Le flic est (aussi) dans notre tête

«Le contrôle de la morale et de la logique nous ont infligé l’impassibilité
devant les agents de police — cause de l’esclavage.»

(Tristan Tzara, Manifeste Dada 1918)

J’habite en Amérique du Nord — au Québec, pour être plus précise — un endroit de la planète où les anarchistes se font rares. Mais, la chance aidant, il m’arrive d’en rencontrer et je suis chaque fois surprise de constater à quel point les anars conçoivent l’anarchie comme un principe moral. Certains vont jusqu’à considérer l’anarchie comme une sorte de déité à qui ils ont consacré leur existence — confirmant de ce fait mon sentiment que ceux qui veulent réellement expérimenter l’anarchie doivent se dissocier autant qu’ils le peuvent de l’anarchisme.

Par exemple, je connais un gentil anar, tout ce qu’il y a de plus anticonformiste, qui m’a déjà dit sans même tiquer que pour lui, l’anarchie est «le refus par principe d’user de la force pour imposer sa volonté aux autres». Ceci implique que la domination n’est finalement rien d’autre qu’une question de décisions morales individuelles plutôt qu’une question de relations et de rôles sociaux. Ce qui revient à dire que nous sommes tous en position égale d’exercer notre domination sur les autres et que nous devons tous et chacun nous plier à une stricte autodiscipline pour éviter de le faire. Au contraire, si nous admettons que la domination est une question de relations et de rôles sociaux, ce principe moral devient parfaitement absurde, un moyen de distinguer les élus des damnés. Pis encore, cette définition morale de l’anarchie place les anars dans une position de faiblesse désespérée, les désarme littéralement dans une lutte déjà inégale contre l’autorité. Toutes les formes de violence contre les individus et la propriété — les grèves générales, le vol à l’étalage et même des activités aussi bénignes que la désobéissance civile — constituent des moyens d’user de la force pour imposer sa volonté aux autres. Refuser d’user de la force pour imposer sa volonté, c’est accepter de devenir complètement passif; c’est accepter de devenir un esclave.

Si l’anarchie signifie de s’imposer une règle de conduite stricte pour contrôler sa propre vie, dans ce cas l’anarchie est une antilogie sans intérêt.

L’anarchie n’est pas un principe moral mais une situation, un état d’existence où l’autorité n’existe pas et le pouvoir de contrôler est éliminé. Une telle situation ne garantit rien — même pas sa propre pérennité — mais offre la possibilité à chacune d’entre nous de créer notre propre vie en accord avec nos propres désirs et nos propres passions plutôt que de se conformer aux exigences identitaires et comportementales de l’ordre social. L’anarchie n’est pas le but de la révolution; c’est la situation qui rend le seul genre de révolution qui m’intéresse possible, un soulèvement d’individus voulant créer leur vie pour eux-mêmes et détruisant tout ce qui fait obstacle à ce processus. C’est une situation hors du champ de l’éthique, une situation qui nous présente le défi amoral de vivre sans contraintes.

Puisque l’anarchie est par définition amorale, l’idée kropotkinienne de morale anarchiste m’est hautement suspecte. La morale est un système de normes et de valeurs qui sert à départager le bien du mal. Elle implique l’existence d’un absolu qui doit régler leur existence et leurs comportements. Que la morale soit religieuse, kantienne ou utilitariste, qu’elle soit celle de Rawls, de Nozick, de Jonas ou de Taylor, elle se situe toujours à l’extérieur et au-dessus des individus. Dieu, la Patrie, l’Humanité, la Prospérité, le Bien commun, la Justice, l’Environnement, l’Anarchie et même l’Individu (comme principe) sont toujours des abstractions — Stirner dirait des fantômes — des idées générales en tant qu’elles se présentent comme des réalités à part entière, comme des réalités supérieures à l’individu. Or, les idées ne sont que des produits de la faculté d’abstraction et de généralisation de l’être humain. Elles sont donc ses propres créatures et, par le fait même, inférieures à leur créateur. Le drame, c’est qu’une fois que ces idées sont constituées, elles sont détachées artificiellement de leur auteur qui les place au-dessus de lui. C’est la séparation entre le fantôme et l’individu qui donne son sens à ce que l’on nomme le sacré (sacer en latin, qui signifier «coupé, séparé»). Est sacré tout ce qui est séparé de l’individu et placé au-dessus de lui. Si les idées sont miennes, je peux me battre pour les défendre. Mais en me battant pour elles, c’est en réalité pour moi-même que je me bats, pour ce qui m’appartient et non pas pour une cause extérieure à moi, un principe moral auquel je dois me sacrifier.

Moralité et jugement sont indissociables. La critique — même acerbe, même virulente — est essentielle à l’élaboration et à la rectification de notre analyse et notre pratique rebelle, mais le jugement doit être absolument éradiqué. Le jugement de valeur classe les individus en deux catégories: coupable et non coupable. Or, la culpabilité est une des armes les plus puissantes de la répression. Lorsque nous jugeons et nous condamnons les autres et nous-mêmes, nous agissons pour supprimer la révolte — ce qui est exactement le rôle de la culpabilité. Évidemment, cela ne signifie pas que nous ne devrions pas détester ou même souhaiter la mort de quiconque. Cela veut plutôt dire que nous devons reconnaître ces sentiments comme une passion personnelle et non un élan moral. La critique radicale naît des expériences réelles, des activités, des passions et des désirs des individus et a pour objectif de libérer l’esprit de révolte. Le jugement provient quant à lui de principes et d’idéaux situés à l’extérieur de nous-mêmes; son objectif est de nous enchaîner à ces idéaux. Chaque fois que des espaces et des moments anarchiques ont pu exister, le jugement a eu tendance à disparaître temporairement, libérant ainsi les gens de la culpabilité, comme lors de certaines émeutes où des gens qui toute leur vie ont appris et intériorisé le caractère sacré de la propriété se mettent à piller joyeusement. La morale a besoin de la culpabilité; la liberté exige son élimination.

Mais ce n’est pas tout. La morale est aussi une source de passivité. Au cours de ma trop courte vie, j’ai pu étudier plusieurs situations anarchiques à grande échelle et même vivre personnellement quelques petites bribes limitées et fugaces d’anarchie. Chaque fois, l’énergie finit par se dissiper et la plupart des participants retournent à la non-vie qui était la leur avec l’insurrection. Ces événements montrent que, malgré la puissance du contrôle social, il y a toujours possibilité d’adopter la ligne de fuite. Mais le flic dans notre tête — la morale, la culpabilité et la peur — est toujours là, jour et nuit, à nous surveiller. Chaque système moral, même les plus libéraux, établit par nature des limites à nos possibilités, des contraintes à nos désirs. Ces limites n’ont rien à voir avec nos propres capacités; elles proviennent d’abstractions qui ont pour fonction de nous empêcher d’explorer notre potentiel. Dans le passé, lorsque l’anarchie s’est présentée, le flic dans notre tête a toujours épouvanté les rebelles, a toujours pu les dompter, les mater et les obliger à battre en retraite, à retourner bien sagement dans la sécurité de leur cage. Et l’anarchie a toujours disparu.

