennat … espoir ! et pendant qu’il tasse les prolos dans leur smig il s’arroge un salaire + 140 %. Çà vous chie pas à la gueule ça ?
(le 31 octobre 2007 à 6h41)
justine ne vous laissez pas abuser par les médias.
le salaire du président 20000 € x 12 = 240 000 €.
le budget de l’élysée 100 MILLIONS € non controlé par la représentation nationale
les médias vous polarisent sur 1 % du budget et passe à la trappe les 99 autres %
Sinon tout va bien les textes de AA ne déclenche presque plus de polémique
proffeseur Y s’autorise à tancer AA car il detient la VERITE
et vent du large se tire à la campagne pour sauter sa copine sous la couette jusqu’a midi
(le 31 octobre 2007 à 6h47)
Sous la couette et devant la cheminée de temps en temps le samedi et le dimanche, je ne vais pas à la messe mais j’y pense… Amen…….
(le 31 octobre 2007 à 9h38)
Sur une peau d’ours avec un joli feu de bois dans la cheminée, j’espére
mais pourquoi penser à la messe ?
dans votre bulle point besoin de religion
de l’amour et de l’eau fraiche suffisent
(le 31 octobre 2007 à 11h12)
Maphto: vous pensez bien au-dessus de vos moyens. Soyez plus économe. Il faut procéder par ordre; apprendre à lire d’abord, lire Nietzsche beaucoup plus tard, quand on peut le comprendre.
(le 31 octobre 2007 à 13h48)
Plus insupportables encore que ceux qui ont lu Nietzsche sont ceux qui l’ont « compris. »
(le 31 octobre 2007 à 13h52)
Je ne veux pas jouer les maîtresses d’école, mais si vous continuez à agir de la sorte, je ferme mes commentaires.
Si vous n’avez pas d’arguments sensés à opposer à vos contradicteurs, ne les attaquez pas personnellement; taisez-vous.
(le 31 octobre 2007 à 14h56)
En effet, ça la fout un peu de mal de jouer les maîtresses d’école quand on se pique d’être anarchiste.
(le 31 octobre 2007 à 16h21)
Cher Y, vous en avez tant à apprendre au sujet des anarchistes. Vous devriez mettre en application le conseil qui vous avez prodigué de façon si bienveillante à Maphto et commencer à lire un peu.
(le 31 octobre 2007 à 16h22)
Ceci étant dit, une autre attaque personnelle gratuite et je ferme mes commentaires. Vous pouvez exposer votre idiosyncrasie en long et en large en autant que vous ne blessiez stupidement personne en le faisant.
(le 31 octobre 2007 à 16h47)
Gratuit et personnel -> suivre le lien.
Si cela vous semble une attaque, nous en serons vite fixé.
(le 1 novembre 2007 à 6h21)
Anne, se ne sont que des mots, laissons les vivre. Les orages, mêmes les pires se calment doucement, laissons les sacs de fiel se déverser, se vider, se laver, et redevenir acceptables.
Je crois en le genre humain et je suis sûr que untel ou untel, une fois sa gourme déversée, redeviendra serein.
Je vous embrasse partout…
(le 1 novembre 2007 à 7h21)
Dites, les anarchistes, c’est pas un peu comme les catholiques ou les communistes : « Faites ce que je dis, mais surtout ne faites pas ce que je fais. »?
Des insatisfaits et des dictateurs en puissance?
De ceux qui confondent idéologie avec ressentiments et angoisses existencielles individuelles?
Sous cette merveilleuse et généreuse idéologie, n’y a-t-il un fond de haine, une volonté de destruction?
Remarquez, ce ne sont là que des questions, histoire d’alimenter la réflexion qui je trouve vire parfois ici à l’autocomplaisance et la masturbation intellectuelle.
La masturbation vraie c’est bien mieux, ça pollue moins l’esprit. Alors astiquez-vous gaiement jusqu’à plus soif, allez, branlez-vous les uns les autres, et allez en paix chers frères et soeurs pratiquants.
(le 1 novembre 2007 à 15h40)
Ah, si on pouvait faire disparaitre la faim en se frottant le ventre..
(le 3 novembre 2007 à 13h06)
Sinon, il existe l’alternative de la Révolution, mais on a vu où ça a mené la France: remplacer un mal par un autre. Pff…
(le 4 novembre 2007 à 6h43)
Et le débat d’idées s’arréta faute de combattants
Amen
pffuit…
(le 4 novembre 2007 à 16h34)
Ben moi, j’ai trouvé ça intéressant en diable. Le texte d’Anne, d’abord: parmi ses plus forts. Sous l’argumentation, assez solide dans l’ensemble, perce une authentique émotion, un dégoût inquiet, un appel à sauver ce qui reste. Rien de dogmatique et de désincarné ici. Je me suis rappelé pourquoi je l’aime.
