Les murs sont des hommes. Car s’ils ont des oreilles, ils ne sont pas doués pour l’écoute active. Alors je me tais et je soliloque lorsqu’ils me baisent – les hommes, pas les murs. Ça me permet d’oublier la nuit, la froideur des briques, les flaques brunes et glacées à mes pieds. Ça me fait penser à autre chose pendant les cinq minutes habituelles qu’ils consacrent à leur petite affaire. Je me raconte des histoires bruyantes avec plein de musique et d’enfants. Ça me permet de couvrir les grognements qu’ils me jappent à l’oreille.
Parce qu’il s’agit bien de grognements, pas de mots. Au début, je croyais qu’ils me parlaient. Mais après quelques semaines, j’ai bien compris qu’ils ne s’adressaient qu’à eux-mêmes, probablement pour se convaincre qu’ils ne s’accouplent pas réellement avec une catin dans une ruelle. Parfois, ils sont en colère. Salope. Sale pute. Raclure. Voilà ce qu’ils me crachent à l’oreille. Fut un temps où, abasourdie, je me demandais quelle était la cause de toute cette hargne. Mais aujourd’hui je sais que ça n’a aucune importance. Il arrive aussi qu’ils essaient d’être aimables. Vas-y bébé. Comme ça. C’est bon. Mais ce ne sont que des mots différents : le crachat otique reste le même. De toute façon, la plupart du temps ils ne font que grogner. Peu m’en chaut, puisque l’affaire se conclut plus rapidement ainsi.
La nuit est longue lorsqu’elle ne passe que cinq minutes à la fois. Lorsque le soleil se lève, le dos se barre, les muqueuses brûlent, les jambes flageolent, les muscles se tordent. Mais c’est toujours à l’oreille que la douleur est la plus aigue.









(le 23 mars 2006 à 16h03)
Un commentaire en passant. Non, je n’ai jamais vendu mes charmes dans une ruelle. Et non, je ne juge pas mes amants selon leurs manières à table. Et non, je ne sens pas le sperme mal digéré. Les trois derniers textes (ainsi que les trois suivants) sont des exercices rédigés dans le cadre d’un atelier d’écriture que j’ai suivi quand j’étais à la fac.
Je vous l’avais dit : je vide mes tiroirs.
(le 23 mars 2006 à 16h05)
Cinq minutes ? Grognement dans l’oreille ? Il aurait été bon de changer de position…
(le 23 mars 2006 à 16h07)
ralphy » Les positions sont limitées quand on s’excrime dans une ruelle. Alors les cinq minutes et les grognements sont probablement de rigueur.
(le 23 mars 2006 à 17h28)
On préfère les récits des exploits de vos amants valeureux, tendres, violents, magnifiques dans leurs gestes charnels…
A.A mérite-t-elle alors de tels boulets sexuels ?
Aaah, quelle misère…
(le 23 mars 2006 à 18h06)
Chère Anne Archet,
ce que vous faites ou pas, ce n’est pas grave : nous fantasmons déjà bien assez comme ça grâce à vous. N’aviez-vous pas dit vous-même que dans vos écrits il y avait de l’imagination, du vécu, et 10% de glutamate de sodium ? C’est ce 10% de glutamate de sodium qui fait tout, qui enflamme vos lecteurs.
Enfin, on ne s’en fout pas de ce que vous faites, je vous souhaite tout ce qu’il y a de mieux, évidemment… mais entre l’Anne Archet du blog me semble être comme les statues d’Ousmane Sow, une création plus grande que les vrais humains, dans des matériaux différents, très ressemblante et fascinante tout de même.
(le 23 mars 2006 à 18h07)
en relisant les titres des trois derniers articles : vous nous faites une série sur les 5 sens ?
(le 24 mars 2006 à 1h20)
Si je comprends, il y a un sixième sens chez Anne…
épates-nous !
(le 24 mars 2006 à 10h52)
Sans rire, vous crèchez au zoo de Vincennes ?
(le 24 mars 2006 à 11h55)
O pourpre !