Cette constatation est cruciale puisque l’anarchie n’apparaît pas comme ça, de nulle part. Elle naît de l’activité de gens frustrés par leur non-vie. Il est possible pour chacun d’entre nous à n’importe quel moment de créer une telle situation. Évidemment, un tel geste serait la plupart du temps tactiquement idiot, mais ça n’enlève rien à sa possibilité. Pourtant, nous semblons tous et toutes attendre patiemment que la liberté nous tombe du ciel — et lorsque la situation se présente, nous n’arrivons jamais à faire durer l’expérience bien longtemps. Même ceux et celles d’entre nous qui ont consciemment rejeté la morale sont hésitants, s’arrêtent pour examiner chaque geste et chaque action, terrorisés par les flics même s’il n’y a pas l’ombre d’un flic dans les parages. La morale, la culpabilité et la peur agissent comme un flic dans notre cervelle en détruisant notre spontanéité, nos passions, notre capacité même à vivre pleinement notre vie.

Ce salaud de flic va continuer de supprimer notre désir de vivre et notre révolte jusqu’à ce que nous apprenions à prendre des risques. Je ne dis pas qu’il faut prendre des risques stupides — aboutir en prison ou à l’asile n’est pas ce que je considère comme une expérience libératoire — mais sans risque, il ne peut avoir d’aventure; il ne peut tout simplement pas y avoir de vie. L’activité qui naît de nos passions et de nos désirs et non de tentatives de se conformer à certains principes et idéaux ou encore à se conformer aux normes d’un groupe particulier (même anarchiste!) est la seule façon de créer une situation anarchique, la seule façon de s’ouvrir à une vie limitée uniquement par nos propres capacités. C’est la seule façon d’aller au bout de nous-mêmes.

Évidemment, ceci exige que nous apprenions à exprimer librement nos passions, un talent qui ne peut être développé que par la pratique. Lorsque nous ressentons du dégoût, de la colère, de la joie, du désir, de la tristesse, de l’amour ou de la haine, il est impératif de l’exprimer. C’est loin d’être facile. La plupart du temps, lorsque vient le temps de le faire, j’adopte moi-même les comportements dictés par mon identité et le contexte social dans lequel je me trouve. Quand j’entre dans un magasin, je suis submergée de dégoût pour tout le processus des relations économiques, mais je paie et je remercie poliment le commis avec qui j’entre en transaction. Si au moins je lui offrais mon meilleur sourire pour couvrir un vol à l’étalage, ce serait plus rigolo, puisque j’utiliserais mon intelligence et mon charme pour obtenir ce que je désire. Mais non, je ne fais que me plier aux ordres du flic dans ma tête. N’ayez crainte, je me soigne; mais il me reste tellement de chemin à parcourir! J’essaie de plus d’agir selon mes pulsions spontanées sans me soucier de ce que les autres vont penser de moi, de laisser libre cours à mon imagination, à ma créativité. Je ne suis pas assez sotte pour croire qu’agir ainsi me rendra infaillible ou m’empêchera de faire des erreurs regrettables. Mais je suis certaine de ne jamais commettre des erreurs aussi funestes que celles que l’on fait lorsqu’on accepte l’existence de mort-vivant que l’obéissance à l’autorité, ses règles et sa morale engendrent. Je le répète: la vie sans risque, sans la possibilité de commettre des erreurs, n’est pas la vie. Ce n’est qu’en prenant le risque de défier toutes les autorités que nous pouvons espérer vivre pleinement.

Je refuse toutes les contraintes qui pèsent sur ma vie. Je veux que soient ouvertes toutes les possibilités pour que je puisse créer ma propre vie, en tout temps. Ce qui signifie saboter tous les rôles sociaux et abandonner la morale. Quand un anarchiste ou un quelconque révolutionnaire se met à me prêcher ses principes moraux — que ce soit la non-violence, l’écologie, le communisme, le militantisme ou même le plaisir obligatoire — j’entends un flic ou un curé, et je n’ai rien à faire avec ce genre d’individu, à part bien sûr les défier.

J’ai assez de flics dans ma tête — sans compter ceux qui grouillent dans les rues — pour avoir envie d’en inviter d’autres, même s’ils sont anarchistes patentés et vaccinés.

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32 commentaires pour “Le flic est (aussi) dans notre tête”

  1. Phy. ajoute:

    Vos propos sur l’anarchie sont toujours aussi intéressants, Anne. Et ce d’autant plus qu’ils font montre d’une grande lucidité par rapport à vous-même.

    Je ne partage pas cet idéal mais exprimé par vous il m’a toujours semblé respectable. Et puis il éclaire singulièrement toutes vos frasques, qui sont avant tout la mise en pratique immédiate de cette prise de risque revendiquée, dans un domaine où vous risquez peu la prison… J’ai cependant l’impression que vous êtes devenue plus sage depuis quelques mois, est-ce la maternité ? La fidélité envers Simone ?

    L’amour est-il le plus grand flic de l’anarchie ? Ce serait intéressant de creuser cette question…

  2. tock ajoute:

    Tiens, pas mal…

    C’est vrai mine de rien qu’il y a de l’anarchie chez Kessel ou H de Montfreid … La vraie, celle qui n’est pas donnée à tout le monde. Celle qui n’a pas besoin de flic et de curé pour exister. Celle qui confronte nos peurs avec l’idée que tout est possible. L’ironie du truc c’est que les grands anarchistes font les meilleurs chefs, les meilleurs leaders, les meilleurs flics parfois. Les hommes libres sont souvent suivis par les moutons. Et les choses sont bien, ainsi.

    Mais je ne comprendrai jamais que pour prendre des risques, on en viennent à faire une théorie anti-curé. Quelle perte de temps. Quelle immaturité.
    L’anarchie moraliste, c’est un peu comme d’adolescence de la vie. On engueule son père parce qu’on a peur de sauter du nid.
    Un sourire pour un vol à l’étalage ? Allons, vous n’avez plus 14 ans… J’ai l’impression que vous définissez une bonne anarchie pour pratiquer la mauvaise. Seulement définir la liberté pour ne pratiquer que la rébellion.

    Par rapport à l’aventure, au risque et au défi, je me demande ce que AA pense de l’idée de destin.
    Si même ce mot l’intéresse. Mektoub comme ils disent dans le désert…
    Hein, pourquoi s’emmerder à se battre quand on peut être libre sans ?
    Que Dieu vous garde.

  3. oldcola ajoute:

    PACS 164A ;-)

    :-D

  4. Professeur Y ajoute:

    L’horizon de votre sottise est-il donc indépassable? Il ne peut pas y avoir QUE du désir; cette exigence, cette règle, cette loi, la plus implacable et la plus dure de toutes (et par votre dérobade infinie ne fait que la pousser devant vous) conduit tout droit à la folie ou à la dépression. Et aussi, et surtout: vous croyez que vos désirs vous appartiennent, vous croyez même qu’ils sont ce qui vous appartient le plus, que rien ne saurait être plus à vous, que tout ce qui les entrave, par conséquent, que ce soit dans votre tête ou ailleurs, doit vous inspirer de la méfiance et de l’hostilité. Mais pas du tout! Nos désirs ne nous appartiennent pas! Nous les empruntons à autrui (lisez sur cette question René Girard, un penseur que notre époque romantique peut à peine comprendre). C’est pourquoi on ne peut chercher à être libre sans se méfier D’ABORD ET AVANT TOUT de ses propres désirs.

  5. Anne Archet ajoute:

    Y,

    (Vous voyez, j’ai la gentillesse de ne pas vous nommer.)

    Pourquoi perdez-vous votre temps à écrire à une sotte? N’avez-vous pas des formulaires de demande de subvention à remplir?

    Il me ferait plaisir de polémiquer avec vous, connaissant votre intelligence et malgré (et oui, j’en suis convaincue) l’étroitesse de vos lectures. Mais je ne le ferai pas parce qu’il est impossible de discuter avec quelqu’un dont l’argument principal est de vous traiter de conne.

