AA, anarchopédiste

Que faire en ce début de novembre lorsque les copies à corriger s’accumulent et que le cafard automnal lié à la diminution des heures d’ensoleillement ne cesse de progresser ? On se lance à corps perdu dans des projets inutiles qui dilapident son temps précieux pour avoir le soulagement de penser à autre chose.

Dans cet esprit, je vous invite (et quand je dis vous, je pense surtout à Justine Miso qui m’a déja posé une question à ce sujet) à lire l’article intitulé Amour libre que je viens de pondre pour Anarchopedia. Vous allez voir, ça ressemble à un hybride entre de la vulgaire propagande anar et une mauvaise dissertation universitaire.

En ce qui me concerne, j’annule tous mes cours et je retourne me coucher.

[EDIT]

Plus de quarante commentaires… dois-je en déduire que l’anarchie vous intéresse davantage que l’érotisme ?

(Entre nous, ça me surprendrait.)

Quoi qu’il en soit, j’ai également commis pour Anarchopedia quelques biographies d’anars individualistes comme Armand, Han Ryner et Zo d’Axa et je travaille (ha !) sur un article portant sur l’individualisme aristocratique de Nietzsche et Palante. Je tiens d’ailleurs la liste de mes contributions sur ma page d’utilisatrice ; allez la voir si le coeur vous en dit.

59 commentaires pour “AA, anarchopédiste”

  1. YR ajoute:

    J’ai beaucoup appris en lisant ce texte, voici un domaine avec lequel je ne suis pas familier.

    Un bémol sur un passage en particulier:

    Je suis méfiant en ce qui concerne toute réflexion utilisant entre autre comme prémisse que le patriarcat est une forme de gangrène à éradiquer.

    À proprement parler, le patriarcat est un héritage atavique et culturel propre à notre espèce animale comme le matriarcat peut l’être chez les éléphants, du moins tout porte à le croire.

    Cette chasse aux sorciers s’inscrit surtout dans un discours à la mode plutôt mal étayé et fleurit particulièrement dans l’argumentaire du féminisme radicale. Du point de vue intellectuel, cette condamnation à priori du patriarcat est une dérive évidente, puisque fondée sur une perception partiale et culturelle du patriarcat ainsi que sur un déni de notre nature intrinsèque; elle occulte la plus grande partie de l’histoire humaine et son évolution.

    Ce même précepte établit une discrimination sans fondement raisonné entre les sexes, promulguant sans argumentaire valable, les valeurs matriarcales. On en profite, du coup, pour utiliser le patriarcat «comme mot-décharge publique» dans lequel il est bienvenu d’entasser toutes les misères du monde.

    Ce genre d’errances intellectuelles à la Emma Goldman sont utiles lorsque vient le temps de discerner les idéologies et les religions de la véritable réflexion.

    YR

  2. Justine Miso. ajoute:

    Ouah.. vous pensez à moi :-)

    Je sais que ça vous énerve mais j’aime beaucoup ce que vous faîtes… C’est comme ça; on ne choisit pas es fans ;-p

    J’M.

  3. Anne Archet ajoute:

    YR » Je crois que nous ne nous entendons pas sur la signification du terme « patriarcat ». Le patriarcat est un phénomène social. C’est l’institutionalisation de la domination hiérarchique des hommes sur les femmes et les enfants dans la famille, et la projection de cette domination hiérarchique sur la société en général.

    Les termes patriarcat et matriarcat n’ont donc rien à voir avec la nature ou la biologie – et n’ont pas d’équivalent chez les animaux. Ce n’est donc pas un atavisme mais une construction historique. Dire que le patriarcat est un phénomène naturel, c’est justifier la domination des hommes sur les femmes, ce qui, vous l’avouerez avec moi, est inacceptable.

    Ceci étant dit, aucune anarchiste n’a jamais proposé de remplacer le patriarcat par le matriarcat, surtout pas Emma Goldman. Les (rares) féministes qui l’ont fait n’étaient pas anarchistes mais des radicales à tendance crypto-fasciste.

  4. YR ajoute:

    Mhhhh, oui, je vois. Comme la définition qu’on trouve de ce mot est vague, la méprise est facile, n’est-ce pas?

    Je faisait allusion aux éléphants pour une raison : il est édifiant de mettre en relief que certaines sociétés sont dirigées par des femelles, dans ce cas ci, par la femelle dominante du clan. Cette «domination» pourrait donc être inscrite dans leur identité génétique et culturelle. (Oui, certaines espèces animales ont des référents culturels, tout comme nous : baleine, dauphin, éléphants, grands singes)

    C’est là où le terrain commence à être glissant, question sémantique: s’agit-il ici d’un matriarcat? Vous dites que non; pourtant, si on se fie à certaines définitions, tout n’est pas si clair.

    Aussi, doit-on considérer qu’une société dirigée par un genre est nécessairement DOMINÉ par ce genre? Poussons un peu, ça ne coûte rien : le genre qui est en charge de diriger sa société n’est-il pas asservi par cette tâche et donc au service de ses paires? Mais alors, y a-t-il vraiment dominance?

    La question pourrait être: fait-on une utilisation juste des mots patriarcat et matriarcat puisque, par notre usage contemporain, ces mots ont revêtu une signification péjorative qui les dépouille de leur signification naturaliste?

    Ou encore : suis-je ne pleine masturbation sémiologique?

    YR

  5. YR ajoute:

    PS
    Merci de m’accueillir sur votre blog
    YR

  6. oldcola ajoute:

    Hello,

    j’aurais dit que patriarcat et matriarcat sont des phénomènes culturels plutôt que sociaux, sinon la confusion avec les sociétés animales est hautement probable [ruches, fourmilières, poulaillers etc ;-)]

    Quant à la culture chez des mammifères autres que les humains, je suis sceptique…

  7. Anne Archet ajoute:

    Oldcola a raison (comme c’est à peu près toujours le cas, d’ailleurs !). Le patriarcat est un phénomène culturel dans le sens anthropologique du terme.

