Matière à débat

Depuis les premières étincelles de la flambée de xénophobie aberrante qui accompagne les travaux de la Commission Bouchard-Taylor, j’ai pris la (mauvaise) habitude d’aller porter la contradiction sur les blogues de plusieurs sympathisants de ADQ (mais aussi du PQ, qui semblent brûler d’envie de profiter eux aussi de la manne identitaire). Évidemment, mes arguments ne les ont guère impressionnés. Mais ce qui m’a frappé, c’est que la plupart du temps ils n’ont même pas daigné y répondre et se contentés de me répéter leurs slogans et leurs formules dénigrantes habituelles (dont le célébrissime gogauche, qui revient comme un mantra dans leurs fulminations).

L’exercice m’a fait réfléchir sur la pertinence de participer à des débats et même de simplement discuter avec des idéologues butés. J’ai de plus en plus tendance à croire, à l’instar de Foucault, que derrière les vérités se trouvent des idiosyncrasies, des positions de style et de vie. Que, pour moi comme pour les autres, ce ne sont pas les arguments rationnels qui créent les positions de vérité, mais plutôt les positions de vérité qui créent le désir de se doter d’arguments rationnels pour les défendre et les justifier. L’argument rationnel n’est finalement qu’une fioriture, qu’un accessoire qui ne réussira que très rarement (sinon jamais) à modifier la position de vérité de son adversaire. Évidemment, il est possible d’opposer une perspective à une autre, comme il est possible de jouer sa propre idiosyncrasie contre celle de son voisin. Mais en discuter me semble maintenant foncièrement futile, puisque ces positions sont par essence incommensurables.

Tags:

18 commentaires pour “Matière à débat”

  1. Prax ajoute:

    Ah parce que maintenant on polémique pour convaincre ! Allons, allons, on polémique pour se faire plaisir, pour briller, pour clouer le bec à ce petit minable d’en face. En fait, cela ne fait pas de mal.

  2. Sarah ajoute:

    completement pas d’accord

  3. Maphto ajoute:

    Personnellement, je fais des suggestions de lecture quelquefois. Je laisse les livres parler pour moi. Un curieux pourra s’y intéresser et élargir ensuite ses connaissances. Si vous n’aviez pas parlé de Max Stirner sur votre blogue, je ne saurais même pas ce qu’est l’anarchisme-individualiste aujourd’hui. Je serais peut-être, oh horreur, péquiste.

  4. Laurent ajoute:

    Moi aussi je ne suis pas d’accord. Cependant je reconnais que ce que vous dites concerne un nombre gigantesque de cas et de situations : bien souvent la position de vérité n’est pas modifée par la discussion. Du moins sur le champ. Car il faut laisser le temps faire son travail. Lorsqu’on fait une analyse par exemple, des échanges avec notre analyste peuvent conduire à un déplacement, à un changement de position. Cependant ce changement est rarement sinon jamais immédiat. Il se déroule bien souvent après la séance. Et puis quelquefois on ne l’avoue jamais, on ne dit pas qu’on a changé de position alors que pourtant le changement a bel et bien eu lieu, si bien que l’autre peut ne pas voir que le changement a eu lieu.

  5. Borgnecul ajoute:

    Les discussions au dessus du string sont navrantes. Restons en là et retournons vite vers ce qui nous hante et nous passionne…….. nos érections matinales à nous les mecs par exemple.

  6. tock ajoute:

    Moi ce refus du débat, cette vision désabusée de la chose, ça me fait toujours penser à J Rançière et à son idée de Haine de la démocratie. Drôle de vision du monde dans lequel le débat devrait aboutir à une victoire. Sur l’idée de l’autre et j’ai en bien peur probablement sur l’autre tout simplement.

    C’est là confondre l’idée et celui qui la soutient. Alors, que le débat n’est qu’un jeu symbolique et médiatique qui bien mené, rapproche, lie et unit les différences originelles (les positions de vérités ?).

    Comme Maphto, il se pourrait que je lise Stirner, histoire de rigoler.
    Comme Laurent, j’ai parfois un grand plaisir à constater que 6 mois après une discussion, des traces en sont restés dans l’attitude de quelqu’un. Ou dans la mienne qui sait… Les interactions sont complexes parfois. Mais pour rien au monde je ne me priverai de la richesse qui en résulte.

    Convaincre tout de suite et maintenant, est en revanche enfantin. Comme un coté capricieux…
    Convaincre ? Quel drôle d’idée franchement… Pourquoi faire ? Dominer ?