(le 24 mars 2006 à 12h04)
il était maçon,
il avait les mains tendres…
(le 24 mars 2006 à 21h59)
Anne Archet, très chère, maintenant que nous découvrons que tu ne vends pas tes charmes dans une ruelles, que tu ne juges pas tes amants selon leur façon de se comporter à table et que tu ne sens pas le sperme (mal digéré), où allons-nous ? Bientôt, tu nous avoueras que tu n’es point anarchiste ? Pfiou ! (Dire que je viens à peine de comprendre — au bout d’un an (à peine) –, le jeu de mot… Anne Archet… an-archie…)
(le 25 mars 2006 à 6h17)
Très beau texte… Si mon avis vous intéresse.
M’en vais écouter « La Complainte des filles de joies » moi.
(le 25 mars 2006 à 11h09)
Ca me fait penser aux « petites annonces » de ‘l’os à Moelle, de Pierr Dac et Francis blanche… il s’y trouvait celle-ci:
« Homme de peine cherche fille de joie »
Affinités électives, non?
(le 26 mars 2006 à 2h14)
Les jambes qui flageolent…. le centre de l’équilibre étant situé dans l’oreille. Si les grognements ne peuvent être qualifiés de mots, et si les gestes ne peuvent être qualifiés d’intentions, le corps et l’esprit de la femme reste fermé à l’homme qui la prend.
Pourtant si sages de jour, ces derniers prouvent chaque nuit et chaque pénible seconde terrestre à quel point la barbarie, la violence, et tous les désirs refoulés de l’homme (avec un petit H) contribuent à les abaisser au niveau cognitif des bêtes. Et ce n’est pas une excuse, c’est une inéluctabilité.
Sommes-nous donc tous condamnés à une existence barbare et futilement bestiale, messieurs?
(le 26 mars 2006 à 4h29)
Séduite par votre site… et vos cahiers…Anne
Puis-je vous mettre en lien sur mon blog ?
Solange Arcamone
(le 26 mars 2006 à 15h15)
Il croit et batit son mur,
s’enfermant dans un espace,
du dédale des morts.
Je doute, tu doutes,
et nous voila vivant,
et nous voila variant.
Au gré des murs
nous donnant l’ombre,
ou reflétant le soleil.
Cordialement
(le 27 mars 2006 à 11h17)
Quels sont ces serpents qui s’userent a nos tympans..
(le 27 mars 2006 à 15h24)
Votre fac, chère Anne, vous permettait des exercices littéraires très divertissants !!! La mienne, malheureusement, n’aurait su tolérer que deux «x» en exergue.
À la lecture de ce dernier, j’avancerai donc désormais le souhait comme tout comme la mémoire, «l’ouie soit également une faculté qui oublie»…
(le 27 mars 2006 à 15h33)
Il est impressionnant de voir combien vous avez de l’inspiration.
(le 27 mars 2006 à 21h34)
VGV
Ce n’est point de l’inspiration qu’a cette chère Anne…c’est de l’obsession!
Et Dieu sait que l’une alimente admirablement bien l’autre!
(le 28 mars 2006 à 2h38)
Bonjour,
Avez-vous déjà publié chez un éditeur francophone ? Lecteur assidu depuis maintenant deux mois j’ai découvert votre site par un si grand hasard que je ne me souviens plus comment. J’aimerais faire partager le bonheur de vous lire, palper vos phrases entre mes doigts, les rouler dans ma bouche avant de m’en gorger, glisser leur musique dans le creux d’une oreille complice, humer leurs senteurs efflorescentes, bref, repaître mes sens de l’esprit de vos mots, de leur ironie, leur amertume, leur jouissance, leur insolence, leur vérité. Et quoi de mieux qu’un petit format pour vous abandonner sur un banc public ou un siège de métro, à la lecture émerveillée du passant attentif.
(le 28 mars 2006 à 14h07)
Le Canada, un pays à la pédophilie SM
Naître au Canada, un plaisir SM qui habille ces dames.
Quand les canadiens tuent leurs bébés à la pioche :
http://www.reseaulibre.net/rage/phoque.html
(le 28 mars 2006 à 18h21)
Bien que la cause soit fondée, je doute qu’elle ait sa place dans le sujet. Selon moi. Juste en passant.