    Si une société est dirigée par un sexe, il y a nécessairement domination hiérarchique sur l’autre sexe ; on ne s’en sort pas. Je ne dis pas que les hommes en tant qu’individus ne souffrent pas du patriarcat. En fait, je suis convaincue que de se faire imposer arbitrairement un rôle social est néfaste pour l’individu, même si ce rôle est celui de maître.

    Les arrangements sociaux entre hommes et femmes sont culturellement définis. Ils ne sont pas imposés par la biologie. Et lorsqu’on est anar, on croît (et on arrive à démontrer aussi) que ces arrangements peuvent et doivent être débarassés des liens de domination hiérarchique.

  8. Télépinou ajoute:

    ouahé merci, prof
    voila qui nourrit une lointaine interrogation (intéressant)

    et puis c’est rigolo, ce ton sur l’anarcopédie, combien de personnes imagineront que l’on tient les comptines pour ne pas dormir de la même plume, alors que, en fait…

    moins qu’une discussion conceptuelle, maintenant j’attendrais que vous nous exprimiez avec des mots justes comment on tient les rênes de la liberté et du désir, ce qu’une approche objectiviste-mécanique ne peut dire, non.
    mais la poésie
    si

  9. YR ajoute:

    Je trouve cette discussion fort stimulante!

    «Si une société est dirigée par un sexe, il y a nécessairement domination hiérarchique sur l’autre sexe»

    AA

    Plusieurs société tribales ont vécu autre chose… Entre autres, des sociétés d’Afrique et d’Amérique, dites à tort primitives, à l’instar des Wendat dont une communauté subsiste toujours dans la région de Québec, ont été dirigées à l’intérieur d’un système politique patriarcal par lequel des hommes, nommés par des femmes, dirigaient la destinée de leur peuple tant et aussi longtemps qu’ils conservaient la confiance de ce groupe de femmes. On peut donc dire que le peuple Wendat vivaient à l’ombre d’un patriarche, lui même redevable aux représentantes de sa société.

    Quelqu’un s’intéressant à la chose patriarcale aurait grand plaisir à explorer les systèmes politiques pratiqués en Amérique avant l’arrivée intempestive des européens. C’est avant tout l’avènement de certaines religions dont celle de l’église romaine qui a perverti ce système politique puisqu’il s’agit bien de cela. Le patriarcat, en soi, n’est qu’une forme de structure sociale et politique, qui comme n’importe quoi peut être pervertie… ou mise à profit.

    Comme disait René, «Faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain»

    Qu’en pensez-vous?

  10. Anne Archet ajoute:

    L’exemple des Wendats, comme celui des autres peuples semi-sédentaires de l’est de l’Amérique du Nord est intéressant car il présente le cas d’une société qui n’est pas patriarcale (ni matriarcale, d’ailleurs, même si la transmission du patrimoine était matrilinéaire). Les tâches étaient strictement divisées selon le sexe, les femmes étant responsables de l’agriculture et les hommes de la guerre et de la chasse, mais il n’y a pas de domination d’un sexe sur l’autre. Il y avait bien un chef par village, mais ce n’était pas un patriarche (qui par définition est l’ancien du groupe) mais un guerrier dont le pouvoir résidait dans sa capacité à créer le consensus auprès des autres hommes (en clair, de faire accepter ses décisions). Les membres du village avaient la liberté individuellement de ne pas obéir aux décisions du chef et les femmes pouvaient y opposer un veto collectif si la guerre ou la chasse menaçaient leurs activités agricoles.

    Je le répète, la définition du patriarcat est simple : c’est la domination de l’homme sur la femme au sein de la famille et la projection de ce rapport sur l’ensemble de la société. Il n’y a rien de positif a tirer du patriarcat. Il y a certainement du positif a tirer des valeurs masculines valorisées par le patriarcat que sont le courage, la force, la volonté de protéger, etc. Mais ces valeurs ne sont qu’accessoires au système patriarcal, qui peut très bien fonctionner sans elles. L’essence du patriarcat n’est que domination et soumission.

  11. YR ajoute:

    Votre connaissance des Wendat, Anne, est impressionnante, ce qui est rafraichissant dans une société qui a tendance à percevoir les Premières Nations sous le filtre ambiant des préjugés. Je reçois positivement vos arguments. Il me faudra dorénavant penser à situer différemment le mot patriarcat dans mon vocabulaire.

    Et si nous retournions maintenant aux affaires courantes, comme le demandait Télépinou, qui a fait preuve jusqu’ici de beaucoup de patience ? J’avoue me sentir gêné de ce détournement de sujet!!!!
    :)
    Y

  12. Espace P... ajoute:

    « [L’approche libertaire] finit premièrement par devenir une célébration des toutes les manifestations du désir, même celles qui mènent à la domination et à l’exploitation de l’autre, comme le viol, la pédophilie et le commerce sexuel (pornographie, prostitution). »