    Et puisqu’il est question de style plutôt que d’argumentation, ne croyez pas que le genre «imprécateur réac» est à la page maintenant que celui de «l’anarcho-désirante deleuzienne» ne l’est plus. Votre date de péremption est passée depuis plus longtemps que la mienne.

  6. Phy. ajoute:

    J’avoue humblement que les propos du Professeur Y ne me semblent pas dénués de sens… mais votre réponse, Anne, est totalement justifiée, jamais je n’aurai la prétention de vous insulter parce que je ne partage pas vos idées. Professeur, effectivement, votre forme dessert votre fond. Je me demande bien en quoi vous pouvez professer, mais je plains vos élèves, et j’applaudis Anne dont la réponse est sage, mesurée et intelligente.

  7. Professeur Y ajoute:

    Mlle Archet,
    Je plaide coupable à l’accusation d’être un imprécateur, et je m’en excuse; on ne se refait pas, et j’ai toujours été un « émotif ». Quant à « réac », je suis convaincu qu’on ne peut véritablement penser notre époque sans accepter de passer pour un réactionnaire, ce qui n’est pas tout à fait la même chose que d’en être un. Il ne s’agit d’ailleurs pas de céder à une mode, mais simplement de consentir à un véritable effort de compréhension. Enfin je veux bien retirer la première phrase de ma dernière intervention, mais l’évocation de votre sottise, si j’avoue qu’elle était injustifiée (vous n’êtes pas une sotte, loin s’en faut) n’était pas non plus mon « argument principal »; donnez-vous la peine de réfléchir à ce qui vient après, et si vous le voulez bien répondez moi sur le fond. Je vous promets d’être plus courtois, et de vous en dire un peu plus long sur mes étroites lectures.

  8. Maphto ajoute:

    La théorie de René Girard est intéressante, mais elle me semble limitée. Tout d’abord, malgré la présence du médiateur, la conception du désir est essentiellement celle d’un manque négatif, sans doute d’inspiration platonicienne. Pourtant, chez Spinoza, et encore plus chez Deleuze comme nous le savons, le désir est plutôt vu comme une force positive, productrice de réalité. Deuxièmement, cette théorie, essentiellement littéraire, semble beaucoup liée à une justification de la littérarité d’À la recherche du temps perdu de Proust.

    Le commentaire de madame Archet sur la culpabilité est très intéressant. J’y vois un peu ce que Freud dénonce dans son livre Malaise dans la civilisation. Malgré tous les discours moralisateurs et dégradants envers le corps, l’existence humaine est essentiellement liée au plaisir.

    « Que l’homme est né pour le bonheur, Certes toute la nature l’enseigne » – Les nouvelles nourritures, André Gide.

    Dès lors, s’ouvrir à toutes les possibilités, refuser la culpabiliser, la morale, l’asservissement à une quelconque idéologie, c’est une façon de vivre pleinement, intensément et surtout librement. Personnellement, je pense que c’est un choix rationnel lié à la volonté de puissance nietzschéenne, tout en étant un retour à l’être de l’être humain, à sa véritable nature qui cesse d’être refoulée, culpabilisée, gâchée une société disciplinaire et hiérarchique n’ayant pas à coeur le bonheur individuel de ses citoyens.

  9. sammy ajoute:

    Allo Anne, je ne souhaite pas continuer sur les lignes avancées ici (je dois avouer que je ne connais pas tant les grands philosophes), mais je prends toujours beaucoup de plaisir à lire vos textes (surtout ceux liés à l’anarchisme). En tant qu’anarchiste, ces textes m’apparaissent souvent comme des « méditations » à savoir si mes actions ont quelques liens avec mes idées. Bien sûr, ces méditations sont un peu comme un flic, bâtissant ses idées sur les arguments les plus solides, semblent-elles. Mais, « ce flic » n’a pas grand pouvoir contre moi et semble presque naturel dans les relations sociales(diffusion d’idées). Votre forme de pensée semble s’opposer à une forme plus mouvementiste de l’anarchisme ou bien la voyez-vous en complémentarité? Aussi, quel sont vos idées en rapport au « courant » mouvementiste chez les anarchistes.

  10. tock ajoute:

    N’empêche que si Y n’était pas là, il n’y aurait pas débat.

    Le désir est forcémment un problème. Jamais une solution car quant il n’est pas un problème, il est, tout simplement.
    Après considérer que tout désir est forcément bon, c’est de l’angélisme (ce serait un comble, pour vous…).
    Or, nous ne sommes pas des anges.

    Moi ce ne n’est pas le dégout pour le processus économique qui me prend.
    Mais le dégoût pour l’acheteuse, la désireuse.
    Elle est de trop, ne sert à rien.

    Mais elle est là, toujours.
    Eternelle.
    Et toujours, il faut l’extirper.

  11. Romook ajoute:

    Chère Mlle Archet,

    J’ai l’habitude de naviguer sur vos pages où respire plusieurs parfums que j’apprécie : intelligence, culture, érotisme, humour…

    Je lis votre texte et m’interroge. N’y a-t-il pas un postulat paradigmatique derrière votre texte qui pose un problème sérieux à sur votre notion de l’anarchisme ?

    Vous vous révoltez contre un « flic intérieur », une morale qu’il faudrait combattre, sous prétexte d’être véritablement libre. Or, l’anarchisme est une théorie politique destinée à proposer un modèe de société. Pas un modèle de développement personnel (à moins que je n’ai mal compris).

    Lorsque Kant établissait la nécessité du droit dans une société, il le faisait en regrettant que le fait que l’on ne puisse pas trouver d’individu suffisamment « vertueux » qui sache mettre en opposition ses désirs individuels avec ceux de la collectivité, que ce difficile équilibre devait donc être régulé par le droit – et sa légitime sanction – simplement pour permettre d’assurer l’égalité entre les individus dans la collectivité.

    Il me semble que l’un des objectifs de l’anarchisme est de permettre une réalisation de la liberté des individus par la libération des règles d’origine légales et de toute forme de domination exercée sans aucun titre (puisque l’Etat n’est pas légitime dans cette théorie).

    En conséquence, pour éviter de se retrouver dans un état où « l’homme est un loup pour l’homme » (provocation en forme de clin d’oeil, je l’admets), cela nécessite que les anarchistes vivent avec un haut degré de conscience collective et que chacun n’agisse pas en vue de son objectif individuel, personnel et égoïste (je parle de chaque anarchiste). D’après votre texte, j’ai la sensation que vous considéreriez que ce type de raisonnement serait encore un « flic dans la tête ».

    Mais à partir du moment où vous le choisissez, et savez que personne ne peut vous contraindre à suivre ces règles, vous exercez votre liberté. Il ne s’agit en aucun de la servitude volontaire de La Boétie. Le tout est de choisir, c’est-à-dire avoir conscience qu’à tout moment vous pouvez faire le contraire car personne ne peut vous en empêcher…

    Par exemple, si on prend les règles de courtoisie, qu’est-ce qui me retient de dire à mon interlocuteur que ce qu’il dit est complètement con lorsque je le pense ? Le fait que des individus autour de moi me regardent et me jugeraient « offensant », « idiot », « comique » ou que sais-je encore d’autre ? Ou est-ce simplement parce que je pense que « ce n’est pas bien » ou que « ça ne se fait pas » ?

    En général, c’est simplement la fainéantise qui me retient. Si je ne crains pas de conséquences particulières, je peux même le dire franchement, en toute simplicité, comme si je faisais un acquiescement fatigué du type « Ah?! C’est intéressant. » Je sais que je peux le faire, en toute circonstance. A quoi bon le démontrer à tout instant… Pour qui ? Pour moi, je le sais. Pour les autres, ce n’est pas en fonction d’eux que j’agis.

