Vingt thèses sur moi-même (2/2)

La suite de ce striptease de l’ego.

11. Il m’arrive parfois de compter le nombre d’années de prison qu’il me resterait à purger si j’avais été condamnée pour tout ce que j’ai fais qui est illégal dans une partie ou l’autre de notre vaste monde. De la moindre destruction de bulletin de vote à la plus bénigne relation anale, de la plus ridicule bouffée de cannabis au plus anodin geste impie et sacrilège, je cumule le temps d’incarcération ferme pour au moins les deux siècles à venir. Ce qui me sidère, c’est que tout ce que je peux désirer est punissable par au moins une jurisprudence mondiale. Raison de plus pour me faire aussi invisible et insaisissable que possible.

12. Une personne n’est intéressante que lorsqu’elle est mystérieuse et personne ne s’intéresse plus à son propre mystère que moi. Vous pensez savoir qui je suis ? Sachez que je suis exactement le contraire, ainsi que le double symétrique et inversé de l’envers de ce moi fictif que vous auriez pu croire connaître. Jamais vous ne réussirez à me saisir, à me comprendre, à me classer. Car le jour où vous croirez l’avoir fait, j’aurai disparu pour renaître ailleurs, mon mystère toujours aussi vierge, opaque et insaisissable.

13. Je suis finalement une personne assez peu sexuelle par inclinaison, dans le sens où le sexe n’a pour moi qu’une importance toute relative. Par exemple, je peux difficilement faire la liste des attributs physiques qui me séduisent dans l’absolu chez un sexe comme chez l’autre. Et au risque d’en décevoir certains, l’idée même de l’accouplement, prise dans l’absolu, me dégoûte un peu, dans tout ce qu’elle implique de contacts avec ces sécrétions corporelles aux consistances et relents dégoûtants. Je suis bisexuelle non pas parce que les deux sexes m’attirent, mais parce que je suis attirée par des individus des deux sexes, ce qui à mon sens est une différence fondamentale. Ce que j’aime dans la sexualité, c’est son caractère ludique et son potentiel transgressif. Je fais l’amour pour jouer avec les êtres que je désire, que j’admire ou que j’envie et non parce que je fais du sexe une valeur en soi. Le sexe occupe une place centrale dans mon discours car c’est le vecteur de mon désir de provoquer, de faire réagir, d’explorer de nouvelles valeurs et de nouvelles formes de convivialité.

14. Dormir m’ennuie. Serait-ce parce que j’ai trop fréquenté les hôpitaux ? Être couchée dans un lit est synonyme pour moi de paralysie, de maladie et de mort. Voilà pourquoi je ne dors rarement plus de quatre ou cinq heures par jour. La nuit est d’ailleurs selon moi plus belle que le jour, car elle est faite soit d’ivresse et de folie, soit de solitude et de silence, deux états qui siéent bien à mon caractère.

15. J’ai traversé vers l’âge de vingt ans une phase de consommation chaotique et intensive d’hallucinogènes. J’avais pour amant un demi-dieu aux cheveux blonds et aux yeux outremer qui avait à peu près tout expérimenté ce que la pharmacopée moderne avait à offrir, même le sirop DM contre le rhume et ses symptôme, qui selon lui « transforme en reptile » lorsque consommé en doses gargantuesques. Mettant mes études universitaires en péril, j’ai d’abord consommé avec lui du LSD en doses suffisantes pour entendre le bleu du sofa et goûter les nouvelles de la radio, en plus de voir se détacher mes bras et mes jambes de mon corps. J’ai aussi consommé pas mal de kétamine, un truc qui fait littéralement mourir : l’esprit se détache du corps, il se met à flotter et les hallucinations qui en résultent ont tout du voyage de l’âme au royaume des morts. J’ai tiré de cet épisode de ma vie la conviction bassement matérialiste que le mysticisme et les visions religieuses de la vie après la mort ont beaucoup à voir avec la physiologie et la chimie du cerveau.

