Presque de retour

Cher journal,

Le ciel est bas ce soir et l’air laiteux comme ma peau ne le sera jamais. La ville a des tendons, je baigne dans sa lymphe, mirage opaque de métal. On me siffle, je n’ai plus de cils, les garçons qui jouent à la pelote dans les ruelles me bouffent le coeur. Les murs sont maculés de slogans lycanthropes, chaque flic comme une star de cellulite me déteste. Près du square, je vois la fillette apache du quatrième, elle largue ses bombes capillaires sur l’épicier spongieux transpercé de mille couteaux. La vitrine me renvoie le reflet de milliers d’Anne Archet fracturées fondantes sous l’acide du temps qui me répètent : « Je suis presque morte, je suis si amoureuse mais pourtant tellement mourante, je suis une femme et je fais ce que je crois que les femmes font lorsqu’elles disparaissent. »

20 commentaires pour “Presque de retour”

  1. caroline ajoute:

    C est beau comme du Desnos, c est triste comme Tristan et Yseult, je joins mes larmes aux votres l espace d un moment.

  2. Ras ajoute:

    Quelle tristesse … c’est trés personnel et pourtant tellement universel… Nous faisons tous ce que nous pensons que nous devons faire, l’acte gratuit n’existe définitivement pas et la liberté non plus…
    Je te salue Annie

  3. Andy Missel ajoute:

    La nouveau avec cette note, c’est qu’Anne Archet dit au début : «Cher journal». On sent ainsi une intimité avec ses pensées et ses émotions. AA a-t-elle partagé un extrait de son journal intime avec nous pour la première fois?

  4. kath ajoute:

    ou la dernière, je t’envoie une pensée prise dans un livre d’un vivant enfermé à Lannemezan, quand on lui a demandé d’écrire de façon à plaire.

     » Et aujourd’hui vous voudriez que je vous litterature de la langue poétique à valeur ajoutée, une écriture aux bonnes moeurs qui se vend au mètre pareille à de la toile cirée et aux cierges de Lourdes.
    Une coudée de poésie larbine pour les éditions machin chose. »

    Jann Marc Rouillan (la lettre à Jules)

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  5. chaus'ette ajoute:

    pas d’accord caroline
    c’est beau comme du Archet, c’est triste comme du Archet
    ça fait mal j’aime beaucoup
    de ce que je ressens : le ciel (lieu du rêve et de l’idéal) est décevant (« bas »), l’union avec le ciel impossible (« air » différent de « peau »), il reste la ville (monde réel et berceau de nos existences) sur laquelle Anne projète sa conscience (perception organique du monde, peut-être la suite du principe de fusion qui a échoué avec le ciel), mais la ville s’en empare, la retourne contre elle, la conscience devient corps, livré à des plaisirs anthropophages, Anne démembrée reçoit la vérité de sa condition par ses propres fantômes (enfants de la ville : la vitrine) devenus plus réels qu’elle. Le plus cruel, c’est certainement l’introduction « cher journal » : car le journal c’est déjà les milliers d’Anne fracurées, et la personne qui parle, est-ce Anne pleinement ? il y a là une boucle terrible, comme si le point d’origine de la rupture était lui aussi perdu. Quelle splendide atroce désincarnation.)

    j’espère que l’aspect un peu « analytique » de mon commentaire ne vous parvient pas comme un désagrément : énoncer, ça m’aide à ressentir,
    mais ce texte (et certains autres aussi), il me donne surtout envie de le relire, de la relire et de me taire, ça peut paraître bizarre, mais fallait que je vous le dise.

  6. caroline ajoute:

    oui chaus ette, je vous rejoins. C est difficile parfois de trouver les mots, d eviter la maladresse. Peut etre comme vous le dites, le silence…

  7. Ras ajoute:

    Bon, ceci dit la sensibilité s’exprime aussi dans la joie, humm ?

  8. Ben ajoute:

    Que ce soit dans la joie, les bouffées de plaisir, dans la paresse énergique, ou dans la tristesse de goudron, Anne m’épate toujours.

    Courage. Vous avez déjà montré que vous en possédez à revendre, même si parfois vous le niez vous-même. Ne vous battez pas à trouver mille raisons d’être, car c’en est déjà là une suffisante. Être.