    La tournure laisse penser que tu reprends à ton compte l’assimilation de la prostitution au viol et à l’exploitation. S’il est vrai qu’une frange considérable des métiers du sexe relève au moins de l’exploitation commerciale voire de l’esclavagisme sexuel, j’ose espérer que tu laisses une place dans ton esprit pour la notion de travailleur sexuel proposant un service librement consenti et jouissant entièrement de la rémunération qui en découle. Car il y en a ! Un peu partout dans le monde (à travers, donc, les cultures et les organisations sociétales) des travailleurs sexuels réclament le droit de ne pas être considéré(e)s comme des victimes, soit parce que ce statut les handicape socialement, soit parce qu’ils ne se retrouvent tout simplement pas dans une définition passive et victimisante de leur activité. Cf. le mouvement «Sluts Unite» initié par Carol Leigh, alias Scarlot Harlot qui œuvre depuis 30 ans pour la reconnaissance des droits des sexworkers : http://www.unrepentantwhore.com/. Et le mouvement n’est pas en passe de s’éteindre : une conférence/manifestation internationale et itinérante (elle tourne dans le monde –et pas qu’occidental– depuis près de vingt ans) des travailleurs du sexe s’est d’ailleurs tenue il y a peu à Bruxelles : http://gengibrelilas.blogspot.com/2005/10/sex-workers-unite.html ; http://www.sexworkeurope.org/ . Il est d’ailleurs intéressant de constater que les hommes et les femmes qui se livrent de leur propre chef à la prostitution ou à la pornographie (ou à leurs très nombreux avatars), rencontrent les même problème de stigmatisation et de victimisation –ou de mépris–, sans distinction de genre.

  13. Anne Archet ajoute:

    Faudrait pas me faire dire ce que je n’ai pas dit. Le travail du sexe n’est pas le viol, c’ est l’esclavage salarié, la marchandisation des corps comme il s’en pratique dans une société marchande et spectaculaire.

    Que les travailleuses et travailleurs du sexe ne se considèrent pas comme des victimes, grand bien leur fasse. Reste néanmoins qu’ils subissent l’exploitation capitaliste comme tous ceux et celles qui n’ont d’autre choix que de vendre leur force de travail. Fut-elle située entre leurs cuisses.

    Bref, ce n’est pas tant la prostitution ou la pornographie qui me choque, c’est le travail. Militer pour améliorer ses conditions de travail, c’est bien, mais agir pour abolir le travail, c’est mieux.

  14. Madrilene ajoute:

    « Être pleinement humain demande donc, pour la morale traditionnelle, que l’individu soit en contrôle de ses pulsions sexuelles et les réprime ou les sublime au besoin. »"On se lance à corps perdu dans des projets inutiles qui dilapident son temps précieux pour avoir le soulagement de penser à autre chose »

    c’est t’y pas sublime ca ? ;-)

    Bon treve de mauvaise foi, je cours me coucher pour m’annuler un chuïa !

  15. Espace P... ajoute:

    Bien, me voilà (un peu) rassuré. La notion de marchandisation des corps est, elle-même, une caricature médiatique de ce qui se passe dans l’intimité de la relation client(e)-prostitué(e). Car en fin de compte, le corps ne se vend pas au cours de la passe : un service est presté qui ne tient pas que de la pénétration. D’ailleurs, à pousser l’analyse marxiste avec un peu de cynisme, on pourrait dire que les prostituées sous statut indépendant sont autant du côté de l’exploitation capitaliste que les médecins ou les marchands de biens de consommation de première nécessité.

  16. YR ajoute:

    Je me souviens, alors que j’étais de passage dans un bar de danseuses, (lors d’un voyage astral, s’entends) d’avoir été témoin d’une scène surprenante: une superbe créature habillée de ses charmes se consacrait à plumer systématiquement un jeunot d’à peine 16 ans, trop bandé pour copmprendre qu’il se faisait dépouiller de toute sa paie et de son labeur hebdomadaire pour quelques instants de libertinage insignifiants.

    Il s’agissait là de la plus belle scène de pickpocket qu’on puisse voire. La créature divine, qui n’avait d’amoureuse que l’apparence trompeuse, telle une sirène, avait hypnotisé sa proie, comme le font certains prédateurs, lui faisant croire à des paradis onctueux et à des résurgences de sentiments, pour «ensaliver» le jeune mâle et le passer à la grande moissonneuse à oseille, et ce, avant même l’âge légal de voter.

    Outré, je me suis levé pour intervenir… Mais me suis ravisé: lorsqu’on est en voyage astrale, il est dangeureux d’intervenir sur la réalité.

  17. Anne Archet ajoute:

    Je trouve assez curieux cette conception de la prostitution où c’est la pénétration qui fait l’exploitation… on croirait entendre Bill Clinton !

    Je n’aime pas me mêler de ce qui ne me regarde pas, et surtout lutter pour une cause qui n’est pas la mienne. Mais je peux quand même avoir un avis sur la chose, et à mon avis il est admirable que les travailleuses et travailleurs du sexe s’organisent pour lutter contre le harcèlement policier et l’opprobre sociale ou pour obtenir la décriminalisation de leur métier. Mais personnellement, je crois qu’ils n’ont rien à obtenir d’une légalisation de la prostitution. Les ouvriers ont lutté pendant presque deux siècles pour des mesures étatiques de compensation sociale et en ont obtenu beaucoup. Mais ça n’a rien changé essentiellement à leur condition, si ce n’est de les intégrer définitivement au système et de devenir un rouage de leur propre exploitation. C’est ce qui arrivera immanquablement aux prostituées devenues des professionnelles respectables du sexe.

    N’étant pas marxiste, je ne suis pas fétichiste du travail. Ce n’est pas uniquement le travail salarié et la confiscation de la plus-value mais bien le travail en tant que tel que j’estime délétère. La prostitution, comme toutes les formes d’activités qui se déroulent dans un contexte transactionnel et médiatisé par le marché, est une des expressions de la domination hiérarchique. Le travail pervertit les activités humaines, le travail tue la pensée, le travail gruge la vie. La sexualité, qui devrait et doit être un jeu, qui devrait être l’activité ludique par excellence, est diminuée et détournée par le travail. Le travail est basé sur l’échange et l’utilité – ce n’est pas l’activité en soi qui importe, mais l’intérêt qu’on en tire. Le jeu est basé sur le don – c’est l’activité elle-même qui importe et qui gratifie.