    Et quand ce sera fait, il se passera quoi ?
    Il devient quoi votre fameux divin désir ?

    Plus que la conviction qu’il faudrai emporter (sommes nous ici dans un tribunal ???), c’est aussi l’influence, la séduction, les jeux de go à partenaires multiples qui comptent. Identifier ce qu’il y a de commun, lier, unir et non chercher les différences, faire de courants de pensée, catégoriser.

    Exister, attirer, étonner … ce sera déjà pas mal.
    Convaincre ? Dieu m’en préserve.

  7. DrD. ajoute:

    tock m’a convaincu.

  8. ugarte ajoute:

    Est-ce à dire que nous avons inventé la loi de la gravitation parceque nous étions debouts ?

  9. tock ajoute:

    DrD: Oh ! Vade Retro Satanas !!!

    De toute façon, ce doit être un mal-entendu.
    Je suis hétéro-catho fidèliste en outre. Alors à quoi bon…

  10. Pablo ajoute:

    Il est toujours plus efficace de relever les contradictions internes, sous-jacentes, dans les discours de l’autre.

    Voir la tête d’un catholique intégriste à qui l’on vient d’expliquer que ses propos trahissent en lui l’hérétique qui s’ignore, ou l’influence pernicieuse du marxisme, voire pire… est un immense plaisir.

    Évidemment cela suppose qu’il soit un tant soit peu de bonne fois. Dans le cas contraire, c’est sans espoir autre qu’une balle dans la… pardon, ça m’a échappé.

  11. tock ajoute:

    C’est qui la catho intégriste ici, Moi ???
    pas possible…!

    Un catho qui cite Rançière …
    Euh prudence quand même … non ?

    De toute manière, bonne ou mauvaise, je soutiens le projet de la leçon de foi.
    Nous sommes entre croyants, c’est rassurant.

    Mais, e n’ai toujours pas compris la contradiction de la vision marxo-messianique. Soyez la lumière, révélez moi !

    Avec calme cependant, pour ne pas donner raison à Rançière.

  12. Pablo ajoute:

    //C’est qui la catho intégriste ici, Moi ???//
    Non.
    D’ailleurs celui auquel je faisais allusion n’est pas ici. Il s’agissait d’un autre débat, sur un autre blog, un autre jour.

    Je ne comprends pas ce que vous entendez par « vision marxo-messianique » : ça va être difficile de vous éclairer.

  13. JIM ajoute:

    Chez nous (en france) on a coutume de dire qu’il ne faut pas parler aux cons ça risquerait de les instruire, et effectivement, quand on voit la tête du type sur la page d’accueil du site de L’ ADQ!

  14. orlando de rudder ajoute:

    En core faut-il se méfier des « flambées » xénophobes!En France,on se l’est bien jouée à ce propos.Voir : http://prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/03/24/1313-les-francais-et-le-racisme-le-sondage-de-trop-alain-morice-et-veronique-de-rudder bin oui c’est ma soeur,la dame… Elle a aussi écrit ça: http://www.islamlaicite.org/article111.html elel est pas très anar,mais bon, c’est ma soeur
    Ni mieux, ni d’être:Un deui, des dieux!

  15. Borgnecul ajoute:

    En France ils sont encore plus fort, en plus du racisme ils ont trouvé l’ antisémitisme…. encore une nouvelle race.

  16. Utta ajoute:

    En Europe nous n’aimons pas que certains ethnies se regroupent en lobby et vivent a part. Ainsi ces personnes se retrouvent montrées du doigt et se sentent mal acceptées. A qui la faute ?
    Il est juste qu’elles ne font pas de mal à priori, mais cette façon de vivre et de prospérer en marge du pays qu’elles habitent les rend suspects. Les courants politiques qu’elles prônent sont également suspects.
    Doit-on laisser faire ?

  17. François ajoute:

    Bonjour Anne

    C’est vrai entre points de vue opposés, ça l’est encore plus entre points de vue presque convergents. Militant soci

  18. François ajoute:

    …aliste au PS français, je n’ai toujours connu que des dialogues de sourds qui m’ont convaincu qu’une assemblée générale ne sert, comme le dit Prax, qu’à se faire mousser et à roder ses arguments. Jamais à convaincre. Je crois que la seule force de conviction qui soit ne passe pas par la parole, mais par l’exemple.

    Keep up the good work

L'envie de commenter vous tenaille ?


Passer à la version mobile de ce site.