    Pour ma part, je me sens libre – si ce n’est que quelques contraintes légales françaises qui m’obligent à taire certaines choses et comme je tiens à ma profession, je m’y soumets – et la question que je me pose souvent, c’est de savoir ce que feraient les anarchistes si on leur donnait la liberté à laquelle ils aspirent avec tant de fureur ? Que ferait-il de plus qu’aujourd’hui ?

    Ainsi, il me semble que l’anarchisme est une théorie politique corrosive des autres et permettant d’être un contrepouvoir idéologique permanent. Mais, dans son application pratique, je ne suis pas sûr qu’elle puisse s’appliquer à autre chose qu’un tout petit groupe d’ndividu.

    A titre d’exemple, la seule société véritablement anarchiste dont j’ai entendu parler se situe dans le sud de l’indonésie, dans une petite île. Malheureusement, j’en ai perdu le nom et n’arrive pas à le retrouver (je serai d’ailleurs extrêmement reconnaissant à toute personne de me donner ce nom qui m’aiderait beaucoup dans des recherches anthropologiques sur la naissance du droit). Les Jivaros sont aussi un exemple à méditer avec leur notion de propriété collective, même s’il reste un système de hiérarchie sociale.

    Par ailleurs, si j’ose faire un parallèle avec les clubs échangistes, là où la liberté semble être le maître mot, le respect du partenaire et de ses désirs est bien une limite à laquelle on se soumet. A aucun moment je n’ai ressenti ça comme une privation. Mais, ça doit être mon côté « romantique ».

    J’ose espérer que vous m’éclairerez sur ces différents points, car je sens confusément que certaines choses m’échappent. Je n’ai pas votre culture sur la question. S’il le faut, renvoyez moi àdes ouvrages afin que je complète ma réflexion.

    A vous lire.

    Romook

  12. Professeur Y ajoute:

    Votre silence me déçoit, Mlle Archet, et j’ai envie d’en conclure que vos professions de foi anarchistes, qui se présentent toujours sous l’aspect irréprochable d’une quête de liberté, cachent en réalité un irrépressible besoin d’être approuvée, félicitée, admirée. Des mutins de Panurge (Philippe Muray); voilà le public auquel vous vous adressez, c’est-à-dire des gens comme vous, qui pensent exactement comme vous, qui comme vous se disent libres, subversifs, décomplexés, affranchis de tout ou en voie de l’être, et qui pourtant ne sont pas affranchis du besoin de se rassurer en étant toujours d’accord les uns avec les autres. Le monde tel qu’il va me semble avoir un bel avenir devant lui avec des « révolutionnaires » de cette farine! Bien sûr il n’en tient qu’à vous de me prouver que vous valez mieux.

  13. Mistral ajoute:

    Romook, s’il-vous-plaît, n’exagérez pas votre modestie. Il y a plus de compréhension des notions élémentaires de l’anarchisme dans chacun de vos paragraphes que dans tout ce salmigondis sophistique que ne signe pas AA. Ses essais ressemblent de plus en plus à des diatribes de Lyndon LaRouche. Le Professeur Y, en voilà un autre qui semble s’y entendre: j’aurais aimé le lire davantage, mais l’anar n’a pas répondu à son invitation.

    Signer, c’est le premier acte libre, et l’ultime défi à tous les flics, in or out of your head. Tu ne signes pas. Et tu nous inciterais à abdiquer notre jugement? À vivre dans un monde où les gens comme moi seraient libres de bouffer les gens comme toi sans crainte de représailles? Tu n’es plus anarchiste depuis un bail. Tu veux exciter un chaos, un déluge avant de tirer ta révérence. Tu te dissimules sous six couches de mensonges et de secrets et tu oses appeler à la révolution. Ça t’arrangerait bien, qu’on la fasse à ta place.

    L’idée de morale n’est pas obsolète, ne t’en déplaise. Ne pas coucher avec la femme de son chum, c’est toujours une bonne idée. Ne pas chier dans son nid. Ne pas croasser sur la liberté si on a la chienne de s’identifier.

  14. Anne Archet ajoute:

    Vous n’allez sûrement pas le croire, mais imaginez vous que je ne me consacre pas chaque minute de mon précieux temps à lire vos trucs. Alors si vous voulez des réponses, va falloir apprendre à être patients.

    Bon, commençons par Y.

    Je retire l’insulte gratuite au sujet de vos lectures. C’était stupide, surtout que je ne vous connais pas. Je vous mentionne toutefois que, pour ma part, je ne me suis jamais contentée de lire les auteurs avec qui je suis d’accord; c’est une manie que j’ai attrapée dieu sait où. Voilà pourquoi j’ai lu Muray et surtout Girard — probablement pas autant que vous, soit, mais je les ai quand même lus. D’ailleurs, compte tenu de la popularité actuelle de Girard dans les milieux universitaires, je me dis que notre époque romantique ne le comprend peut-être pas, mais n’hésite pas à le citer et à l’apprêter à toutes les sauces.

    Maphto m’a enlevé les mots de la bouche. Le désir n’est pas un manque, mais une production. Une production immanente. Je n’ai aucune envie de faire ici une analyse comparative de l’Anti-Oedipe et Des choses cachées depuis la fondation du monde. Je dirai en fait une seule chose: les thèses de Girard sont incompatibles avec le monisme matérialiste et ça me cause bien des problèmes.

    Ce qui me fatigue, c’est que vous ne prenez pas vraiment la peine de me lire. L’idée que vous vous faites de moi vient directement de vos auteurs favoris. Je ne suis pas une gauchiste de salon — je n’ai pas de salon et je suis loin d’être gauchiste. Fuck, je ne suis même pas anarchiste comme la plupart des anarchistes l’entendent et encore moins révolutionnaire! Si vous voulez absolument me classer, placez-moi parmi les anars individualistes — avec Stirner, Palante, E. Armand, Hakim Bey… Évidemment, vous ne connaissez pas, et je ne vous en veux pas: personne ou presque ne connaît. Mais si vous connaissiez, vous sauriez que les anars individualistes sont si minoritaires qu’ils abandonnent assez vite toute velléité d’être rassurés en étant en accord avec quiconque. Faites le test: combien de mes commentateurs sont de mon avis? Si je voulais communier avec la masse, je serais de centre gauche, moralisatrice, démocrate et environnementaliste (mais pas trop). Je prendrais position contre la commission Taylor-Bouchard et je pleurerais sur le sort de la petite Cédrika. Et surtout, je n’irais pas écrire des trucs qui me valent essentiellement des insultes de la part d’inconnus dont je n’ai que faire et qui en rajoutent une couche parce que je ne réponds pas assez vite à leurs critiques.

    Le plus drôle, c’est que vous me reprochez des trucs qui ne font pas partie de mon discours. Comme le projet utopique de changer la société, de faire la révolution, et ainsi de suite. Et lorsque vous me reprochez dans un commentaire d’avoir un fonds chrétien et que vous citez Girard dans un autre, ça me fait franchement rigoler.

    Maintenant, Mistral.

    Me comparer à Lyndon Larouche? Come on! Faut-il vraiment que je réponde à une telle niaiserie? ProfY a au moins la gentillesse de m’insulter avec érudition et intelligence; c’est un adversaire que tous voudraient avoir. Votre commentaire est indigne de votre intelligence et voilà pourquoi je n’y répondrai pas. (Vous voyez? Moi aussi je peux jouer à ce petit jeu.)

