Trouvé dans une caisse achetée à l’aveugle dans un encan, la seconde édition (1784) des Contes en vers d’un certain M. D***, un In-8 de 143 pages dans un état splendide, dans une reliure demi veau qui date probablement du milieu du XIXe siècle.
Je le lis précautionneusement, avec tendresse et des gants de coton — c’est charmant et libertin à souhait. Comment se fait-il que même la BNF n’en a jamais entendu parler?









(le 13 avril 2007 à 4h13)
La chance est avec vous !
Combien croyez-vous qu’un tel livre puisse coûter ?
Excusez par avance la trivialité de ma question.
(le 13 avril 2007 à 5h44)
Vous seriez sans doute fort surprise, Anne Archet, si vous faisiez la connaissance des hautes sphères de la BNF (seules habilitées, en matière d’acquisitions)…. Il n’y a pas lieu de nuancer l’accusation : outre un manque de curiosité qui est toujours un peu plus coupable, lorsqu’il survient chez des gens qui gagnent leur salaire dans le domaine de la… Culture, c’est bien ici le salaire, et les divers avantages matériels qui l’accompagnent, qui constituent ici l’horizon indépassé. Cela dit, il y a toujours des exceptions, bien sûr. Mais on ne compte plus les pièces de choix qu’a laissé filer la BNF -dont les critères d’acquisition sont plus que jamais, liés à des impératifs médiatiques. Ah non, croyez moi : c’est pas du beau monde.
(le 13 avril 2007 à 5h49)
Et moins trivialement, on pourrait avoir des échantillons de cette merveille ? (il peut mettre des gants de coton, le scanner ?)
(le 13 avril 2007 à 6h12)
Pourquoi, Comme une image, pense-t-il (elle?) tout de suite à la scannerisation ? Serait-ce, que les images sont plus charmantes et libertines que les mots ? Cela n’est pas sûr -s’agissant, des contes en vers de ces années-là.
(le 13 avril 2007 à 9h54)
Quoi qu’il en soit, voici une photo de la page titre.
(le 13 avril 2007 à 10h41)
Merci, pour cet édifiant rappel (visuel) : déjà en ce temps, tout ce qui était hors-norme était bon pour Amsterdam…
(le 13 avril 2007 à 10h57)
@sanieptia
J’anticipe sans doute la réponse d’Anne Archet, en ce qui concerne le prix de ces « introuvables » : on ne peut, que s’en faire une idée, en consultant par exemple les catalogues de ventes spécialisées des commissaires-priseurs. Mais en ce qui concerne ce genre de titres, précisément, le prix varie du simple au décuple, en fonction de l’état de conservation bien sûr, mais aussi de l’existence ou non de… pages arrachées -autant dire, celles qui contiennent des gravures.
(le 13 avril 2007 à 18h14)
En aura-t-on un extrait? La bibliophile nous excite…
J’M.
(le 14 avril 2007 à 0h32)
Charmant et libertin ?
On veut des preuves, Na !
(le 14 avril 2007 à 4h30)
l’homonymie ne saurait être un hasard ; en tant qu’héritier légitime, je réclame, à défaut de compensation financière, une citation des pages les plus coquines.
(le 14 avril 2007 à 5h52)
Peu importe l’identité de l’auteur, diront sans doute ceux qui manquent d’imagination. Ils auraient tort. Car ce M. D*** s’appelait, de son vrai nom : François-Jean Daillant de La Touche, sic. Je n’y peux rien, mais c’est ainsi.
PS. La première édition, date de 1783
(le 14 avril 2007 à 7h16)
@ Marsu Pilami > J’ai pensé scannérisation parce que j’étais curieux, au delà des mots, de leur mise en place dans l’espace de la page ; du choix des polices, etc. Anne n’a pas précisé si l’ouvrage était ou non illustré (et qu’on me comprenne bien : s’il y a des images, elles m’intéressent aussi !).
PS : CUI s’accorde au masculin.
(le 14 avril 2007 à 8h14)
Pour votre information
[ BRETIN (Claude) ]. Contes en vers et quelques pièces fugitives. Avec 5 figures dessinées et gravées par Legrand. A Paris, chez Gueffier Jeune, an VII (1799).
RELIE AVEC (à la suite): 2). [ DAILLANT DE LA TOUCHE (F. J.) ]. Contes en vers. Par M. D. Amsterdam, et se trouve à Paris, 1783.