    Et qui plus est, si vous êtes amoureuse, alors sachez que vous êtes enviée autant que vous êtes choyée.

    Maintenant, nagez et ne vous retournez plus vers cette vitrine menteuse.

  9. Ostide ajoute:

    Tiens donc, on dirait bien une rechute dans le mood de la Période Cancéreuse. Surtout avec cette tristesse et ces quelques références capillaires.

    La santé va bien j’espère, ou bien c’est vraiment l’été moche qui te tombe sur les nerfs?

  10. Pascal Perrot ajoute:

    Le vrai désespoir d’ »un poète est à jamais inaccessible, parce qu’il s’est métamorphosé à travers le creuset des mots. Alchimie radicale portée par l’exigence qui fait qu’un vrai journal intime ne saurait être un poème. La poésie, c’est également savoir transformer ses bourbiers intérieurs en purs diamants lumineux, dussent-ils briller d’une lumière noire. C’est pour cela qu’Anne Archet constitue un précieux trésor littéraire. C’est la beauté de ses mots qui me frappent. Des états différents, nous en traversons tous, de la joie à l’épuisement, mais rares sont eux qui comme elle savent en tirer tant de merveilles. À l’heure où chacun lit ces mots, Anne est sans doute déjà ailleurs et autrement, explorant d’autres états de conscience et d’émotion. Dont elle ne nous livrera qu’une quintessence transcendée. Ben oui …

  11. Ménille Avénale ajoute:

    Je suis dans le doute… Anne est-elle à nouveau malade, ou n’est-ce qu’un paysage intérieur peut-être, d’ailleurs, décrit il y a longtemps même s’il ne nous est soumis que maintenant ?…

  12. flo ajoute:

    Je sais que le temps n’est pas terrible par chez toi.
    Si la santé ne suit pas, c’est pire.
    . J’ai une petite devinette pour toi, et pour qui veut, –> ici : http://silextine.skynetblogs.be/
    Bises tendres
    flo

  13. Mister J ajoute:

    Je reconnais l’amour aux souffrances qu’il me cause et aux doutes qu’il m’inspire. Le plaisir dans la douleur semble être la règle en ce bas monde.

  14. chaus'ette ajoute:

    je, euh, je suis revenu en dire un peu plus. c’est que votre poème n’a pas cessé de me travailler et les plis de sa douleur sont si aigus qu’ils remuent en moi.
    une précision idiote mais ça vaut : c’est juste mon ressenti, certainement pas un résumé de votre texte, encore moins une explication de votre personne.
    mon premier passage n’avait qu’un vision spatiale, j’appréhende un peu mieux quelques formes du vol, on trouvera peut-être que je délire, tant pis

    « siffle-cils » : l’échange est tellement évident
    la pelote : c’est un jeu de balle, il y a confusion avec le coeur, ça signifie que les garçons sont pris dans un double rapport pervers : ils sont cannibales (cani-balle ? ça laisserait entendre lycanthropes) mais en même temps ils détruisent l’objet qui constitue leur jeu. ils jouent à détruire leur jeu par le crime, c’est un double crime. le jeu étant une des rares relations sociales porteuses, c’est aussi une sorte de suicide
    flic star de cellulite : la force de répression (la régle du jeu?) est hypertrophiée, sa starification en fait la référence absolue, ils sont pris séparément (chaque) alors qu’ils sont tous équivalents : les garçons en mangeant se confondent et se détruisent, les flics se multiplient et grossisent, deux expressions contraire de la perte de sens. Les flics sont référence mais n’ont pas de signification propre puisqu’ils servent la loi et que la loi est contradictoire. J’en viens à supposer une entité cachée, disons la ville, qui régnerait sur nous de manière nocive (Anne est le guide révélateur), de là peut-être les slogans lycanthropes sur les murs qui disent la vraie loi de ce monde qui sera répétée par les fantômes : ce monde est mise à mort de l’amour
    l’épîcier, celui qui vend les épices, le sel de la vie est mort
    la fille apache, celle qui est la plus proche du ciel puisqu’elle est au quatrième étage, ce n’est pas le septième, mais le ciel est bas, lâche des bombes. Je ne suis pas très affûté sur les apaches, mais traditionnellement les cheveux d’une femme sont symboles de vie et de beauté. Ils deviennent ici vecteurs de mort.
    enfin, l’expression qui me touche le plus : fracturée fondante
    c’est encore un double rapport contradictoire ; fracturé, c’est perfectif, c’est fait, fondante, c’est continu, ça se poursuit. Après l’espace, c’est le temps qui se dédouble : c’est déjà fait mais ça continue encore

