– Ne touche jamais à ça!
Je retirai prestement ma main, tremblante de frayeur. Jamais mon père ne m’avait parlé de cette façon. La pièce était remplie de livres, les étagères lourdement chargées touchaient le plafond. Il y en avait sur sa table de travail, sur les fauteuils, sur le bord des fenêtres, des pyramides de bouquins encombraient le plancher de son bureau. Pourquoi celui-ci était caché dans le tiroir? La curiosité étant plus forte que la peur, j’osai lui demander:
– Pourquoi?
– Parce que je le dis!
Même ma curiosité d’enfant pouvait comprendre à son ton ferme le caractère définitif et sans réplique de ce sophisme. J’avais dix ans.
J’ai maintenant vingt-neuf ans et mon père n’est plus. Mais mes mains tremblaient toujours autant lorsque j’ouvris le tiroir du bureau. « Prends tous les livres que tu veux », m’avait dit maman. Il n’y en avait qu’un seul qui m’intéressait.
Ce n’était pas un journal intime secret, comme je l’imaginais à dix ans, ou encore les Cent vingt journées de Sodome, comme je l’imaginais beaucoup plus tard. Il s’agissait d’une belle édition reliée de cuir outremer des Poésies complètes de Nelligan. Sur la page de garde, on pouvait lire cette dédicace à la calligraphie élégante:
L’amour seul justifie une existence entière
Même si cet amour, impossible
Ne pouvait que se terminer dans les larmes
À toi, pour toujours
Alexandra
Je jetai un coup d’œil furtif pour m’assurer que ma mère n’était pas dans les parages, cachai le bouquin dans le fond de la boîte, sous les œuvres complètes de Valéry et m’enfuis comme une voleuse.
Plus tard, les yeux remplis de brouillard, j’aidai ma mère à emballer les vêtements de mon père. La curiosité étant plus forte que le chagrin, je lui demandai:
– Maman, pourquoi tante Alex ne s’est-elle jamais mariée?









(le 5 septembre 2006 à 11h47)
Attendez une minute… n’êtes-vous pas née de père inconnu?
(le 5 septembre 2006 à 11h49)
«Fiction» est ici le maître mot. J’ai décidé d’explorer un peu les relations père-fille – une grande inconnue compte tenu du fait que je n’ai pas eu de père… et que ma propre fille n’en a pas non plus.
Et je vais aussi explorer l’inceste par la même occasion. Alors attachez vos tuques avec de la broche…
(le 5 septembre 2006 à 15h52)
Ma tuque est bien calée et je suis prête à te lire.
(le 5 septembre 2006 à 16h57)
et si j’en redemande ?
(le 5 septembre 2006 à 18h20)
A défaut de figure paternelle, ne serait ce pas la figure grand paternelle qui inspirerait ce personnage ? Je me réjouis à l’avance de ces explorations du Continent Archetique !
Par contre, dans le texte, je ne comprends pas trés bien le chagrin de la narratrice, est elle triste parce que l’image du couple de ses parents est brisée (et que son pêre lui a donc menti) ou parce que son pêre et sa tante n’ont pas pu poursuivre leur idylle ?
Et puis c’est quoi une tuque ?? Une ottomane qui manque d’air ?
Que de questions….
(le 5 septembre 2006 à 18h22)
père, pas pêre….. (that is the question)
(le 5 septembre 2006 à 18h53)
Ras : c’est bel et bien «tuque», comme dans l’expression «attach’ ta tuque, on va a’caban’a'suc’».
(le 5 septembre 2006 à 19h09)
Ha!
Si à cette heure je me lèche les doigts, c’est que je tousse déjà de plaisir…
(le 5 septembre 2006 à 19h17)
halala, révisez votre imparfait madame, c’est bourré de fautes quelle écri – vaine, votre clavier a t il perdu les S ?
(le 5 septembre 2006 à 19h28)
L’expression avec la cabane à sucre m’a fait frémir. C’est quoi d’abord une cabane à sucre ? Hormis celle d’ Hansel et Gretel, je vois pas ??
Puis ensuite l’accent. Autant lorsqu’il est léger, je le trouve malicieux et subversif, autant là je sens que la cabane à sucre en question elle a un accent à couper au couteau à manche en os de caribou, par un soir de blizzard… Bien sur, l’accent, c’est trés subjectif, pour beaucoups c’est banal, mais pour moi, plus habitué à fréquenter les rives de la méditerannée, c’est d’un exotisme délicieux !
Bon puisque je ne trouve ici que taquinerie, je me suis tourné vers le net pour me sortir de l’ignorance… Non, la Tuque d’Acadie n’est pas une Levantine mal orthographiée !
TUQUE : nom fém.
Définition : Bonnet de laine à bords roulés en forme de cône parfois surmonté d’un gland ou d’un pompon et qui est porté l’hiver.
Bien tenir sa tuque « Être vigilant, se tenir prêt à envisager toutes les situations ».
(le 5 septembre 2006 à 20h06)
Après avoir cherché, navigué, dérivé; comme une apprentie capitaine des vagues WEB que je suis, quel plaisir de vous découvrir Anne Archet. Ouais. Youpi doo! Mais… pour l’inceste, je passerai mon tour. J’ai déjà attaché ma tuque jusqu’à ma bouche.