    Autre chose. La raison pourquoi je préfère l’anonymat, c’est pour avoir la paix et surtout, ne pas avoir à croiser des individus immensément talentueux mais irrespirables qui s’imagineraient que je leur dois quelque chose sous prétexte que j’écris tous les deux jours sur internet. Si ça vous choque que j’écrive, je peux toujours revenir à mon idée première et garder mes trucs pour mon tiroir. En ce qui me concerne, c’est kif kif. Voyez-vous, je n’ai aucune ambition de produire une oeuvre et je ne cherche aucunement l’exposure médiatique — ce qui, vous l’admettrez, nous distingue fondamentalement (outre votre talent, que je n’ai évidemment pas). Tenez, j’ai une meilleure idée: cessez de me lire, tout simplement. C’est facile, il se passe tant de trucs intéressants sur les autres chaines.

    Si le milieu littéraire est à votre image, alors je suis vachement contente de me terrer dans mon trou.

    Oh, et cessez d’importuner K, il n’a rien à voir avec moi.

  15. tock ajoute:

    Mais c’est quoi la conclusion de tout ce fatras ?

    Je ne retiendrai de tout ça que le plus ou moins rapport entre la pré-définie anarchie et l’idée de risque. D’aventure.
    Me plait bien ça… Que d’étiquettes et de cases menacées par ces simples mots.

  16. pHiLoGrApH ajoute:

    Si je me mets à ta place, Mistral, je comprends volontiers ce désir de signer, c’est-à-dire de s’engager, de revendiquer une profession de foi. Ta signature, c’est ta fiche de paie : c’est l’adresse où l’on doit envoyer les sous quand tes écrits font soleil et, comme tu oses admirablement l’attaque frontale dans cet aujourd’hui de paroles molles et tempérées (façon Big Mac – et moi ici), c’est également la cible où l’on doit taper la cognée quand tes écrits font de l’ombre.

    Personnellement, je n’ai jamais cru au débat d’idées, c’est-à-dire à l’intérêt du combat entre individualités par les idées. Si une idée ne se suffit pas à elle-même, si elle ne contient pas le germe de conviction qui lui permettra d’infecter les esprits sans le secours des cris, de la finasserie, ou de l’autorité (comme peut l’être parfois une signature), à quoi bon lutter contre la sélection naturelle ?

    Signer n’a vraiment de sens qu’au bas d’une attaque ou d’une insulte. Archet propose au bon sens qui dispose, n’attaque personne sinon celui qui se prend au jeu de la réplique méchante, au pire prend-elle posture pour ceux quis ont prêts à aduler des origamis. Ses écrits auraient-ils plus ou moins de force si l’on savait qu’en fait, elle est un gros loukoum génétiquement modifié doué de raison ?

  17. Kevin ajoute:

    Réflexion:

    Lorsqu’un objet est acquis par vol a l’étalage (par exemple), n’est-ce pas dépendre de la société pour répondre a un désir?
    Sinon, ce n’est qu’un acte de révolte contre la société, donc n’est-ce pas là un désir créé par la société même?

  18. Romook ajoute:

    Cher Kevin,

    Concernant le vol à l’étalage, en droit français – mais je pense ne pas en tromper en affirmant que la plupart des systèmes juridiques fondés sur le droit romain possède le même mécanisme – il faut savoir qu’il y a l’exception de l’état de nécessité. Celle-ci est notamment invoquée lorsqu’il s’agit d’une nécessité impérieuse, par exemple, la faim d’une personne en grande précarité sociale. Elle permet d’éviter une condamnation pour vol. C’est une justification légale. Ainsi, le droit n’est pas aussi rigide qu’on veut bien le faire croire.

    Je veux simplement dire, avec cet exemple, que les problèmes posés dans une trop grande généralité sont porteurs de discussion à l’infini. Si la notion de désir semble avoir été développée et travaillée à l’extrême dans nos sociétés occidentales modernes, elle n’est malgré tout pas née dans ces dernières. Elle préexistait avant.

    Dans tous les cas, je ne pense pas qu’un vol à l’étalage puisse être interprété comme un acte de révolte. Je pense que le refus de payer l’impôt est un acte de révolte bien plus fort puisqu’il est dirigé directement contre la société. On ne peut d’ailleurs pas évoqué l’état de nécessité d’ailleurs (tout au moins à ma connaissance en droit français : ce qui est sûrement porteur de sens également).

    Mlle Archet, dans votre réponse, je vois que vous citez des auteurs qui me sont inconnus. Je les lirai donc.

    Je ne comprends pas trop la virulence des propos échangés ici… Peut-être que vous vous connaissez tous dans une vie réelle. En tout cas, vu de l’extérieur, je vous confesse que c’est assez étrange.

  19. tock ajoute:

    La virulence vient peut-être du fait que celle que fait du défi un projet (politique ou individuel, ça on ne sait toujours pas) se le voit renvoyé à la figure dans l’instant. Logique, pour le moins. Et pourquoi pas ?

    Car n’est ce pas amusant, jouissif et désirable tant qu’à faire d’élever Melle AA au rang d’autorité ?
    Pour voir ce que ça fait. Une façon comme une autre de triturer l’idée… de digérer ce qui est dit.

    L’argument du vol à l’étalage semble voler en éclat … sauf que l’idée du vol comme stratégie semblait s’opposer à celle de la relation commerciale, mercantile… donc sans rapport avec l’objet volé qui ferait du désir une simple soumission au social.

    Bien sûr que le vol est un excellent ferment de désordre et de chaos ! La question du désir n’est pas le problème, l’objet du vol n’est pas en jeu. Il s’agit de foutre en l’air la société, comme AA nous l’a raconté il y a peu … Pas spécialement de s’enrichir.

    Mais, c’est là ou moi je ne pige pas.

    D’une part détruire la société me semble une motivation supecte. Je ne vois pas bien comment préserver au passage, la littérature par exemple, qui émane directement, ou par opposition, du social. Détruire le social, c’est détruire le mot, le sens. Sans social, il n’y a que du vide (c’est d’ailleurs bien notre problème au passage, mais c’est une autre affaire).

    Ensuite, voler ne menace en rien le flic, au contraire, ça le légitime.

    Il y a un véritable problème de (distinction du) projet dans l’anarchie.
    Le flic et la société n’ont aucun rapport. Ils sont mêmes des contraires. Le contrôle administratif est le contraire du contrôle social que je sache, non ? Par quel miracle l’anarchie propose une lutte commune ??? Confondre les autorités sous prétexte qu’elles sont l’Autorité, c’est comme faire d’AA un flic de plus… C’est ne pas voir les différences qui imposent des théories et des stratégies distinctes. L’Autorité n’existe pas, autrement que comme concept. S’en servir comme d’un tout unique est trop facile, trompeur et vain.

    Le vol ne menace que les sociétés, ce qui est précisemment le plus contestable dans l’idée d’anarchie.
    Par contre, il va remplir les écoles de Police.

    En revanche, entre la volonté d’amélioration de l’individu et la destruction du social, il y a encore une fois cette sombre idée du risque … Sa disparition, en tout état de cause, semble devoir être constatée. Notre société promeut l’assurance à outrance. Ce n’est pas le cas de toute les sociétés ….

    C’est cette tendance là, de notre société à nous, qu’il conviendrait pour ma part de contrer.

    Qu’est devenue, mon Dieu, l’idée d’aventure aujourd’hui ?
    Votre anarchie s’intéresse-t-elle au moins à la chose ? A la limite, j’en doute.