Les commentaires: ceux qui en dénigrent la tenue me stupéfient. Je me souviens d’un temps pas si lointain où tout ce qu’on trouvait ici, c’était des halètements anonymes obscènes et des demandes de petites culottes; on réagissait rarement aux propos sérieux d’Archet. Or, les échanges qui précèdent sont d’un calibre qu’il n’est pas aisé de trouver ailleurs sur la Toile.
Le prof Y, ce coup-ci, je l’ai trouvé moins rigoureux qu’à l’ordinaire, mais c’est guère fair de lui faire une scène et un procès parce qu’il se défend plutôt courtoisement. C’est Maphto qui l’a traité de prêtre autoritaire et d’empoisonneur de vie par Friedrich interposé. Si c’est pas ad hominem, qu’est-ce qui l’est? Je le sais, qu’il t’énerve, mais c’est pas le goujat que tu sous-entend: il l’est pas plus que les autres, en tout cas.
Je t’aime quand t’es juste. Wise. Calme. Parfaite. Je t’aime aussi quand tu l’es pas, remarque, mais que ça reste entre nous.
(le 4 novembre 2007 à 17h24)
C’est difficile de repondre à tous ces commentaires bien que tentant, parce qu’il y a des choses à ajouter, à retorquer, à oublier.
En premier lieu je fais savoir à Anne Archet que je suis tres curieuse de ses reponses, en dehors de celles qui risquent de nous priver d’excellents débats quoique maintes fois entendus dans le milieu libertaire.
Comment ne pas être scandalisé par tout le controle social qu’on a et qu’on multiplie depuis des generations et des generations. On nous dit libre par rapport aux anterieures seuleument aujourd’hui on est surtout libre d’etre endoctriné, hypnotisé, aveuglé etc. Tous les jours nous voyons des hommes en bleus, tous les jours nous sommes filmés, tous les jours nous avons des cartes de metro, banquaire et autres avec une puce dedans, nous sommes si controlés qu’on ne le voit même plus. J’appelle ça la politique de l’habitude. Et cette politique là est une politique autoritaire qui nous prive de notre liberté. Pour prendre un exemple concret et encore plus chocant, puisquil n’y a plus que ça qui marche… A singapour, il existe une usine où travaillent des sans papiers, sans papiers logés dans des immenses dortoirs où ils se retrouvent entassés comme dan un placard à balai qui n’aurait pas été balayer depuis des années. Pour rentrer dans ce placard glauque si ce n’est plus des machines etranges qui rentrent dans le systeme biometrique (cf adn), à votre avis la machine qui vous reconnait grace à votre oeil, votre salive, votre main, votre cul elle coûte combien par rapport à ce qu’elle contrôle?
Etc etc etc. En fait il y a tellement de choses à dire, à denoncer, à changer que je laisserai la plume d’Anne Archet s’occuper de la partie écrite, l’action prend deja beaucoup trop de temps.
Ah oui uste pour info quand on regarde attentivement l’histoire française, autrement que dans les manuels d’histoire on voit que la France a connu de bien plus grandes revolutions que celle de 89… De plus si on va voir un peu plus loin, Oaxaca, l’Argentine etc etc.
En effet je pourrais continuer des heures à essayer de me battre avec des gens qui cautionnent un systeme qui nous gouverne, je pourrais même prendre des termes syndicalistes pour etre encore plus convaincante mais la seule chose que je ferai c’est poser une question à Anne Archet qui je l’espere y repondra car elle trotte dans ma tête depuis que j’ai commencé à lire ses interventions.
Vous/tu dis que tu n’aimes pas le anarchistes et ‘imagine déjà les nombreuses raisons qui te poussent à dire ça connaissant plutot bien le mecanisme militant libertaire radical comme reformiste d’une ville française. Néanmoins, malgré tes textes qui sont déjà une pierre de l’edifice (je cherche encore une meilleure expression mais le militantisme a épuisé les dernieres forces de la journée alors excusez moi pour le flou non artistique de mes propos) comment etre, se dire …libertaire, vouloir, essayer d’atteindre .. l’anarchie si on agit pas en consequence? je sais bien que ce n’est le milieu anar (quel quil soit vu quon sait qu’il y en a plein, premier probleme justement bien que comprehensible) qui fera qu’on y parviendra forcement mais je n’arrive pas à comprendre comment on peut croire en l’anarchie sans agir afin d’aspirer à.
Ca commence à etre de plus en plus brumeux mais j’apprecierais beaucoup d’echanger si vous le souhaitez des reflexions sur lanarchie, la pratique, le theorique et les nombreuses questions et multiples paradoxes qui en découlent.
(le 17 juin 2008 à 7h26)
Mais on s’en moque, qu’Anne Archet ait tort ou raison! L’important, c’est que ses textes nous fassent réfléchir à des choses; ils sont suffisamment argumentés et bien écrits pour cela. L’anarchisme (et non l’anarchie) c’est d’abord dans notre tête qu’il faut l’établir.