2 ouvrages en 1 volume petit in-8. 1). 1f. 248pp. 2ff. 5 planches hors-texte. 2). 143pp. Plein veau, triple filet doré autour des plats, tranches dorées, dos à nerfs orné (reliure postérieure dans le style de l’époque, plats un peu déformés). (ref.92402)
450 €
(le 14 avril 2007 à 9h04)
Avouez Anne, vous recherchez l’équivalent érotique du Nécronomicon. Le livre oublié qui rend fou, dont la lecture vous prendrait si bien le coeur que vous vous retrouveriez par ivresse de phantasmes au bord d’une longue maladie de langueur.
sacrée romantique, hein…
(le 14 avril 2007 à 14h36)
chaussette me fait rêver d’un seul coup… Un Sexonomicon, ca a plus de gu**le que le Kama Sutra quand même !
^^
(le 14 avril 2007 à 18h25)
jp» Merci pour l’info!
(le 16 avril 2007 à 4h48)
@Comme une image
Veuillez me pardonner, cet injuste procès d’intention…
J’en profite pour ajouter, que si vous ne disposez pas de 450 euros et avez l’occasion de passer par Londres, l’excellent de La Touche est consultable à la British Library.
(le 16 avril 2007 à 19h54)
Au passage, un encan, c’est l’équivalent d’une brocante (ou vide grenier) française ?
(le 17 avril 2007 à 9h30)
Bravo à JP pour l’investigation…
Et ce livre est probablement intégré à l’enfer de la BN, ne vous inquiétez pas ! En tout cas bravo Anne, trouver un livre comme celui-ci dans une caisse achetée à l’aveugle, cela doit faire chaud au coeur… Bonne lecture !
(le 17 avril 2007 à 11h00)
ça gêne geo, que Lucnemeth aît effectué cette investigation ?
(le 17 avril 2007 à 12h30)
Effectivement c’est curieux. Pour l’anecdote je t’indique qu’en fait çà ne me serait pas venu à l’idée d’effectuer la moindre investigation, vu que de toute évidence Anne Archet avait fait le nécessaire, mais il se trouve qu’il y a quelques années j’avais consacré de menues recherches à un attachant personnage de ces années-là, c’est pas plus malin que çà…
PS. ce(tte) geo paraît ignorer que l’enfer est une section distincte de la BN, mais que les livres qui le composent sont catalogués tout comme les autres.
(le 17 avril 2007 à 12h36)
C’est juste Doux Jésus je n’ai que complété le travail à partir des informations de Lucnemeth
il faut rendre a César… mais je garde tout de mëme le sourire de Anne, qui a enjolivé ma journée
(le 18 avril 2007 à 5h24)
Non, gêné (sans e) de rien, et si, voyez-vous je sais que l’enfer est une section de la BNF, je sais même que c’est une côte qui existe. J’avais raté la signature du premier commentaire de Lucnemeth et avais cru qu’il venait également de JP. Je ne voulais vexer personne, il ne faut pas s’énerver ainsi mes amis.
Donc, je modifie : Bravo à Lucnemeth et à JP pour l’investigation, je suis content d’avoir découvert ce livre et le nom de son auteur, mais moins qu’Anne qui l’a découvert, le possède et peut même le lire !
D’autant que pour le coup, je ne peux que m’associer à cette phrase de Lucnemeth : « Peu importe l’identité de l’auteur, diront sans doute ceux qui manquent d’imagination. Ils auraient tort. »
Je possède par exemplaire un joli exemplaire du « Canapé couleur de feu », livre anonyme qui a été attribué à plusieurs auteurs, le plus probable étant apparemment FORGERET DE MONTBRON…
(le 18 avril 2007 à 9h23)
geo » L’enfer de la BNF a été tué par la prolifération de la pornographie de masse au début des années soixante (pourquoi la Réserve des livres rares stockerait-elle des livres de cul fabriqués en grande série…?). Les livres érotiques ont rejoint la littérature générale conservée au département des imprimés.
Bref: l’enfer n’existe plus, si ce n’est dans le catalogue de Pascal Pia et dans les souvenirs nostalgiques des vieux bibliophiles.
(le 19 avril 2007 à 6h17)
AA >> J’avais cru comprendre que si effectivement la BNF a renoncé à stocker la masse de livres nouveaux , la côte « enfer » existait toujours, ce que je trouvais amusant (quelques secondes de google m’ont envoyé ici : http://oeil.electrique.free.fr/article.php?numero=13&articleid=108 texte qui indique ceci : « actuellement, les livres de cette collection sont conservés dans la Réserve des livres rares, dont l’accès est restreint à des conditions particulières (recherche scientifique notamment). On les reconnaît au préfixe de leur cote (ENFER-). »
Cela dit, je n’en sais rien, n’étant pas allé le vérifier par moi-même.