  20. anonymat eponyme « Pegase ajoute:

    [...] je pense que Philo n’a pas pris le problème du bon angle, que Anne Archet ne se rend pas contre qu’elle a craché à la figure de [...]

  21. Anarchiste ajoute:

    Le flic est (aussi) dans notre tête, Anne Archet :
    <>

    La morale anarchiste, Pierre Kropotkine

  22. alexandre.prijean@hotmail.fr ajoute:

    Je vois pas pour quoi elle voudrait faire la révolution. Z’avez pas lu sa bio? Il y est marqué noir sur blanc qu’elle est rentière.

    Il lui reste plus qu’à continuer à se libérer de ses blocages intérieurs, le seul moyen de coercition qu’à la société sur elle, ses habitus en somme. Comme les aristocrates et autres aimés des dieux de la grèce antique. Pas besoin de sortir une artillerie anti anarchiste pro anarchiste, ou je ne sais quoi d’autre pour se justifier. C’est le souhait de tous les hommes de devenir plus libre, même si il part de beaucoup de liberté. Et ce souhait est beau.

    attention tout de même à ce que d’autres viennent en grand nombre réclamer ce droit.

  23. Zhom ajoute:

    Insert here: A little joke, a kind word and a kiss.

    (What’s wrong with you people?)

  24. Professeur Y ajoute:

    Mlle Archet,
    Le désir, une « production »? Je ne comprends pas ce que ça peut vouloir dire. Il me semble qu’il faut ne jamais avoir désiré pour considérer le désir comme autre chose qu’un manque. Et il faut n’avoir jamais réfléchi au désir pour le confiner à l’immanence. Je ne peux là-dessus que vous renvoyer à Girard, dont toute la pensée est contenue dans cette phrase : « Tout désir est désir d’être. » Elle mérite d’être méditée longuement, si vous voulez mon avis.
    Je ne sais trop si les milieux universitaires sont représentatifs de notre époque, ni si les universitaires qui lisent Girard, en supposant qu’ils l’aient compris, sont représentatifs des milieux universitaires; mais le jugement que je porte sur notre époque en la qualifiant de « romantique » est sans appel. Et même si vous n’êtes pas une « gauchiste de salon » (je ne me souviens d’ailleurs pas d’avoir dit, ni insinué, ni même pensé une chose pareille), les idées que vous défendez font de vous une représentante exemplaire de ce romantisme. Vous faites beaucoup d’effort pour vous distinguer de la droite, de la gauche, de telle ou telle mouvance anarchiste, de la rumeur publique, mais au fond vous ne faites qu’en rajouter dans le sens indiqué par le romantisme moderne, c’est-à-dire dans le sens de l’émancipation de l’individu, dont il est de plus en plus évident qu’elle est depuis le départ, et n’a jamais cessé d’être, parfaitement illusoire. Ne voyez-vous pas que nous vivons dans un monde où les individus, ne sachant même plus de quoi ils devraient s’affranchir, cherchent du regard, assez comiquement il faut bien le dire, des flics et des curés auxquels ils pourraient faire des grimaces? Certains sont même prêts à ressusciter le cadavre de la religion catholique pour se payer le frisson d’une apostasie en bonne et due forme! À force de vouloir être plus moderne que les modernes, vous vous enfermez dans un drôle de paradoxe; vous voulez abolir les curés, mais vous comprenez bien que cette exigence doit être assortie d’une mise en garde, sans laquelle elle pourrait faire de vous un nouveau curé. Peut-être avez vous songé que cette mise en garde elle-même comportait exactement le même risque? Qu’à cela ne tienne, me direz-vous, il suffit d’y annexer une nouvelle mise en garde, et ainsi de suite ad infinitum. Permettez-moi de trancher la question une bonne fois pour toutes, et de vous aider à sortir de ce fâcheux cercle vicieux : vous êtes bel et bien un curé. Un curé sans soutane, mais un curé quand même, et très chrétien par-dessus le marché, croyez moi. Car cette course folle vers la liberté posée comme valeur absolue et dès lors vidée de tout contenu a pris naissance dans l’Occident chrétien, et nulle part ailleurs. Incidemment, vous m’avez mal lu : je ne vous ai pas reproché d’avoir un fond chrétien, mais simplement de l’ignorer. Voyez comme votre anti-christianisme primaire vous aveugle; vous êtes incapable de voir dans ce mot (qui, ne vous en déplaise, désigne une civilisation) autre chose qu’un reproche!

  25. Anne Archet ajoute:

    Je vais vous répondre tout de suite avant de me faire accuser d’être lâche et de fuir le débat (même si je doute fondamentalement de l’utilité du débat, nos subjectivités respectives m’apparaissant incommensurables).

    Je suis désolée, mais en disant que vous ne pouvez comprendre que le désir est une production, c’est vous qui montrez que vous avez peu réfléchi sur le sujet — et surtout que vous vous êtes limité à Girard dans vos lectures. Je ne voudrais pas vous asséner un cours de philo 101, mais pour Spinoza, par exemple, le désir n’est pas subordonné à son objet; il précède l’objet et le produit. Autrement dit, le désir, selon lui, est producteur de valeur («Nous ne désirons pas une chose parce qu’elle est bonne; nous la jugeons bonne parce que nous la désirons.»). À la suite de Spinoza, Deleuze souligne le caractère positif du désir. Il est, selon lui, productif de réalité, industrieux. Ainsi, l’inconscient est une machine à produire du désir, et le désir toujours une construction.

    Vous citez Girard, à moi de citer Deleuze:

    «On nous objecte qu’en soustrayant le désir au manque et à la loi, nous ne pouvons plus invoquer qu’un état de nature, un désir qui serait réalité naturelle et spontanée. Nous disons tout au contraire : il n’y a de désir qu’agencé ou machiné. Vous ne pouvez pas saisir ou concevoir un désir hors d’un agencement déterminé, sur un plan qui ne préexiste pas, mais qui doit lui-même être construit. Que chacun, groupe ou individu, construise le plan d’immanence où il mène sa vie et son entreprise, c’est la seule affaire importante. Hors de ces conditions, vous manquez en effet de quelque chose, mais vous manquez précisément des conditions qui rendent un désir possible.»

    En qualifiant l’époque de romantique, vous trahissez évidemment votre formation littéraire (vous avez pris le concept dans Mensonge romantique et vérité romanesque — en philo, on a plutôt tendance à comprendre le romantisme comme la remise en cause radicale de la rationalité et la réduction de la subjectivité à l’entendement). Mais surtout, vous laissez deviner que vous comprenez l’individu dans son sens libéral, en le considérant comme une abstraction à qui on accorde des droits, un être sans qualités singulières, équivalent à tous les autres individus, radicalement coupé de toute force ou de tout possible extérieur à ce qu’exige le système qui le produit et dont il est entièrement dépendant, que ce soit les lois du marché ou la logique électorale des démocraties. Le curé s’est effectivement effacé avec la sécularisation des sociétés occidentales, mais le flic est toujours là — et croyez-moi, pas besoin de dévier beaucoup pour l’avoir sur le dos. Dieu a tout simplement été remplacé d’autres fantômes — la Morale, la Société, la Nation, la Loi… et même la Liberté — devant lesquels l’être humain est tenu responsable. Il est donc tenu responsable des forces et des désirs qui le constituent réellement comme sujet et doit sans cesse les refouler, les vivre comme des réalités extérieures à lui-même, des réalités dangereuses et diaboliques qu’il se doit de rejeter pour ajuster son comportement à la norme.