    Évidemment, l’exploitation varie d’une forme de travail à l’autre. Mais il n’y a pas de travail sans exploitation. Personnellement (on y revient toujours), je suis en tant que prof ridiculement peu exploitée par rapport à un ouvrier chinois ou un vadrouilleur de chez Macdo, puisque ma paye est bien plus élevée et mon horaire plus souple. N’empêche que mes activités de prof se font sur un mode transactionnel. Je suis payée pour enseigner de la façon qu’on m’ordonne de le faire. En échange d’un salaire sur lequel dépend ma survie, je dois dois me plier à une série de normes et d’obligations définies par mes supérieurs et l’État, répondre de mes actes, être à leur disposition et accepter leur surveillance le temps ou je suis à leur service. Parce que le mot service ici est central : je sers. Bien que je ne veuille être ni maître ni esclave, je suis contrainte de servir d’une façon ou d’une autre car ma survie en dépend. Dans un monde libéré des liens sociaux de domination hiérarchique, je me consacrerait probablement à l’éducation, puisque c’est un des trucs qui me plaisent. Par contre, ce serait une activité ludique basée sur le don, pas du travail. Ce serait aussi une activité qui ne bouffe pas toute mon existence en la remplissant de temps morts anti-vie.

    Maintenant, reprenez le précédent paragraphe et remplacez les mots «prof», «enseigner» et «éducation» par «travailleuse du sexe», «baiser» et «sexualité». Ne voyez-vous pas que c’est le travail qui est le problème ?

  18. Espace P... ajoute:

    Bill Clinton ?!? Jésusmariejoseph ! quelles étranges voix peuplent donc mes lignes ? Non, je n’évoquais la pénétration que pour nuancer la notion très à la mode de « marchandisation du corps » : la prostitution n’est pas qu’affaire de corps qui se mélangent, point. Quant à la vénération du travail, il n’en est pas question dans mon chef, même si le marxisme me semble fournir à l’occasion quelques outils d’analyse intéressants. Dans tous les cas, il me semble que la revendication des travailleurs du sexe n’est effectivement qu’un plaidoyer d’équité : laissez nous être exploité(e)s comme les autres, sans précaution moralisante, avec les mêmes droits et les mêmes devoirs. Ensuite, normalisés, banalisés et reconnus dans leur activité (et instrumentailsés dans le mécanisme de leur propre exploitation, il est vrai qu’on n’y coupe pas), les travailleurs du sexe auront tout à loisir de préparer l’abolition de la société du travail, si cela leur chante… Mais il n’y a pas de raison que la fronde naisse de là plus que d’ailleurs.
    Enfin, tout personnellement, je pense que de ton salaire ne dépend que ton confort social et intellectuel, pas ta survie : il y a des clochards et des babas (et des allumés retournistes de toute sorte) qui vivent vieux.

  19. YR ajoute:

    Génial!

    Voilà justement pourquoi je «travaille» en ce moment à rediriger ma production artistique au service de mes propres projets; c’est ma façon de conjurer le travail, cet espèce de cancer de liberté.

    Mais revenons au cul, deux secondes. Ce sujet ne cesse de dérailler!

    Parlons AMOUR LIBRE, que diable!

    Bien que n’étant pas spécialement féru de la chose, tout en étant occasionnel pratiquant, il m’arrive de croire que la rétention de la pulsion sexuelle, qu’elle soit volontaire ou induite, peut, je dis bien peut, par une réaction à la contention d’un flux vital puissant, provoquer des états créatifs.

    L’assouvissement perpétuel est pour moi une forme d’embaumement formique à craindre à tout prix. La tension sexuelle, du moins chez moi, est un outil de création indispensable. Le danger est de sublimer sa sexualité en outil de travail, me direz-vous, ce à quoi je répondrai: absolument, absolument. On ne vit pas sans danger.

  20. hugues ajoute:

    Amour libre
    Interessant
    Cela sous entend donc l’existence d’un amour captif?
    Ou je m’egare?

  21. Ras ajoute:

    vive la folle poésie qui fait bander !
    A bas l’intelectualisme rationel qui fait débander !

    tel est mon slogan…

  22. Télépinou ajoute:

    en fait sans renier ma première intervention, j’ajoute un intervalle: j’aime bien quand Mlle Anne descend dans l’arène, surtout quand elle a mis sn costume de pétroleuse pour distribuer des ippons à tout le monde… alors si d’autres se sont fait casser la gueule, pourquoi pas moi, pour bien le mériter je suis venu avec mes questions :

    il y aurait à sauver du patriarcat les valeurs de force, courage, envie de protection : n’est-ce pas la pure définition du héros hollywoodien ? comment préserver ce mythe sans être nocif (les hommes ne sont pas des héros), comment échapper au culte de la brutalité (la force est un pouvoir, le pouvoir sert), de l’autorité, alors que ce sont les mêmes émotions qui sont en jeux?

    Le sexe… ludique : bon mais comme jeu partiel (tiens, et si on niquait?), ou bien comme jeu total (correspondance charnelle du sentiment amoureux).
    c’est quoi le sens de Amour, dans amour libre?