    Mlle Anne, j’aurais lu ça sur papier, j’aurais eu simplement de l’admiration, vous êtes partie pêcher très en profondeur, alors, c’est sûr, ça ne me regarde pas, mais je suis un peu inquiet quand même.

  15. kath ajoute:

    Anne est certainement multiple et intemporelle, son texte est mysterieux et incite à mille questions et interprétations diverses.
    Nous pouvons egalement n’ y voir qu’une suite de mots empilés, le temps de quelques vacances, pour que perdure un semblant de vie sur ce site.
    Une sorte de masturbation
    Cérébrale qu’elle nous offre en attendant de mieux faire.
    http://www.cequilfautdetruire.org/

  16. TL ajoute:

    Anne Archet à côté de ses gougounes, passe. De là à la soupçonner de masturbation cérébrale … chère Kath, vous devriez nous en dire davantage. Que faut-il titiller ? L’hippocampe ou la glande pinéale ?

  17. kath ajoute:

    Révisions

    la glande pinéale, ou épiphyse, est une petite structure en forme de cône à l’intérieur du cerveau, dont la fonction est de sécréter l’hormone mélatonine.
    L’hippocampe est une zone du cerveau située dans le lobe temporal (sur les côtés du cerveau) au niveau de la cinquième circonvolution temporale.
    L’ictus amnésique est le résultat, entre autres, d’une atteinte de l’hippocampe.
    Au cours de la maladie d’Alzheimer on constate une atteinte de l’hippocampe.

    Chosir une autre zone, en priant saint Frusquin

    :)

  18. Pascal Perrot ajoute:

    Qu’importe qu’il y ait ou non masturbation cérébrale, du moment qu’il y aie jouissance, et que ceux et celles qui vous lisent puissent jouir en simultané, ce qui est le cas ici. Je pense qu’Anne, comme tout créateur qui se respecte, possède une sorte d’impudeur pudique et de pudeur impudique. Pensez vous réellement qu’après un silence prolongé, elle ne reprendrait le fil de son blog que pour dire « au secours, je vais pas bien ». À mon sens, miss Archet possède une idée bien plus haute de l’écriture. Qui sait le temps qui peut quelquefois s’écouler entre un moment de déprime et celui où on peut en tirer une substance de valeur ne saurait réellement s’inquiéter pour l’état actuel de Anne.

  19. TL ajoute:

    Lequel d’entre nous aurait le mauvais goût de suggérer qu’Anne en serait réduite à l’état de substantifique moëlle ? Vous avez mille fois raison ; pas de panique (en français dans le texte). Mais jouir de la masturbation d’Anne fait un peu voyeur. « J’ai joui dire qu’on s’inquiétait de moi », aura-t-elle ainsi beau jeu de nous fanfaronner, l’air de rien, avec son aplomb de diva coutumier. A donc, invoquons plutôt saint Priape, de telle façon que notre comité d’accueil pour son retour ressemble plus à une garde d’honneur flamberge au vent qu’à une horde de quémandeurs. Mendiants de l’amour, nous ? Et Puis quoi encore !
    Une flamberge cérébrale… tous sexes confondus of course… :)

  20. zmerliamel ajoute:

    Cérébral ça veut dire quoi au juste? L’ippocampe nage lui-même dans la lymphe corticale, pourquoi vouloir qualifier ce qui est beau… Obstinément libre et n’ayant d’autre souci que dire ce que l’on ressent avec ses mots à soi. Quant à savoir où ils « siègent », il me semble que la réponse est dans les « critiques » amicales…
    merci Anne, de ce poème en forme de confidence.
    Amel

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