    Malgré ce que vous en pensez, l’individu n’a pas à chercher longtemps la domination, puisqu’elle s’exerce sur lui continuellement. En tant que citoyenne libre d’une démocratie libérale — donc, en tant qu’abstraction — je suis soumise à tant de lois et à tant de dispositifs de contrôle, de surveillance et de répression qu’il m’est impossible d’espérer tous les connaître. Ma zone d’autonomie n’est pas sensiblement plus grande que celle de mes ancêtres, elle n’a fait que se déplacer. Elle se résume à des choix sur un mode binaire essentiellement liés à la consommation. Même la supposée révolution sexuelle n’a mené qu’à une série de choix d’identités binaires (homme ou femme, homosexualité ou hétérosexualité, célibat ou vie de couple, etc etc.) Aller ailleurs, c’est s’exposer à de funestes conséquences dont l’enfermement et la pauvreté ne sont pas les moindres. Penser que l’individu est arrivé au bout de la liberté, c’est avoir si bien intériorisé la contrainte qu’on la confond avec la licence.

    Outre le fait qu’il me semble assez risible de réduire l’occident au christianisme (un jugement hautement discutable si on s’intéresse un peu à l’histoire — quoique ça dépend toujours de ce que vous entendez par le mot « chrétien »…) je persiste à penser qu’il est hautement insultant de se faire traiter de chrétienne et surtout de curé. Pour être curé, il faudrait d’abord que j’aie l’ambition de jouer les directrices de conscience, de juger les actes, les intentions et les pensées de mes contemporains au nom de normes transcendantes et surtout de vouloir les corriger pour qu’ils se soumettent à un ordre extérieur. Les universaux et les normes transcendantes, je n’en ai rien à foutre. Ce qui m’intéresse, c’est d’être illimitée dans la limite, c’est d’aller au bout de moi même. Enfin, pour être curé, il faudrait que je sois idéomane, que je fasse la promotion de points de vue coupés de leurs conditions de production, fétichisés et atomisés, qui prétendent s’appliquer en soi, de façon absolue, en toute circonstance. Et ça, je ne le fais jamais. Vous pensez que je porte le drapeau de la liberté comme une Marianne aux seins nus sur un tableau de Delacroix? Détrompez-vous. Tout ce qui m’intéresse, ce sont mes propres nécessités, c’est mon désir d’être déterminée par sa propre nature, par l’ensemble des forces et des désirs qui me constituent réellement. Et ça, ce n’est ni posture, ni une coquetterie pour occidentaux blasés, ni un caprice de bobos en mal de sensations fortes. Ce n’est qu’une volonté de vivre.

  26. Mistral ajoute:

    Moi, comme de raison, je suis un cave sans instruction, mais il me semble que si le monde ne te visualisait pas comme une belle plotte cochonne aux yeux bridés, les réactions différeraient. Mais c’est juste moi, comme de raison.

  27. Francis ajoute:

    Tout d’abord permettez-moi de me présenter : je suis quelqu’un de relativement simple et je travaille comme ouvrier, ce qui par ailleurs ne m’empèche pas de penser librement et de m’intérresser de plus en plus à la philosophie, comme façon de penser ma vie et surtout de vivre ma pensée. Je pense humblement que le fait de ne pas avoir fait d’études dans le domaine ne rend pas mon avis moins légitime, mais peut apporter un regard et une expérience différents. Ce que vous écrivez, faute d’être toujours d’accord ou de tout comprendre, a le don de m’amener à la réflexion (mais pas du tout comme plaisir intellectuel solitaire éphémère et inutile)
    J’ai le sentiment que la réflexion que vous menez a ceci de ridicule qu’elle n’est possible qu’à la condition que vos besoins les plus essentiels soient comblés ; c’est à dire boire, manger, dormir, se soigner,… Je ne suis pas en train de parler de morale mais de tout ces besoins que nous avons tous! Or qui vous apporte ce dont vous avez besoin : votre société avec tout ces gens qui travaillent(surtout ceux qui travaillent de leurs mains), avec tout ces rôles sociaux qui nous enferment et desquels vous semblez vouloir sincèrement vous détacher, et je vous assure que je vous comprends, moi je joue le rôle du dominé, de celui qui travaille pour les autres… Vous parlez du choix que l’on a ou pas de dominer, d’utiliser les autres : sommes-nous réellement égaux dans ce domaine? Dans ma société (la petite Belgique) cela dépent fort de la famille dans laquelle on naît, et de l’argent, de la propriété et du statut, des relations qui vont avec, dont du pouvoir que l’on hérite, du « pouvoir à exercer un pouvoir sur les autres ».
    Je me pose la question : est-ce qu’alors la vraie vie, celle où l’on se débarasse du « flic dans la tête », comme vous l’entendez, est possible sans dépendre des autres du point de vue matériel, pragmatique, concernant vos besoins quotidiens de vous alimenter etc… L’alternative serait alors, pour vivre comme vous l’entendez, soit être une « grosse bourgeoise »(sorry) cynique qui vit sa liberté au mépris de celle des autres, qui croit avoir des besoins supérieurs et se croit alors autorisée à utiliser les autres, ce qui une violence qui en crée d’autres (aimez-vous la violence, désirez-vous mourrir?), ou soit de renoncer à dépendre des autres, pour pouvoir vivre pleinement votre liberté, mais alors vous dépendrez de vous-même, et devriez peut-être alors demander conseils aux quelques vieux Sioux ou Iroquois qu’il doit rester chez vous! Et même si le mode de vie nomade peut-être séduisant, vu la démographie à l’échelle mondiale c’est impossible. Vous imaginez tout les citadins à la campagne, quel désastre?
    Moi je pense qu’il est impossible d’être heureux sans accepter le réel, ici et maintenant. Et je pense aussi qu’il est impossible d’être heureux tant qu’on réve, qu’on désire sa vie, mais qu’il faut commencer à la vivre vraiment, vivre au lieu de désirer vivre, détaché du passé et de l’avenir, et je pense qu’on ne peut pas être heureux sans être le plus lucide possible. Le maximum de bonheur dans le maximum de vérité. Voilà, ce sont juste quelques pensées, certainement pas des dogmes ou une morale toute faite. J’ai horreur du sectarisme!!! Merci pour votre bonne attention, bonne journée à vous.

  28. Bach, ou Nin ? ajoute:

    Allez ! Lâche tout et viens pédaler sans direction à mes côtés ! Prouve-moi que t’as des ovaires, si t’es un Homme !

  29. Brouf ajoute:

    Juste un petit mot en passant.
    C’est bien dit tout ça, des jolis mots, des phrases complexes, un combat d’idées au milieu d’un combat de langages…
    L’impression que cela donne de l’extérieur est que chacun cherche à avoir le dessus et se faire mousser pour ses connaissances de tel ou tel auteur, et blablabla.
    Il en ressort une confusion pitoyable entre anarchie, ordre, autorité, liberté, plaisirs, égalité, qui ne sert strictement à rien.

    Bon courage pour la course, et vive les vrais anarchistes comme le criait « Kochise » (le groupe punk, pas l’Indien) (et ma foie, je ne pense pas qu’il y en ait beaucoup ici qui ait garder une âme d’enfant amène à comprendre l’anarchie.)

    Ciao
    Je n’y reviendrais pas.

  30. tock ajoute:

    Il y aurait dans l’anarchisme individualiste une forme d’esthétisme, qui me plairait bien.

    Ces idées de risque, de puissance du désir pur, de liberté qui me font penser à plus ou moins à une conception nietschéenne du monde ou bien plus encore à une forme d’héroïsme romantique. L’aventure, l’épopée, l’héroïsme anar… Si encore c’était ça. Mais bien évidemment, l’emploi du mot risque est une escroquerie, une imposture, un mensonge.