16. Je n’ai aucun talent pour prendre en charge les contingences matérielles de la vie de tous les jours. Je ne suis jamais arrivée à temps à un rendez-vous de ma vie. Mes cours commencent systématiquement en retard et se terminent la plupart du temps par mon expulsion de la classe par le collègue qui enseigne le cours qui suit. On m’a déjà coupé deux fois l’électricité et trois fois le téléphone par pur oubli de ma part de payer mes factures. Et je suis psychologiquement incapable de les payer en entier, laissant toujours en sole impayé d’un ou deux dollars. Mon frigo est presque toujours vide, et ce qu’on y retrouve est généralement trop antique pour être consommé. Je n’ai ni voiture, ni carte de crédit, ni téléphone cellulaire, ni four à micro-ondes, ni laveuse, ni sécheuse et je n’ai la télé que depuis quelques semaines. Voilà pourquoi la perspective de devenir maman me remplit autant de bonheur que de terreur.

17. Mon rapport difficile à l’argent a eu comme conséquence, pendant mes courtes études doctorales, de me pousser vers la prostitution. Bien que je sois rentière depuis la mort de mon papi Archet, les frais de scolarité ontariens et le coût de la vie exorbitant à Ottawa m’ont rapidement plongé dans une situation financière que les prêts et bourses ne pouvaient solutionner. Or, je connaissais une copine qui offrait ses services comme escorte et je lui ai demandé de partager son appartement pour quelques jours, le temps de me refaire, en se disant que cela ne durerait que quelques temps. J’ai ainsi vendu mes charmes à temps partiel pour cent vingt dollars la demi-heure pendant presque un an, travaillant trois soirs semaine pour un salaire supérieur à tout ce que j’ai pu avoir depuis. Peut-être fus-je chanceuse, mais jamais n’ai-je eu affaire à des pervers, des salauds, ou des détraqués. La plupart d’entre eux étaient des messieurs tout le monde, souvent mariés, qui venaient me voir pour assouvir des fantaisies que leur refusaient leurs épouses. La plupart d’entre eux étaient respectueux, sinon franchement gentils et je ne garde aucun souvenir désagréable de cette période de ma vie. En fait, je ne me suis sentie ni plus ni moins exploitée que dans mes autres boulots. J’en arrive parfois à me dire que l’enseignement me pousse à monnayer à vil prix des talents bien plus précieux que ceux que je marchandais à l’époque…

18. Malgré ce que mon corps peut raconter, je suis un pur produit de l’élite petite-bourgeoise canadienne-française. Prenez mon grand-papa, Maître Hormidas Archet. Je ne l’ai rencontré que trois fois, dont une fois à l’âge de deux semaines et l’autre, deux jours avant sa mort, alors qu’il n’était plus tout à fait de ce monde. Tout ce que je sais de lui vient de ma mère… et de la bibliothèque qu’il m’a léguée. Avocat puis juge, mon honorable papi était en réalité un honorable salaud, nationaliste ultra-catho (à moins que ce ne soit ultra-nationaliste clérico-catho…). Membre de la Ligue d’action nationale, fan d’Henri Bourassa et de Lionel Groulx, il voyait des conspirations judéo-communistes-franc-maçonnes partout. Même Maurice Duplessis n’était pas assez traditionaliste pour lui, c’est tout dire. Mais Hormidas était un être de contradictions. Si publiquement il prônait l’ordre et la vertu, privément il collectionnait les curiosa. Le second rayon de sa bibliothèque était probablement le mieux garni de toute l’Amérique française. Comment s’était-il à l’époque procuré tous ces bouquins licencieux, alors que la censure était stricte et omniprésente ? Satan seul le sait. Toujours est-il que j’ai hérité de ces petits bijoux qui feraient bander d’envie le moins gourmand des collectionneurs – et je les chéris comme s’ils étaient mes enfants. En vérité, je n’ai qu’une hantise : les incendies.