  23. Madrilene ajoute:

    A mon avis , le capitalisme, contraimenet aux autres tentatives mises en oeuvres jusqu’à présent, marche si bien JUSTEMENt parce qu’il a intégré une dimension ludique au sein même du systeme et qu’il en joue : il y a suffisemment de jeu(x) (je) dans les rouages pour que l’illusion fonctionne à merveille (y a qu’a voir la bourse qui n’est qu’un grand parc d’attraction pour joueurs attardés, mais ce qui se passe dans un magasin tout aussi bien…)
    ensuite je vous trouve un peu Manicheenne et presque naive Mme Archet : au lieu de penser les systemes dans une opposition frontale et tranchée, ne faudrait-il pas justement penser tous les bénéfices des per-versions ou mieux des subversions possibles, bref de tout ce qui fait « tourner » , varier ou dérailler un systeme de l’intérieur, au lieu de l’attaquer de l’extérieur par l’exclusion. jouons a subvertir le travail au lieu de dire qu’il est tout le mal du monde en regard d’un sphere de don absolu (y a toujours du contre don) de jeu immediat pure : selon moi, il n’y a pas d’autre coté, à l’image du ruban de moebius ou de la bouteille de Klein, en revanche on peut distordre, faire pivoter, incliner, et dans le cas du travail cesser le travail pourquoi pas, mais par intermittence. Et si ce « tripallium » nous faisait aussi « jouir » ?
    Quant à l’amour libre, perso je m’en fous !

  24. YR ajoute:

    Voyons Télépinou, le héros n’est pas un mythe: elle existe toujours, cette brute primitive qui baigne dans la testostérone! Si un jour des flammes lèche avidement le pied de ton lit, fortes sont les chances qu’un bel adonis vêtu de caoutchouc vienne te sauver de la combustion instantanée!
    Mais la différence, c’est qu’aujourd’hui, les héros sont prolétaire et signataire de conventions collectives ; il n’arrive plus au galop sur des chevaux arabes mais sur des motorisés rutilants.
    On en revient donc au travail! Le travail qui pervertit même nos héros, les reléguant au rangs de syndiqués! Haaarrrrgh!

    Et pourtant…

    Sur les cent mille façons de tuer quelqu’un, voici la plus efficace:

    Sur les cent mille façons de tuer quelqu’un
    La plus dangereuse c’est le coup de fusil
    La plus onéreuse c’est le coup de canon
    Ça demande une équipe entraînée au bruit
    Y’a toujours la corde dite pendaison
    Pour le noeud coulant faut avoir le don.

    Sûre que la noyade attire les moroses
    Mais pas garantie parce que l’eau réveille
    Y’a le bon vieux poison mais là faut la dose
    Pas assez tu dors, un peu trop tu veilles.

    Le gaz est plus propre, pas de commentaires
    Mais à tout instant gare au courant d’air
    Non je crois que la façon la plus sûre de tuer un homme
    C’est de l’empêcher de travailler en lui donnant de l’argent.

    Le rasoir ma foi cette saloperie
    A ses fanatiques parce que c’est tranchant
    La hache le couteau et la scie aussi
    Mais c’est un domaine bourré d’accidents
    Très peu efficace est la collision
    Ça brise une face, laisse des lésions
    Pour mourir de soif faut la volonté
    Le dégoût de l’eau, surtout la santé
    Non vraiment j’y tiens la meilleure façon de tuer un homme
    C’est de le payer à ne rien faire.

    Entre mourir d’amour ou bien mourir de rire
    La plus achalandée c’est difficile à dire
    Les deux finissent en spasmes en soubresauts en transes
    Mais les deux sont jeudis
    Le rire toujours comique
    Et l’autre romantique

    La chaise électrique c’est très indécent
    Sauter dans le vide pas toujours prudent
    Étrangler quelqu’un c’est perdre ses sens
    Le trancher c’est pire c’est les sans dessus dessous

    Non vraiment je reviens aux sentiments premiers
    l’infaillible façon de tuer un homme
    C’est de le payer pour être chômeur
    Et puis c’est gai dans une ville ça fait des morts qui marchent.

  25. Ras ajoute:

    tiens, je rejoins Miss Madriléne… j’ai l’impression que derriére ce besoin de systèmisation rationnel des bons vieux rapports Dominants/dominés de notre espéce animale, que ce soit à travers l’économie, les rapports amoureux voire la spiritualité, se cache surtout une manière de se protéger de la réalité et ses difficultés, de la dureté de la vie…

  26. Anne Archet ajoute:

    Derrière cette tendance à naturaliser les rapports sociaux se cache un désir de justifier et de rendre acceptable l’exploitation.

  27. Madrilene ajoute:

    Madanne archet n’avez vous pas tendance à « naturaliser » le travail quand vous « écrivites » cette définition :

    « Le travail pervertit les activités humaines, le travail tue la pensée, le travail gruge la vie. (…) Le travail est basé sur l’échange et l’utilité – ce n’est pas l’activité en soi qui importe, mais l’intérêt qu’on en tire. Le jeu est basé sur le don – c’est l’activité elle-même qui importe et qui gratifie. »
    je citasse…

    Il y a un léger hiatus entre ce commentaire et votre billet sur l’amour Libre, où une des critiques des naturalistes porte justement sur la façon dont les arguments s’excipent d’un présupposé naturaliste, ou transcendant ou essentialiste.

    Si la sexualité n’est ni cette pulsion animale ni complètement donnée par la société, pourquoi le travail serait-il cette perversion sournoise par « essence » ?

    Maintenant supposons que j’adhere a votre partie pris, que dois-je faire, maintenant que l’exploitation est belle est bien « inacceptable » ? Comment articulerai-je mon désir avec la réalité a supposé que je désire ne plus travailler ? Que proposez vous ?

    Personnellement je me suis trouvée en butte à ce questionnement vers l’age de 20 ans et cela m’a mené vers une crise « existentielle  » assez sévere, maintenant j’ai choisi de travailler en jouant et en vendant « mes charmes » (lol) ; de la butte à la lutte, mais une lutte où j’avance masquée.
    Je fais « semblant » d’accepter pour mieux faire revirer très très imperceptiblement « l’inacceptable ». Et je sais qu’en m’exploitant j’exploite les autres…(euh là je me laisse « emporter »).