    L’esthétisme de l’aventure anar aurait pu, si on l’avait voulu, concilier moralistes et la matérialo-structuro-néo marxistante qu’est AA, pour éviter le sectarisme dénonçé au dessus.
    Car il y a dans l’esthétique un universel. Et que diable pourrait-on reprocher à cet universel là ???
    (Seriez vous une Anti-universaliste ? Les Universaux tout mauvais…? Alors, il va falloir mettre une majuscule à votre idée…).

    Le risque de vouloir se passer des curés et des flics; c’est très beau, si on y réflechit bien. C’est réellement ambitieux, pour l’homme ou l’individu. Quelle aventure ! En outre, si j’ai bien compris la débat, moraliste et néo-marxiste ne veulent qu’une chose: ne pas se satisfaire du désir tel qu’il est. Alors, quelle miraculeuse société cela serait !!!

    En fait, je ne la conçois même pas…
    Car, j’ai l’intuition que ca ne marche pas comme ça. Que la disparition des curés n’a en rien contribué à libérer un tant soit peu le désir. Que la fin des flics n’y contribuerait pas plus.

    On parle d’occident; l’une de ses caractéristiques pour moi est la sanctification la vie privée, dans laquelle flics et curés n’ont quasiement plus aucun rôle. Et que cette vie privée est remise en cause non par des politiques réacs, sécuritaires ou anti-libérale mais parce que les gens crèvent de l’atomisation qu’a crée cette sanctification (disons pour modérer le propos qu’il a adéquation entre le politique et le social dans ce domaine).

    L’anarcho-individualisme comme produit pur et parfait de l’Occident libéral ne serait-il pas né de cette privatisation de la société et de la théorie politique, si l’on peut dire ?
    Ben oui ! Si j’applique ce que j’ai compris de Deleuze à l’anarchisme individualiste, AA désire la privatisation absolue du social et surtout du politique, car pure production elle-même de la société privée occidentale. Elle peut alors crier: le flic, les curés, ces symboles réactionnaires, m’empêchent d’être, de désirer pleinement ! Quelle horreur, quel viol ! Car seul mon (Le ? notre ?) Désir individuel compte.
    La réalisation de ce projet n’est autre que l’aboutissement de l’occident. Non seulement la théorie et le pouvoir politique sont sécularisés par la fin des curés, mais en plus, ils sont bizaremment « privatisés ». Et donc dissous.

    Je crois que cette époque là est en passe de se clore.
    Aujourd’hui, le social est de retour. La vie privée, on s’en contre-fout.
    L’individu a la gerbe de lui-même. Au diable les solutions qui le transforment en sur-homme … solitaire.
    Pour le moins, il y a une contradiction entre l’idée de risque et celle de privatisation du politique, de l’individualisation du « d »ésir pour en finir avec le « D »ésir.

    Je vois mal l’idée de risque, d’autonomie agissante, faire succès aujourd’hui dans la société de l’assurance et du principe de précaution.
    Il y a longtemps que plus personne ne prend de risque, que l’idée d’aventure s’est galvaudée … Les anar, derniers fossoyeurs de l’idée de Risque et d’Aventure, en sont bien la preuve.

    ps: la volonté de vivre ? seuls les suicidaires ne l’ont pas.
    Heureusement qu’il reste des flics pour vous persuader que ce sont eux qui vous en empêche. Seriez pas dans la mouise sinon.

  31. fumist' ajoute:

    Une impression de sortir d’un cours de philo me flotte au dessus de la tête et laisse un goût de « je dois étaler des noms compliqués sur une tartine de théorie » enfin comme je le dis souvent l’anarchie c’est sans couleur pas la peine d’agiter vos drapeaux.
    Enfin cela distrait de lire les commentaires mais ce n’etait pas pour ça que je voulais en laisser un. Je voulais en consequence remercier anne archet pour ses textes inspirés et inspirants même si nos visions de l’anarchisme sont distinctes.

  32. alatriste ajoute:

    Bon, moi, cela fait plusieurs jours que je me tâte pour intervenir, lecteur habituellement attentif mais silencieux de ce blog, toujours très impressionnés par la quantité de personnes intelligentes qui fréquente ce blog… Je suis quand même assez content qu’un post permette aux commentateurs de montrer leur intelligence autrement qu’en faisant des jeux de mots filés sur les posts licencieux de Mlle Archet.
    Le temps passe, les commentaires s’allongent sur ce post, et les réponses vont si loin que je me sens de plus en plus décalé. Reste il un peu de place pour des gens peu diplomés, qui ne lisent pas que de la philo, et qui – oserait je dire – ont une expérience un peu concrète de la vie, ou au moins des interactions autre qu’amoureuses entre les gens ?
    Dans le fond, je ne suis pas très loin de M. Y je crois.
    Vous écrivez « Autrement dit, le désir, selon lui, est producteur de valeur (« Nous ne désirons pas une chose parce qu’elle est bonne ; nous la jugeons bonne parce que nous la désirons. »). A moins de vivre comme les enfants sauvages hors de toute civilisation, et encore- même les loups ont des « flics » de l’instinct semble t’il, puisque celui-ci est orienté (la survie de la meute j’imagine) je ne vois pas trop comment des « passions » peuvent être libérées de n’importe quelle forme de morale. Je ne fais pas le moralisateur, je dis juste que je ne vois pas comment on peut s’en libérer. Dire « nous la jugeons bonne parce nous la désiron » revient pour moi à des processus de rationnalisation a posteriori, en fonction de paramètres personnels ou pas dans lequel la morale est présente.
    D’ailleurs, la morale, qu’on le veuille ou pas, elle est présente, même quand on s’en défend, c’est une morale en creux, une contre morale. Dans votre post, on se demande si toutes les passions se valent. On pense effectivement comme un commentateur au fait d’envoyer chier les importuns, mais il n’y a pas que ca. Se libérer des flics de la pensée, c’est aussi permettre dans la foulée, les viols d’enfants, les meurtres gratuits, etc. On ne peut pas trier les passions, sinon c’est forcément le flic qui revient…

    Malheureusement, effectivement, l’anarchisme est d’abord une philosophie politique. Pour en avoir fréquentés, je n’y ai trouvé que des feignants, des glandeurs, des irresponsables, incapables de vraie réflexion politique, et qui s’approprient l’anarchisme pour justifier leur marginalité, en tout cas dans les « blocks ». Je suis de ceux qui pensent que ca ne peut marcher qu’à petite échelle.
    J’ai lu un roman d’AE Van Vogt qui s’appelait le Monde des A, traduit à l’époque en français par Boris Vian. En intrigue secondaire, le roman décrit une société vénusienne « anarchiste », parfaite. Son fonctionnement n’est pas détaillé, à part des responsabilités collectives obligatoires et rotatives. Ce qui est intéressant dans le livre est le processus de « sélection » des candidats qui voudraient vivre dans cette société, on leur fait passer toute une batterie de tests, destinés à évaluer leurs capacités à sortir de la logique aristotélicienne (non A), à sortir du système newtonien (NOn N) et de la relativité. L’idée est de créer des êtres qui arrivent justement à réfléchir sans se laisser dominer par des systèmes de pensées préétablis, leurs émotions, leur cerveau reptilien. J’ai trouvé que c’était presque le contrepoint exact de votre théorie. Elle se vaut peut être pour un « anarchisme » personnel et individuel, comme style de vie peut être, mais en terme de support pour de nouvelles façons de vivre collectives, je pense qu’on est loin du bonheur là…

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