19. J’entretiens un rapport complexe et difficile avec les lecteurs de ce blog. Mes convictions personnelles et mon mode de vie m’ayant habituée à l’opprobre et aux insultes, j’ai beaucoup de mal à assumer les compliments outrageusement enthousiastes qui remplissent quotidiennement ma boîte de courriel. J’ai parfois envie d’expliquer à mes fans qu’ils auraient intérêt à lire de vrais livres pour savoir enfin ce qu’est la littérature digne de ce nom, mais je n’ose commettre une telle faute de goût. Je préfère donc la plupart du temps ne pas répondre, tout simplement, quitte à passer pour la chipie égoïste que je suis réellement.

20. L’oubli est la passion dominante de l’humanité.

Ne m’oubliez pas.

25 commentaires pour “Vingt thèses sur moi-même (2/2)”

  1. ras ajoute:

    plus musclée cette deuxième partie !
    Qui le premier oubliera l’autre, le Rédacteur ou le Lecteur ? Regardes l’ami Rimbaud…
    Quel impact aura le net dans la persistance de la mémoire collective ?

  2. Janie ajoute:

    A l’item 11 il doit y avoir un peu plus de 50% de la population de la province de Québec qui est dans le même cas. A l’item 12 qui ne se croit pas mystérieux ? A l’item 13…il y a tant de gens qui aiment jouir et si peu qui aiment faire l’amour, le sexe c’est très surfait comme réputation… Même les dames démodées comme moi (et peut être surtout) on connu le LSD à s’en voir le squelette dans le miroir… et l’amour libre, celui d’avant le sida. Les années soixante dix vous avez déjà entendu parler ? A vous lire on dirait que le monde est né, le jour de votre naissance belle amie.

    Vous me décevez madame, moi qui vous admirais avec votre verve et votre sens de l’humour acerbe, vous tombez ce soir dans la complaisance et le cynisme si commun de cette décennie.

    La pire leçon de la vie c’est d’apprendre que les humains sont tous semblables, y’a rien de pire que d’être une fille ordinaire mais on en revient…

    La seule phrase sentie de ce texte…Ne m’oubliez pas !

    Janie, une femme ben ordinaire.

  3. Klon Dyke ajoute:

    Janie, je ne vois pas où la demoiselle nous dit qu’elle croît que le monde est apparu le jour de sa naissance, ni l’endroit où elle se présente comme différente des autres.

    Elle ne dit pas qu’elle est mystérieuse, mais bien qu’elle entretient son mystère, ce qui est différent. D »ailleurs, que savons-nous vraiment d’elle ?

    Je lis plutôt le témoignage d’une fille exagérément modeste en ce qui concerne ses talents littéraires. Et qui nous avoue avoir fait de la prostitution, ce qui n’est quand même pas rien.

  4. Yannou ajoute:

    Comment ne pas sentir de la méchanceté gratuite et inutile (qui fera sourire Anne, je l’espère) devant quelqu’un qui se dévoile. Étrange de placer des attentes dramatiques à propos de révélations de vérité chez ceux que l’on admire. L’imagination, la verve et la plume importent le plus, non? L’intérêt de ce jeu n’est pas de provoquer ou de choquer, mais d’être vrai (ou de nous y faire croire dans l’adaptation d’Anne). Mamy Janie a glissé ici, on dirait.

  5. Janie ajoute:

    Si je ne croyais pas au talent de cette Anne, je n’aurais pas écrit ce commentaire, j’aurais passé mon chemin.

    Quant aux attentes Yannou vous avez parfaitement raison, Anne n’est surement pas née pour ne pas me décevoir. Mais j’exprimais moi aussi, cette petite vérité.

    Vous pouvez remplir toutes les boites de courriel d’Anne de compliments et qualifier de méchanceté gratuite tout ce qui n’est pas louange. Je continue d’affirmer que ce billet a versé dans la complaisance et que le talent de cette dame est bien au-delà de cela.