(le 5 septembre 2006 à 20h45)
Zéro sur vingt, il y a une différence entre l’imparfait et le passé simple.
(le 5 septembre 2006 à 22h06)
Ras : Il faudra un jour que je vous explique les particularismes québécois dans toutes leurs ramifications kitsch.
(le 6 septembre 2006 à 2h58)
– Maman, pourquoi tante Alex ne s’est-elle jamais mariée ?
Maman à rougi et n’a pas répondu immédiatement. Elle est allée vers la commode et à sorti une lettre de sous une pile de culottes en dentelle.
Elle me l’a tendue.
« Ma tendre aimée,
Nos amours d’adolescentes se terminent avec ton mariage. Je t’offre ce livre en souvenir de nos chères heures passées enssemble. Je n’oublierais jamais la douceur de ta peau et la chaleur de nos baisers.
j’aurais aimé ne jamais être ta soeur, j’aurais aimé ne jamais être obligée de renoncer à t’aimer encore, j’aurais aimé que tu ne sois jamais obligée de te marier.
Quand papa nous a surprises dans le grenier, j’ai cru qu’il nous tuerai. Il a fait pire encore, il nous sépare à jamais. Toi tu pars avec ton mari et moi je reste avec eux. Maman n’a pas ta douceur et elle me tire par les cheveux quand je la lèche entre les jambes. Je regrette déjà tes carresses.
je t’aimerai toujours,
ton Alex.
(le 6 septembre 2006 à 2h58)
C’est parfait. Très simple. Très Beau.
Tout ce que j’aime !
(le 6 septembre 2006 à 3h55)
Pas besoin d’expliquer Anne, enveloppé de ma candeur je découvre naïvement et petit à petit….
Pour les larmes de la narratrice, mes deux hypothéses sont fausses, elle pleure bien sûr parce qu’elle range définitivement les affaires de son père… j’ai eu aussi « les yeux remplis de brouillard » à cette même occasion. C’est une tâche qu’on accomplit immédiatement par peur de rester inactif et cela permet également, pour ceux qui reste, de parler du disparu en le rattachant encore au monde des vivants…
(le 6 septembre 2006 à 3h57)
proverbe ouzbek : la courtoisie, c’est l’art de ne jamais marcher sur l’ombre de son voisin…
je ressens cela à la lecture de ces posts…
baisers à toutes et à tous
(le 6 septembre 2006 à 4h45)
« L’amour seul justifie une existence entière
Même si cet amour, impossible
Ne pouvait que se terminer dans les larmes »
cette dedicace a elle seul meriterais une page entière
merci pour tout ce qu’elle contient
(le 6 septembre 2006 à 6h35)
Hein? Tu as une fille?
(le 6 septembre 2006 à 7h18)
Vous êtes drôlement en retard dans les nouvelles, cher François.
(le 6 septembre 2006 à 7h27)
Ça oui, alors!
J’ai le coeur brisé! Si je m’attendais ça ce matin!
(le 6 septembre 2006 à 7h33)
Tu peux me faire un résumé de la situation?
(le 6 septembre 2006 à 7h56)
prépares toi à avoir le coeur trés trés brisé François ;-)
(le 6 septembre 2006 à 8h55)
Résumé des épisodes précédents :
1. Amoureuse à moi qui veut avoir un enfant.
2. Fertilisation de l’amoureuse à moi grâce aux miracles de la médecine moderne (i.e. une seringue)
3. Grossesse de l’amoureuse à moi.
4. Accouchement de l’amoureuse à moi le 9 février dernier.
5. Je suis devenue maman-deux d’une jolie fille prénommée Louise-Michelle et surnommée Lou, qui va (déjà) avoir sept mois.
(le 6 septembre 2006 à 8h57)
Comme c’est bien résumé. On croirait une recette de gâteau aux bananes.
(le 6 septembre 2006 à 10h16)
Sauf qu’il manque la banane :)
(le 6 septembre 2006 à 10h27)
Finalement, mon petit coeur est sauf!
J’ai cru un instant que Anne était tombée amoureuse d’un homme!
Avec un homme dans le décor, c’est tout mon univers fantasmagorique
qui se serait écroulé!
(le 6 septembre 2006 à 10h49)
Curieux, je crains pas l’idée qu’un homme traverse parfois les historiettes d’Anne…
(le 6 septembre 2006 à 11h15)
Au fait, pourquoi n’ajouteriez-vous pas l’anticipation à la fiction ?
Un beau texte sensuel et perfide comme vous savez les écrire sur vos futures relations avec un gendre ou une belle-fille. :)
les histoires de famille, il n’y a que ça de vraiment drôle, et joie extraordinaire, la fiction dépasse rarement la réalité…
(le 6 septembre 2006 à 11h44)
Myamu,
Oui, mais moi, je suis amoureux d’Anne depuis des lustres. L’idée qu’un homme puisse poser ses pattes sur elle m’est insupportable!