    Je ne suis ni en dehors, ni en dedans de la vie puisque je ne peux pas en sortir, ou que plutôt, quelque chose en moi a décidé « mordicus » de ne pas en sortir….Je ne crois pas plus à la fatalité, à la malédiction divine du travail qu’a sa bénédiction, à ce fameux ordre social perpétué dans l’amour du travail bien fait.

    J’éprouve, je tate et j’expérimente, et parfois je suis « rassurée » même si c’est tricherie et grugerie, par cet encadrement qui me donne quelques petites satisfaction et me borde du « désoeuvrement », je ne me fais donc pas toujours « avoir » mais parfois « etre ». L’espace d’un instant on pourra dire que ca aura « marché  » !

    Très souvent je pense à Rimbaud.

  28. oldcola ajoute:

    Derrière cette tendance à naturaliser les rapports sociaux se cache un désir de justifier et de rendre acceptable l’exploitation.

    Ca dépend grandement de qui naturalise les rapports ! Va falloir que je sorte de ma réserve de natif. Ca sera fait d’ici la fin du WE. Au diable la tendresse ;-)

  29. YR ajoute:

    Selon le brin de compréhension que j’en ai, et sachez que j’avance ceci avec prudence, les «anarchistes» ne seraient-ils pas des nostalgiques de la vie tribale?
    En ce sens que, à l’intérieur de ce mode de vie, les besoin réels des individus étaient essentiellement les seuls intérêts qui obligeaient au travail?

  30. Madrilene ajoute:

    mdr YR, à mon avis les anarchistes vous diront que la nostalgie c’est vraiment « petit bourgeois » !

    vive la vie Tribade ou tribande c’est selon ;-)

  31. Télépinou ajoute:

    Ça y est, c’est la foire ! c’est la baston générale chez Mamzelle Anne !
    Bravo à tous, j’adore : Anne propose un sujet sur l’amour et tout le monde décide de se mettre sur la gueule ; c’est ce que j’appelle une leçon par le geste !

    Maintenant l’occasion de fayoter est trop belle, vous m’excuserez :
    Mlle Anne :
    - les pages dans Anarcopédia sont plutôt bien foutues, claires, instruites et surtout reliées pour qui veut explorer (cette page est donc une réussite).
    - J’ai bien vu de quelle manière vous m’avez odieusement dénigré, et merci car cela me donne une première réponse : dans l’Amour Libre les filles ne seront pas plus « faciles », faut-il croire qu’au contraire, elles en deviendraient encore plus chiantes ? … Vrai ?
    Alors évidemment, il faut le faire tout de suite, c’est irrésistible (j’ai cru un instant qu’on allait moins souffrir).

  32. Ras ajoute:

    je ne me sens ni justifier ni rendre acceptable aucune forme d’exploitation et je pense la subir comme nous tous, simplement la Raison a ses limites face à un monde qui nous dépasse. Je suis natif du pays ou le siécle des lumiéres s’est achevé par la Terreur, porte ouverte aux génocides du XXéme; par la grâce d’une intransigeante vision intellectualiste appliquée à tous les champs de l’humanité.

  33. oldcola ajoute:

    mais non ! ce n’est pas la foire.
    Anne, je ne voulais pas « planter » ma tartine ici, libre à toi de faire le mouvement de la partie qui te conviendra

  34. YR ajoute:

    Moi, je suis nostalgique de la vie tribale: le partage y était souvent institutionnalisé, jusque dans les relations sexuelles.
    Par le fait de cette sexualité libérale, les enfants devenaient la responsablité de tous et de chacun.

    Pour répondre à télépinou, les filles sont plus faciles à mesure que les relations sont plus égalitaires. Lorsque la femme est infériorisée, le réflexe d’utiliser la sexualité comme outil de pouvoir coule de source.

    Ici même, au Québec, les femmes détiennent une très belle part du pouvoir…Et il est remarquable qu’elle ne se font pas prier inutilement pour aller au pieu.

    Quant à l’amour parfaitement libre, il n’existe nul part dans la nature. Aucun exemple ne peut être observé, du moins dans le règne des mammifères ou même des ovipares. Tant pis pour l’hytopèse de l’influence des religions: de fait ces dernières ne faisaient qu’exacerber une réalité.

  35. YR ajoute:

    PS, quand je parle de société tribale, je parle de ce que je connais, soit certaines sociétés native américaines, dont celle de laquelle je suis issu.

    Quand à Oldcola, j’ai lu ton blog su le sujet….
    J’y ai trouvé:

    Intelligence pragmatique impressionnante
    Culture générale étandue
    Grande pertinence du propos
    Satisfaction de soi débordante
    Écoute d’autrui défaillante

    Mais pas mal du tout pour un bordelais…à part que tu te laisse scier à bien peu…

  36. oldcola ajoute:

    Mais pas mal du tout pour un bordelais…à part que tu te laisse scier à bien peu…

    ça doit être parce que je ne suis bordelais que d’adoption :-D

  37. lycorn ajoute:

    S’il y avait un Livre d’Or, j’y écrirais que tous vos textes sont :

    coquins
    mais divins.

    lycorn

  38. madrilene ajoute:

    Du travail :
    « Sois rassuré (…) Tu vois, elles te montraient « des choses » pour avoir ton attention. Autrement dit, elles le faisaient pour toi. Ce qui est arrivé, c’est qu’elles ont pris du plaisir à le faire. Ce que tu vois maintenant, ce n’est plus pour toi, mais pour elles. »
    (aphorisme déplacé mais judicieux ;-)

  39. Anne Archet ajoute:

    Ah la la. Mais qu’est-ce que c’est que ce déluge de commentaires ???