    Je la croyais intemporelle, je trouvais son érotisme aussi proche de celui d’une Anais Nine que du mien ou du votre. Je l’ai toujours sentie vraie, qu’elle le soit ou pas…

    Sauf dans ce billet…

  6. Stavroguine ajoute:

    La méchanceté gratuite ai-je lu… Inutile dite vous?

    Mais la méchanceté coûte toujours; elle est aussi utile que l’air et l’eau.

    Anne, je me lèche encore les doigts que me voilà resservi.

    Assiette de cervelle en sauce chasseur. MmMmmmhhhhhHHHHMMmm

  7. sheepyr ajoute:

    L’item 13 me rend un grand service. J’y trouve mit en forme des choses que j’arrivais pas a formuler. Je voudrais pas mais je sens que inconsciemment, je vais piller cette prose.

    Jolie introspection en tout cas. On est comment apres ?

  8. ras ajoute:

    Comme disait ce bon vieux Jean, l’acte, et donc la méchanceté, gratuit n’existe pas….
    Il semble logique qu’une femme mure comme Janie, donc ayant affirmée puis assumé sa propre personnalité par l’expérience de la vie, trouvera dans cette prose Archet-ypale de la complaisance puisqu’il s’agit du texte d’une jeune femme de même pas trente ans, qui a certes traversé de cruelles épreuves, mais qui ne dispose néanmoins que d’une expérience forcemment limitée par le temps, qui n’a pas eu le temps de se construire (ou qui est en train de le faire) et qui encore dans le temps de l’affirmation de soi… Elle regarde encore le passé quand l’avenir l’attend. Je crois que les accents de rébellion trés « post ado » qui viennent parfois ternir certains textes par ailleurs tout en sensibilité ou subtilité ont pour origine:
    - culturelle, je ne connais rien à la Belle Province, mais visiblement vous avez eu votre lot de catho de droite aux manettes du pays, ça aide pas au calme…
    - familiale, sortir d’un milieu bourgeois en se sentant en totale contradiction avec ses valeurs doit perturber un long moment, surtout quand on profite encore de la soupe….
    - sexuelle, j’ai réguliérement eu l’impression d’une certaine immaturité affective de la part de quelques amis homo (je ne généralise pas). Je me demande si le fait d’être brimé pour ses gouts/choix sexuels n’entraine pas parfois une sorte de sclérose affective, se traduisant par un retard dans l’acceptation de soi
    Jannie (amusant, c’est Annie avec un J, le J de Joie ? Jouis ? Jolie ?), en disant que ce texte trés personnel la décevait, pensait peut être qu’il n’était pas à la hauteur des textes littéraires des Carnets, car elle ne s’y retrouve pas, ayant probablement résolu elle même ces questions depuis longtemps. Moi je trouve que ce texte révéle ce qu’il peut y avoir de fascinant dans ces Carnets: le processus créatif en oeuvre sous nos yeux. Gràace à ce blog, et au mélange de texte « sur » (et par) l’auteur et « de » l’auteur nous avons l’opportunité unique de mieux comprendre le cheminement des pensées ou des émotions d’une artiste. Aprés qu’on soit d’accord ou pas avec l’aspect politique, la vision personnelle, les choix de vie, n’a aucune importance ! En lisant Celine je m’envole, mais je ne partage rien des ses idées, de sa vie (indeed, je ne te compare pas à Celine politiquement parlant, Anne), Personnellement je n’accroche pas sur l’aspect anar que je trouve trop universitaire et pas assez empirique, je trouve aussi que la volonté systèmatique de « choquer de le petit bourgeois » gache parfois certains textes (une fois de plus, je ne suis pas québéquois), mais ce dernier « ne m’oubliez pas » du texte plus haut m’a collé des frissons pour le reste de la nuit hier soir….