(le 28 mars 2006 à 23h02)
Comme le disait Beau Dommage :
Quand le phoque s’ennuie
Y r’garde son poil qui brille
Comme une flaque de sang sur la banquise
Y rêve à McCartney
À Brigitte Bardot
Y voudrait voir PETA faire leur show
(le 29 mars 2006 à 1h24)
Je me demande parfois qui a pu convaincre Brigitte Bardot.
(le 29 mars 2006 à 10h44)
Les oreilles ont des murs …
(le 30 mars 2006 à 21h56)
Voila, c’est un petit texte que je viens tout juste d’écrire ce soir, et je le crois de circonstance alors je le met ici.
violences tu.
Elle voulait seulement que ce soit gentil. Quelques caresses, elle aimait bien se faire caresser les cheveux. Mais il était saoul.
Il n’a rien voulu entendre. Elle avait pourtant pris son courage à deux mains, juste pour lui montrer qu’ensemble on pouvait faire de très belles choses.
Elle avait toujours mal, elle ne se sentait jamais bien dans ces moments. Son mari semblait se transformer en bête qui chasse sa proie. C’était comme des coups de hache qui vous rentre dans le corps. Elle avait déjà entendu qu’on pouvait avoir du plaisir. Ses mains avaient déjà frôlé son sexe. Quelque chose qui s’éveille en soi, une rivière, un chant, une rosée, une brise. Mais sa mère lui avait toujours interdit.
Elle l’avait déjà fait seule quand son mari était parti bûcher et que les enfants jouaient dehors. Et elle avait pleuré. Son mari est rentré et l’a trouvé.
Mais elle ne recommença jamais.
Il disait que c’était dégénéré et que ça attirait Satan. Il aimait mieux la pénétrer à sa guise comme il pénétrait de sa hache le bois à tous les jours, pour apporter de quoi manger à son monde.
Et quand ce soir, elle voulu lui parler que la volupté pouvait s’écouler tout doucement vers le torrent des plaisirs, il l’a frappée.
Et il l’insulta, il la rendit coupable de cent miles pêchés. Il cria fort les mots MASTURBATION et PROCRÉACTION pour lui montrer son devoir.
Il l’a regardé avec mépris. Et il ricanait.
Il défit ses pantalons doucement, sans sa pudeur habituelle. Il avait le regard malin comme quand il battait ses enfants. Mais ce serait pire, elle savait.
Elle ne voulait pas crier, qui l’aurait défendue?
Elle se glaça, elle y mit toute sa haine, elle érigea des remparts dans son esprit.
Et lui la tordit, il l’insulta, lui fit mal. L’intérieur de son sexe brûlait sous les assauts d’une verge d’un homme fou furieux.
Elle se débattit dans les pleurs et le sang, en sentant que cet homme lui volait chaque seconde un peu plus du paradis perdu au fond d’elle, loin derrière le regard sévère de sa mère qui lui attachait les mains le soir avant de dormir, loin derrière cette bataille de chaires et de douleurs qu’elle vivait comme jamais.
Et elle se tut. Elle savait qu’il n’y avait rien d’autre à faire pour elle.
Copyleft, Natanoj, 2006.
(le 2 avril 2006 à 5h14)
les murs sont des hommes… les femmes seraient-elles des fenêtres?
je n’avais jamais pensé comme cela, mais ça me parle assez (après tout on dresse des murs et on ouvre des fenêtres, c’est limpide)
les deux à leurs manières mènent sur un espace autre, mais s’il est contenu que la fenêtre peut s’ouvrir, le mur, lui, doit s’écrouler pour livrer un passage.
mais un mur écroulé, ce n’est plus un mur, c’est une ruine, ou alors… ?
y a-t-il un état entre le mur et les décombres ?
l’identité masculine n’est-elle qu’un vide entouré d’une ceinture pour faire croire à l’existence d’un intérieur, j’imagine que dans une vie de femme on en fait l’expérence tous les jours
ah et ben voila et chiottes alors !, v’la que je choppe la dépitude
(le 10 avril 2006 à 15h15)
Wow.
Je ne dis pas souvent « wow » chez vous, le niveau est si haut si régulièrement.
Mais quand vous surpassez ainsi votre propre niveau, je dis wow.