Et je suis un vieux bibliophile de 28 ans très amateur de ce genre d’histoire (et des vôtres d’ailleurs, puisque je peux m’adresser à vous directement), sans être encore nostalgique, ce qui me viendra surement avec les cheveux blancs !
Alors, ce livre, comment est-il, le contenu vaut-il le contenant ? (au fait, j’ai adoré le zeugme de la note « avec tendresse et des gants de coton », merveilleux…)
(le 19 avril 2007 à 8h53)
AA et geo>> La vérité pourrait bien, une fois n’est pas coutume, se trouver « quelque part entre les deux » (si Anne Archet me permet un pareil langage). L’indication est à vérifier, bien sûr, mais je m’étais naguère laissé dire que certains ouvrages, continuaient d’être côtés « Enfer » : non, pour des raisons de pudibonderie, mais pour des raisons de continuité avec le catalogage antérieur -cf. leur présence dans une même collection, etc., etc. Il ne faut donc pas croire sur parole ceux qui dans les hautes sphères vous assurent que « l’Enfer » c’est chez les autres.
(le 19 avril 2007 à 11h09)
>> Lucnemeth : « Il ne faut donc pas croire sur parole ceux qui dans les hautes sphères vous assurent que “l’Enfer” c’est chez les autres. » Joli aussi ça…
(le 19 avril 2007 à 11h17)
(je vois qu’il est question d’une reliure demi veau, aussi, j’interviens) Il est certain que la prolifération de la pornographie de masse au début des années soixante portait en elle la disparition de l’ « Enfer », comme l’a rappelé ci-dessus Anne Archet. Par ailleurs, s’agissant ici de la composante la plus rance du pays -composante bien représentée, dans les hautes sphères de la BN : on ne dira jamais assez à quel point 1968 est passé par là, même si bien sûr aujourd’hui des gens qui faisaient alors dans leur froc nous disent que tout cela ne fut qu’un feu de paille. Mais il y a aussi un peu, autre chose. A la fin des années 1990 fut nommé président de cette BN un nommé Angrémy, qui lorsqu’il cessait d’émarger aux frais du contribuable, écrivait sous des pseudonymes divers des… romans pornos (voilà qui finirait par le rendre sympathique, s’il n’était pas si vilain). Aussi, et sauf à vouloir dépasser le burlesque bourgeoisement admis : le maintien de l’ « Enfer » devenait, dans ces conditions, quelque peu délicat…
(le 19 avril 2007 à 11h25)
geo, merci de ton compliment, auquel je suis tout à fait sensible, en primaire que je suis… Cela dit, si j’ai trouvé çà tout seul, je ne l’ai pas vraiment trouvé d’aujourd’hui. Car bien souvent j’ai repensé au propos d’origine - »l’Enfer c’est les autres ». Et il me faut bien dire que malgré toute mon admiration pour Sartre, dont on ne m’enlèvera pas de l’idée qu’il a encore quelques longueurs d’avance sur les courdesmiraculeux qui prétendent aujourd’hui lui faire des remontrances : cette phrase-là est sans doute une des plus discutables, qu’il n’aît jamais écrites (et je laisse de côté bien sûr la part d’aporie que peut contenir une telle phrase, dès lors qu’elle s’adresse à autrui).
(le 20 avril 2007 à 6h37)
Non vous avez vu çà, Watson ? On a retrouvé un bouquin porno de 1784, avec une reliure demi veau de la mi dix-neuvième. J’ai comme dans l’idée qu’il avait dû passer entre tellement de mains, et pas toutes forcément gantées de coton, qu’il a fallu changer la reliure. Bon je vous laisse, Watson, je vais tenter d’élucider ce mystère.
(le 25 avril 2007 à 8h59)
@Anne Archet
« Bibliotheques »
« Vous n’y pensez pas ces lieux ou l’on croise autant de dangereux bibliophiles et autres fetichistes du cuir, relie avec dorure sur tranche, non, ma pauvre tete n’y survivrait pas sans quelques sequelles aux caracteres inclines mais helas irreversibles, voire meme completement indelebiles … »
PMansire 2005
L’histoire n’a pas encore dit son dernier mot
(le 26 avril 2007 à 5h14)
@Prémonitoire ?
Pas besoin de cuir, pour s’en payer une tranche : on connaît même des pervers, que la seule odeur du papier et de l’encre d’imprimerie, parvient à faire décharger.
(le 26 avril 2007 à 6h28)
Borgiasque!
(le 28 avril 2007 à 4h00)
Le néologisme « borgiasque » est si splendide, que l’adjectif dantesque -qui pourtant jusqu’ici avait pour moi un fort pouvoir évocateur-, m’en apparaît soudain comme une bien pauvre chose.