    Annie, se faire déposseder de ses intentions est le sort de tout artiste, ce n’est que parce que j’aime tes textes que je me permet cette muflerie

  9. Janie ajoute:

    Merci Ras car moi aussi j’ai pensé à cette Anne que je ne connais pas cette nuit. Je suis une femme qui se prétend douce :-) et je me suis demandée pourquoi ce texte m’avait fait réagir. Peut être est ce la différence d’age mais il y a plus….
    Je suis arrivée la première fois sur ces cahiers avec un regard esthétique puisque je cherchais la beauté de certains sites car le mien est en construction.
    J’ai adoré l’esthétisme de celui là ! Alors j’ai lu pour voir si le contenu était à la hauteur du contenant.

    Une seule idée poursuivait son chemin en parrallèle en lisant ces textes les uns à la suite des autres…. » cette jeune femme nous parle d’elle à chaque mot sans jamais nous en parler  » Pour moi c’est ca un auteur ! C’est à cela qu’il faut tendre si écrire vous tient à coeur.

    Quand je suis arrivée hier sur ce texte …voilà…..

    J’ai fais l’erreur de penser que « commentaires » était un mot neutre et que l’on pouvait dire son « opinion » d’un texte.

    Par contre je ne suis pas maso, alors je vais ramasser mes vêtements en lambeaux … méchante…mammy…gratuite…je me rhabille avec….

    La méchante mammy inutile et gratuite va passer son chemin.

    Mais je continuerais à venir vous lire Anne car je ne doute pas que vous retrouverez cet art de nous parler de vous dans chaque mot sans en parler et que toutes les émotions qu’un enfant va mettre dans votre vie ne pourront que déborder dans la marge de vos carnets.

    Vous comprendrez que je me ferai silencieuse et permettez moi un conseil de mammy, prennez garde à vos admirateurs, ils vous « isolent » aussi surement que la laine de fibre de verre dans les murs de ma maison.

    Bonne journée Anne…

    La méchante mammy Janie

  10. Anne Archet ajoute:

    Ah la la, mais qu’est-ce que vous avez bien pu mettre dans votre gruau ce matin, bande de petits (je devrais dire petites…) chenapans ?

    Je vous l’ai dit, je ne suis douée ni pour l’honnêteté, ni pour la modestie. Ce qui fait que ça dérape nécessairement lorsque je tombe dans l’introspection. Janie a raison de dire que ces deux dernières notes n’étaient pas habiles. Elle n’a toutefois pas raison de mettre un « e » final à Nin et surtout de m’y comparer. Faut avoir le sens de la mesure, quand même.

    La vérité (dans la mesure où il est possible de l’énoncer) est que je ne suis ni plus ni moins exceptionnelle que la première venue. Je suis trop stirnérienne pour croire le contraire. Par contre, il ne faut pas déduire de ce qui précède que je crois être l’initiatrice historique de la révolte universelle. Impossible pour moi d’ignorer la contre-culture des années soixante-dix avec la mère que j’ai ; d’une certaine façon, je m’en souviens mieux que ceux et celles qui l’ont réellement vécue !

    Il faut en me lisant prendre pour acquis que j’applique le mot d’ordre rimbaldien du « je est un autre » de façon systématique et acharnée. Le « je » est pour moi un universel. Dans cet optique, relisez la thèse onze en le remplaçant par le « nous »…

    Finalement, j’aimerais Janie que vous vous sentiez toujours à l’aise de commenter ici, en bien, en mal, en critique, en laudatif, en sérieux ou en futile. Vous commentaires sont très appréciés et je ne saurais m’en passer.