    Commençons par ceux de Madrilène.

    Premièrement, le capitalisme n’a rien de ludique. Je serais tenté de croire comme Weber que son essence est protestante et rigoriste, faite de discipline et d’esprit de sacrifice.

    Deuxièmement, il y a une différence entre la critique et l’action. Subvertir le travail et le capitalisme, voilà qui est excellent : la subversion et la transgression sont à mon avis les voies à venir, beaucoup plus que les stratégies politiques de la gauche, libertaire ou non. Toutefois, cette action n’a de sens qu’accompagnée d’une théorie, du vision de ce qui est et de ce qui pourrait être. Quant aux moyens concrets d’action, c’est une autre histoire… que je finirai bien par aborder un de ces jours.

    Finalement, je ne crois pas être incohérente quant à mon approche su sexe et du travail. Pas plus que la sexualité, le travail n’est naturel : c’est une construction culturelle. Et c’est à cette construction, ainsi que ceux qui la sacralisent ou en font un devoir naturel de l’individu, que j’en veux.

  40. Anne Archet ajoute:

    Maintenant, Ras.

    Mettre sur le compte de l’intellectualisme les horreurs du XXe siècle est en soi une construction intellectuelle. De plus, il faut éviter de croire que toutes les pensées sociales sont rationalistes ; Nietzsche a réfléchi sur la société, l’a critiquée et a proposé des alternatives tout en s’opposant au rationalisme de Descartes et de Kant.

    Abandonner l’idée de comprendre le monde et d’agir sur lui, c’est en grande partie accepter de le subir et d’en être victime. Et je n’aime pas les victimes.

  41. Anne Archet ajoute:

    YR » Les anars sont souvent nostalgiques, du moins une bonne partie d’entre eux. Ils ont la manie de l’hagiographie et aiment contempler avec émotion leurs échecs (l’AIT, la commune de Paris, la révolution espagnole, etc.)

    Il est aussi vrai que certains s’intéressent vivement non pas à la vie tribale mais à la très longue période où les humains furent majoritairement des chasseurs-cueilleurs (en fait, la majorité de la durée de vie de notre espèce). Appelés primitivistes, ils tentent de tirer des leçons de ces sociétés pré-agricoles qui ont vécu sans institutions de domination sociale.

    Mais la plupart des anars ne sont pas des nostalgiques. Ils ont le regard tourné vers le présent.

  42. Anne Archet ajoute:

    Télépinou » Je ne vois pas où et quand je vous ai dénigré. Le dénigrement n’est pas ma tasse de thé.

    Quant aux valeurs masculines traditionnelles, je ne suis pas de celles qui veulent les reléguer aux poubelles de l’histoire. Par contre, il n’y a aucune raison qu’elles soient l’usage exclusif d’un seul sexe.

    Finalement, je suis d’accord avec vous : plus l’amour est libre, plus les femmes sont chiantes. C’est ce qui fait le charme et la fécondité de l’affrontement.

  43. madrilene ajoute:

    Peut etre que le fonddu Capital est rigoriste et encore mais l’apparence est ludique, y a qu’a voir la différence entre l’ex Urss et un casino. Je vous trouve « radicaliste », en quoi le capitalisme n’ a RIEN de ludique ? En quoi a -t-il TOUT de rigoriste ?
    En plus on a pas de capitalisme à l’état pur, c’est un cas d’école , evidemment que le judéo-christianisme est passé par là avec remords macération et trompette…

    Bon Ok pour le 2eme ment.

    Dans la façon dont la critique était portée on n’avait pas l’impression que le « travail » n’était qu’une construction culturelle, mais bien plutôt une essence forécement mauvaise « par nature », maintenant c’est plus clair, mais je pense que le 2eme point est crucial et qu’il affaiblit le discours, tant qu’on ne déconstruit pas (et que par là même on ne reconstruit pas) on ne fait qu’opposer des systemes sans les faire tourner…Vive la trahison !

    Bon je vais me subvertir et acheter mes legumes !

  44. Télépinou ajoute:

    vous pouvez descendre de cheval, Mlle, mon propos n’était pas plaintif mais ludique (j’aurais du poser des parenthèses didascaliques).

    vous n’attendrez pas trop longtemps avant d’aborder « les moyens concrets d’action » ? C’est que le sujet est chaud, là

    je maintiens que c’est un peu la foire, mais c’est plutôt chouette, une bouffée d’enthousiasme.

    j’attends impatiemment la suite et je pose ceci : il serait peut-être utile en face des systèmes proposés d’opposer les manières par lesquelles les humains les contrebandent, les escroquent. je ne crois pas qu’on puisse imaginer un autre chose sans inclure de l’humanité sa roublardise, ses caprices, sa veulerie, etc…

  45. Hugues ajoute:

    Bien allons-y de notre petite réflexion sur le problème.
    L’idéal libertaire est beau, mais c’est un idéal, tout comme l’idée libérale.
    Hélas pour nous, je suis le premier à le déplorer, l’humain et l’absolu ne semblent pas faire bon ménage.
    A propos du sujet de départ : « l’amour libre ».
    On rencontre là l’éternel problème de la poule et de l’œuf.
    Qui était là le premier, la monogamie ou la liberté de vivre sa chair comme on l’entend?
    En quoi peut-on se prétendre défenseur de la normalité en luttant pour l’un ou pour l’autre?

