Ode au prolétariat organisé

Un soleil radieux brillait de tous ses feux dans le ciel
Au dessus du Ceasar’s Palace de Las Vegas Nevada
En ce jour béni du 16 mai 1986 où les délégués
Du congrès de la Fraternité internationale des Teamsters
S’étaient assemblés pour acclamer leur président
Le gargantuesque et oléagineux Jackie Presser
Dont les cent quarante kilos de graisse, assis dans un chariot doré
Firent leur entrée dans la rutilante salle des congrès
Tirés par quatre Teamsters habillés en centurions d’opérette

Cette procession impériale donna le ton des délibérations
Où les délégués réélirent massivement leur empereur
Même si quelques jours à peine avant le début congrès
Son altesse impériale venait d’être formellement accusée
D’escroquerie et de détournement des fonds du syndicat
(Le fait que les délégués aient été nommés pour la plupart
Par l’auguste Jackie lui-même ayant facilité bien des choses.)

Toutes les motions soumises par l’opposition furent ainsi défaites
Dont celle de ramener le salaire annuel du Guide Suprême
De cinq cent mille dollars à cent mille dollars par année
Sam Theodus, le candidat défait à la présidence
Qui ne reçut que vingt-quatre minuscules petites voix
Fut soumis à la longue torture d’un vote nominal de quatre heures
Où les mille sept cents délégués se levèrent un à la suite de l’autre
Pour japper bruyamment leur appui au commandeur des croyants.

Le congrès se termina sur une note sublimement macabre
Alors que les délégués rendirent hommage à Jimmy Hoffa
Disparu depuis onze ans, en lui faisant l’honneur
D’amender la constitution du syndicat pour lui assurer
Un poste de président émérite et de grand timonier à vie
Juste au cas où il daignerait réapparaître devant ses fidèles.

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6 commentaires pour “Ode au prolétariat organisé”

  1. Ludine ajoute:

    Sainte Démocratie priez pour nous.

  2. Ras ajoute:

    un lyrisme à la Hugo !
    L’oeil était dans la tombe et regardait Hoffa !

  3. Pascal Perrot ajoute:

    Certains comprennent que Anne Archet est une ; d’autres séparent la Anne Archet poète, la Anne Archet philosophe et la Anne Archet écrivain érotique, voire dans les lecteurs de cette dernière semblent ignorer somptueusement les « deux autres ». Pour ma part, je ne sens nulle rupture entre ces trois aspects complémentaires, tous portés par une plume d’envergure et un esprit vivacement multiple.

  4. Ras ajoute:

    Ah mais ça mon cher Pascal, c’est que La Anne Archet, elle ne se cerne pas si facilement.. En plus je me suis laissé dire qu’ elle est maligne La Anne Archet, elle se plait à brouiller les pistes, je la soupçonne même parfois, La Anne Archet, de prêcher le faux par pur perversité expérimentale…. voire d’introduire de la poésie dans de l’érotisme politisé….
    Moi la Anne Archet, je l’aime car elle m’émeut, ses écrits entre en résonnance avec mes tripes, avec mon coeur… plus qu’avec mon cerveau, mais bon dieu, que de fois j’ai refermé ces carnets songeur chaviré, étourdi par des émotions si pures et sincéres qu’elles ne peuvent exister qu’en haute altitude…. Pour tout ce que tu suscites en moi de Beau et de Merveilleux Anne, je te fais ma déclaration, aprés des années de lecture…

  5. gorzar ajoute:

    beau design !
    jsais pas coment vous faîtes !

  6. Nina Louve ajoute:

    Bon sang, bon sens bon ! J’adore quand vous faites avec le charnel mais, tellement (!) quand vous vous permettez d’être cinglante acerbe et mordante. Merci dame. Vous faites mon soir.

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