  11. Anne Archet ajoute:

    Klon Dyke » Seriez-vous l’illustrissime dyke nommée Klon que l’on rencontre chez les tricoteuses ? ;-)

  12. Télépinou ajoute:

    ben moi ça m’inspire plutôt des trucs comme :
    - l’adolescence, c’est le seul moment où on apprend quelque chose, l’âge adulte me semble une illusion et une prison.
    rester révolté, c’est rester vivant.
    - dans un autre questionnaire, vous disiez avoir monnayé votre corps une fois et en avoir honte, il y a donc un mensonge quelque part (sourire).
    - vous connaître, Mlle ? à chaque fois que cette impression me guette, je retourne dans vos archives et je vous perds de nouveau (un délice). Néanmoins, il y a quelque chose de vous que l’on peut appréhender avec une grande confiance : c’est votre sensibilité.
    - je ne pourrais pas vous oublier puisque je ne vous connais pas (sous forme incarnée). Certains de vos textes en revanche me resteront (ne pensez pas pour autant que vos messages « hors texte » me soient de rien).
    - je regrette qu’il y ait si peu de retentissement issu de vos expériences hallucinatoires (délires, poésies, tout ce que vous voulez). Le matérialisme vous aurait-il totalement vaincue ?
    - c’est amusant c’est obligation à l’originalité où l’on vous tient, comme si vous deviez absolument être une extra-terrestre, pourtant j’imagine que lorsque vous bouffez une banane,vous ne passez pas le bras derrière la nuque. Et l’important dans l’originalité ou la banalité, c’est pas quoi, c’est comment.
    - et après quatre heures de sommeil, vous parvenez à vous concentrer sans fléchir?
    là vraiment vous m’impressionnez.

  13. Stavroguine ajoute:

    Elle nous traite de petits chenapans!

    AAAAdorable: déjà, elle commence à cultiver l’attendrissement de la futur parente.

    J’adore les « fluides-de-la-plume» qui comme Anne, et Cioran dans mon cas, réussisent à exprimer en mots ce que l’humble peinturlureur que je suis arrive à peine à extraire de sa tête au risque qu’elle n’explose.

  14. Janie ajoute:

    Lettre d’Anaïs Nin datée du 13 octobre 1973

    Octobre 13, 1973

    Cher Marcel.

    Pour vous éviter de chercher un traducteur je vous écris une lettre de paysanne française qui n’a jamais été à l’école. Pouvez-vous supporter des fautes d’orthographes ? Quelle joie de recevoir votre livre, de l’ouvrir, de lire au hasard les pages sur Zola, Dostoievsky – sur l’écriture, de sentir que je comprends tout, que si seulement les autres lisaient ces pages si éblouissantes de clarté et ce livre ivre le plus lucide de tous. Les soit-disants lucides sont aveugles. Comme je vous souhaite assez de vrais lecteurs pour vous nourrir, soutenir, car ce que vous avez à dire pourrait sauver la France de sa stérilité intellectuelle. On me dit dans les universités qu’ils commencent à étudier la critique de Barthes, les américains qui n’ont qu’un computer dans la tête, ils commençaient à sentir, ils ont besoin de vous, de vos mots brûlants. Voilà, ils recommencent à fermer et à ne pas sentir – ils me parlent de l’école Barthes – des écrivains morts-vivants selon moi. Bon. Je vous envoie à part de quoi m’acheter 10 livres. Ecrire à l’éditeur ne m’a pas réussi. Faites l’éditeur me les envoyer par avion. Autrement, il faut attendre 6 semaines ! City Lights (Ferlinghetti) s’intéressait à La Pensée Mongole mais trop petite maison d’édition pour entreprendre la traduction – en Amérique, je me désole d’être prisonnière du temps. (…) Je ne peux pas venir cette année parce que l’invitation de Bay ne représente que du travail – vie publique que je commence à détester. Enseigner au jeunes, j’aime, mais ne voir que des journalistes, festival du livre, radio, etc. Non. Laissez-moi savoir comment a été reçu votre livre. (…) Anaïs

    Ne vous en déplaise Anne…j’y entends très bien votre voix. Ceci dit…avoir le même accent n’est pas être confondue…Bonne journée…

    au plaisir de vous relire…

    MéchanteMamieJane
    ps..finalement j’aime assez ça comme nickname… MMJ

  15. Hugues ajoute:

    « On dis que lorsqu’un Homme decouvrira la vraie nature de l’Humanitée celle-ci changera en quelque chose d’encore plus etrange et incomprehensible. Certains pretendent que c’est deja arrivé. »
    Adaptation libre d’aprés Douglas Adams