(le 6 septembre 2006 à 23h35)
Je ne suis pas certain que François Boucane aie bien lu la « Lettre à l’amant » du 15/5. À moins qu’il ne s’imagine à la hauteur d’une telle exigence ? Un texte mélancolique, explorant des rêves glauques et ardents. Peu importe la vérité, ce qui importe c’est la vérité de l’écriture, parvenant à nous surprendre encore, usant des armes de la simplicité, qui est la forme la plus difficile à atteindre. Une femme aussi unique, qui pourrait la combler ? Sans cesse dévoilée aux yeux de ses lecteurs et lectrices, tout en demeurant forteresse virtuelle. Personne n’entrera jamais que dans les pièces qu’elle veut bien nous montrer. Tout le reste est silence, intimité, pudeur …
(le 7 septembre 2006 à 2h41)
Amen.
(le 7 septembre 2006 à 2h50)
Pourquoi la « combler »? la croyez vous vide? Lisez son texte sur le gavage, il est atroce mais génial :-)
J’M.
(le 7 septembre 2006 à 16h25)
Il n’y a pas de pire silence que celui de l’amour sans espoir!
ceci etant dis, une revelation soudaine :
- votre chére et tendre vous trompa donc avec une seringue!
lui arrive il d’aller dans une pharmacie?
moi ce que j’en dis!
;-)
Hugues.
(le 7 septembre 2006 à 21h41)
Je voulais dire bien sûr « remonter jusqu’aux combles », entrer dans ses greniers, là où se trouvent les vrais secrets, non ce qu’elle semble nous livrer. Il faudrait pour cela en être digne (ou monstrueusement indigne, ce qui revient parfois au même). C’est beau, une seringue, la nuit … Et puis faut suivre aussi Justine Miso, ce texte sur le gavage, je l’ai non seulement lu mais commenté.
(le 8 septembre 2006 à 3h52)
Je trouve le commentaire de FrançoisS plus judicieux que sa fin ne le laisse paraître. Autant on connait l’auteure de la dédicace, autant on n’en connait pas le destinataire. C’est dans ces subtilités qu’AA nous livre son talent et renouvelle les genres; en effet, les secrets de famille sont à la littérature ce que le pique-nique familial à la campagne perturbé par le taureau est à la B.D. : un lieu commun. Irène Frain pour ne pas la vexer, sur un même canevas, aurait écrit en tête de la dédicace àqui elle s’adressait. J’en profite pour dire le plaisir que j’éprouve à lire les commentaires après le régime maigre de cet été; et je me rends compte, après 9 mois de fréquentation de ce site (c’est décidément un temps symbolique), qu’ils en deviennent, dans ce contexte, aussi importants que les textes d’AA. Merci.
(le 8 septembre 2006 à 21h49)
Ça, c’est le livre de tous les livres.
La première page de toutes les pages.
J’ai déjà trouvé un livre comme ça.
Depuis, j’essaie d’écrire.
(le 10 septembre 2006 à 17h47)
Attention Pickpockets au Carrefour.
J’ignore si beaucoup parmi vous font leurs courses chez Carrefour mais ceci pourrait vous être utile.
Je vous envoie ceci pour vous prévenir d’une mésaventure qui m’est arrivée, étant donné que j’ai été la victime d’une arnaque alors que je faisais mes courses.
Ceci s’est produit au Carrefour et peut vous arriver !
Voici comment cela fonctionne : deux superbes jeunes filles vous abordent alors que vous rangez vos courses dans le coffre de votre voiture.
Elles commencent par frotter votre pare-brise avec une éponge et du produit nettoyant, leur poitrine sortant littéralement de leur petit T-shirt.
Il est presque impossible de ne pas y prêter attention.
Alors que vous les remerciez et leur offrez un pourboire, elles le refusent et vous demandent à la place de les conduire dans un autre centre Carrefour.
Vous acceptez et elles montent à l’arrière de votre voiture.
En chemin, elles commencent à faire l’amour ensemble.
L’une d’elles grimpe ensuite sur le siège passager et s’adonne à une fellation avec vous, pendant que l’autre vole votre portefeuille!
Soyez donc vigilants ! Ceci peut vous arriver aussi …
On m’a ainsi volé le mien vendredi dernier, samedi, deux fois dimanche, encore une fois mardi et à nouveau hier soir et j’y retourne demain.
(le 10 septembre 2006 à 23h00)
Ici… y’a que le Carrefour Laval que je connaisse… et il y a beau avoir de la pétasse à n’en plus finir là-bas, je doute qu’une situation semblable puisse s’y produire.
Bon, j’achète mes billets pour l’Europe, presto.
(le 12 septembre 2006 à 6h00)
En France, c’est plutôt la caissière de chez Leclerc qui est réputée…
(le 12 septembre 2006 à 22h22)
Je trouve le commentaire d’AB vraiment magnifique. Quel à-propos! Avec le zeste de douceur et d’intelligence…
(le 9 octobre 2006 à 1h19)
Bonjour Jeanne,
dis moi, ton auto analyse se termine quand?
histoire de savoir quand est ce que tu auras enfin décidé de t’interesser aux autres:)
tiens moi au courant.
Bonne route.