  16. Justine Miso. ajoute:

    J’aurai eu envie de commenter chaque paragraphe… Je me contenterai de déplaire à la belle Anne en lui disant qu’elle est toujours aussi émouvante

  17. Stavroguine ajoute:

    La nature humaine

    L’homme est un singe dont la route a croisé la route d’un mage particulièrement mal intentionné qui pour le punir l’a affublé d’intelligence. Depuis, il erre comme une créature maudite détentrice du cadeau infame de la conscience de soi, l’expulsant ainsi de son animalité, le privant à jamais de l’insouciance.

    Une fois ceci dit, que reste-t-il?

  18. ras ajoute:

    je sens comme une vague de mélancolie plomber les commentaires de ce blog….
    Allez une chanson !

    Que Reste il de nos Amours ?

    Ce soir le vent qui frappe à ma porte
    Me parle des amours mortes
    Devant le feu qui s’ éteint
    Ce soir c’est une chanson d’ automne
    Dans la maison qui frissonne
    Et je pense aux jours lointains

    {Refrain:}
    Que reste-t-il de nos amours
    Que reste-t-il de ces beaux jours
    Une photo, vieille photo
    De ma jeunesse
    Que reste-t-il des billets doux
    Des mois d’ avril, des rendez-vous
    Un souvenir qui me poursuit
    Sans cesse
    +
    Bonheur fané, cheveux au vent
    Baisers volés, rêves mouvants
    Que reste-t-il de tout cela
    Dites-le-moi
    +
    Un petit village, un vieux clocher
    Un paysage si bien caché
    Et dans un nuage le cher visage
    De mon passé

    Les mots les mots tendres qu’on murmure
    Les caresses les plus pures
    Les serments au fond des bois
    Les fleurs qu’on retrouve dans un livre
    Dont le parfum vous enivre
    Se sont envolés pourquoi?

    {au Refrain}

  19. Stavroguine ajoute:

    Aller, Ras, je te relance avec ma préférée, bien que la tienne me mette toujours et encore la larme à Loeil…

    Rien n’est jamais acquis à l’homme Ni sa force
    Ni sa faiblesse ni son coeur Et quand il croit
    Ouvrir ses bras son ombre est celle d’une croix
    Et quand il croit serrer son bonheur il le broie
    Sa vie est un étrange et douloureux divorce

    Il n’y a pas d’amour heureux
    Sa vie Elle ressemble à ces soldats sans armes
    Qu’on avait habillés pour un autre destin
    A quoi peut leur servir de se lever matin
    Eux qu’on retrouve au soir désoeuvrés incertains
    Dites ces mots Ma vie Et retenez vos larmes

    Il n’y a pas d’amour heureux
    Mon bel amour mon cher amour ma déchirure
    Je te porte dans moi comme un oiseau blessé
    Et ceux-là sans savoir nous regardent passer
    Répétant après moi les mots que j’ai tressés
    Et qui pour tes grands yeux tout aussitôt moururent

    Il n’y a pas d’amour heureux
    Le temps d’apprendre à vivre il est déjà trop tard
    Que pleurent dans la nuit nos coeurs à l’unisson
    Ce qu’il faut de malheur pour la moindre chanson
    Ce qu’il faut de regrets pour payer un frisson
    Ce qu’il faut de sanglots pour un air de guitare

    Il n’y a pas d’amour heureux
    Il n’y a pas d’amour qui ne soit à douleur
    Il n’y a pas d’amour dont on ne soit meurtri
    Il n’y a pas d’amour dont on ne soit flétri
    Et pas plus que de toi l’amour de la patrie
    Il n’y a pas d’amour qui ne vive de pleurs

    Il n’y a pas d’amour heureux
    Mais c’est notre amour à tous les deux
    Louis Arago

  20. Stavroguine ajoute:

    Lire Aragon

  21. Ektor ajoute:

    Puisque l’ambiance est musicale, je voulais demander à notre hôte si elle connaissait et avait déjà écouter le groupe « La Tordue ». Il est francais, certes, mais je suis certain qu’on trouve leurs disques au Québec.

    Si tu ne les connais pas, je t’invite à les découvrir et serait ravi de savoir ce que tu en penses. (I.N.R.I., La guerre…)
    Si tu connais, tant mieux.

    En les écoutant hier je me suis dit que ca devrait te plaire…

    http://www.gribouilli.com/latordue2003/

  22. ras ajoute:

    Oui Stavro, c’est étonnant parce qu’à la place de Trenet, j’ai failli copier « est ce ainsi que les hommes vivent »
    Il y a eu une magnifique interprétation par le regretté Philippe Leotard…

    Entre la Sarre et la luzerne fleurissaient les seins de Lola….

  23. Sanieptia ajoute:

    11 – Vous devriez être heureuse de vivre dans un pays « libre ».
    12 – Bravade. Vos écrits nous disent qui vous êtes. Et n’ayez pas peur des classements, ce n’est pas la meilleure chose que l’on ait inventé pour comprendre. Ou alors si, ça a été inventé pour ceux qui ne comprennent rien, c’est à dire pour la plupart d’entre nous.
    13 – Vous faites l’amour toute seule en quelque sorte, sauf avec votre aimée.
    14 – La façon dont nous nous structurons grâce au sommeil, au rêve, est aussi très intéressante, c’est une sorte de double vie !
    15 – Dangereux… Mais peut-on vivre de façon intéressante sans un minimum de danger ?
    16 – Nous sommes encore amis (contingences matérielles) mais pas du tout de la même façon que vous.
    18 – On choisit pas sa famille… Heureusement, ce grand-père ne vous a pas laissé que des choses négatives, à part la peur des incendis…
    19 – C’est pour que vous vous familiarisiez avec votre vrai visage, très chère… Qu’est-ce que la « vraie » littérature ? Et les « vrais » livres existent-ils ? Il n’y a que des mots… des mots qui se balladent ici ou là…

  24. LDS ajoute:

    Anne, pourquoi tant de fausse modestie ?

    Tu es parfaitement lucide quand à ton talent de raconteuse. Certes, tu as un doctorat en littérature, tu as la science grammaticale pour acquis, les mots viennent plus facilement, surtout les plus compliqués (il faudrait te lire muni d’un dictionnaire) mais tant de modestie affichée a faillie m’induire en erreur parce que tu sais et mesure mieux que personne tes nombreux talents… ils sont exceptionnels

    J’aime ta vision de la vie, cette manière de te raconter est prétentieuse mais pour exister à travers son azerty, la prétention autant que la modestie est une marque de modernité.

    Tu as eu vie assez maudite. Tu as survécu aux cancers bordel, je te félicite, tu es magnifique car si peux rancunière face a deux telles tragédies, qui probablement ne sont pas les seuls drames rencontrés… Tu es une survivante et avertie !

    Mais tu te gaches, avec autant de péripéties, tu pourrais nous offrir un best seller, tu a le talent nécessaire ma chérie, alors accepte ta dotation et fait de toi un génie en devenir.

    Voilà, chaleureux baisés (respectueux ces baisés, aucune connatation pégorative ou baveux à ces baisés, deux vraix baisés de cinéma des années 50) et très bonne continuation.

    LDS

  25. rana ajoute:

    « Comment s’était-il à l’époque procuré tous ces bouquins licencieux, alors que la censure était stricte et omniprésente ? »
    Ah bon ? Mais n’était-ce pas lui, le censeur ?
    La censure serait-elle un moyen de se réserver des morceaux de choix ?

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