    Dans cette réflexion, je pense nécessaire d’introduire l’ineffaçable fonction sociale du sexe et des relations charnelles. Dans son absolu, physiologiquement parlant, le sexe est attaché à la fonction reproductrice.
    Je vous accorde à tous que dans les faits et le concept, ça fait belle lurette que ce n’est plus le cas, mais là nous parlons des bases élémentaires du machin dans sa fonction sociale et dans la manières dont il est ressenti instinctivement par l’humain ordinaire et moyen.
    C’est pour cela, a mon sens, que les pratiques « corollaires » sont mal perçus. C’est aussi pour cela que la part « mono partenariale » de la relation sexuelle a acquis une telle importance au fil du temps. Elle visait avant tout à s’assurer que la descendance éventuelle serait bien du même « sang » afin de pouvoir transmettre privilèges et propriétés.
    Ce n’est pas par hasard que cet idéal d’amour libre est rattaché au communisme et a l’anarchisme, des idéaux qui rejettent les principes de propriété et d’élite dominante.
    Nous voila donc au fond du problème, l’idéal de l’amour libre va à l’encontre des principes fonctionnels de l’idéal économique dominant.
    C’est à mon sens le seul argument indiscutable. L’amour libre est dangereux pour les bases même de notre organisation sociale, telle qu’aujourd’hui bien entendu.
    Le partenaire doit être unique pour que la descendance soit distincte et puisse hériter des privilèges et de la position sociale de ses géniteurs.
    Ce n’est pas non plus par hasard, si les pratiques usuellement rattachées à la notion « d’amour libre » sont pratiquée par une classe sociale qui vis selon les principes précités. Ce sont les bourgeois même, ceux qui ont tout a craindre des idéaux libertaires, qui sont les premiers a adopter les pratiques de l’amour libre. L’ouvrier n’a pas le temps, il est juste préoccupé de sa survie. Alors que le bourgeois, mieux éduqués et plus conscient du carcans social tente de vivre « autre chose ».
    Tout les interdits liés au sexe s’expliquent par cet entêtement a garder le vieux schéma sexe = descendance = transmission des fonctions sociales.
    Condamnation des pratiques homosexuelles, des sexualités alternatives, des pratiques dérivées, car elle n’entraînent pas a la reproduction de manières explicite et directe. Même les pratiques alternatives hétérosexuelles sont condamnée pour ces raisons là, du cunnilingus a la sodomie.
    La douce ironie étant que nos chers religieux qualifient ces pratiques de « bestiales » alors qu’en fait c’est l’acte basique qui est animal, toutes ces pratiques alternatives demandent une sophistication que seule la civilisation peut apporter.
    En gros, la position la plus « bestiale » est celle du missionnaire, car étant celle qui est désigné par la morale sociale comme étant la plus favorable a la fécondation de la femelle.

    Pour résumer, se plonger dans les arguments « animaliers » est une erreur, tout comme parler de physiologie prévue ou pas pour « ça ». tout ces arguments sont une boite de pandore qui aboutit a tout et sont contraire.
    La seule vraie raison du rejet de ces pratiques c’est qu’elle s’éloignent du schéma rattaché a la reproduction et sont donc dangereuse pour l’équilibre social mis en place.

  46. YR ajoute:

    Pourtant chauve de ma personne, me voilà bien dépeigné! Belle démonstration Hugues!

    Mais n’oublions pas que rien n’est si simple et que le moindre coup de vent a des origines multifactorielles…
    Une observation attentionnée des autres espèces de notre planète – qui sont nos très proches cousins, remember? – nous porte à croire que rien n’est uniquement culturel.

    Je suis porté à croire que chaque espèce porte en elle les germe atavique d’un type de relation inter sexe. Un germe qui comme toute chose peut et doit évoluer selon les réalités qui s’impose à L’espèce. De ce débrancher complètement de l’approche naturaliste nous précipite dans des abîmes de solutions simples et unidimensionnelle…

    Fait curieux: chez plusieurs espèces animales ovipares qui privilégient les relations exclusives entre deux partenaires, il est possible d’assister au même ballets gracieux et discret de l’adultère que nous connaissons si bien…….Ça aussi, ça dépeigne, non?

    Souvent je me dis:
    «N’a de certitude que celui qui n’a rien approfondi»
    Cioran

  47. Sanieptia ajoute:

    L’Anarchie, ou la pensée anarchiste, est une utopie parmi d’autres. Rien à voir avec la réalité.
    Ma

  48. Sanieptia ajoute:

    Mauvaise manip’.
    Mais il faut de tout pour faire un monde, disais-je, et cela met peut-être un peu de sel ici ou là.
    Le rêve n’est pas une mauvaise chose. Ce qui n’est pas raisonnable, c’est de croire que la réalité devrait ressembler au rêve. Hors, la réalité est ce qu’elle est, quel que soit son courant politique, sa religion ou sa philosophie.
    La réalité est ce qu’elle est.
    Et l’Anarchie, je le répète, n’a rien à voir avec cette dernière.

  49. Ras ajoute:

    Cette discussion s’éloigne du sujet principal du Thread, mais elles sont sympa ces spéculations intellectuelles.

    « Mettre sur le compte de l’intellectualisme les horreurs du XXe siècle est en soi une construction intellectuelle. De plus, il faut éviter de croire que toutes les pensées sociales sont rationalistes ; Nietzsche a réfléchi sur la société, l’a critiquée et a proposé des alternatives tout en s’opposant au rationalisme de Descartes et de Kant. »

    Ne pas comparer construction intellectuelle et intellectualisme. je me suis peut être mal exprimé, mais pour moi l’intellectualisme c’est l’analyse des faits par le seul prisme de l’intellect, quand d’autres prismes (émotionnel, spirituel ce sont ceux qui me viennent spontanément) pourraient apporter un autre éclairage. Ce qui sépare profondémment Nietzsche de Descartes ou Kant, c’est qu’il ne s’est jamais coupé de ses émotions et qu’elles viennent nourrir sa réflexion… C’est pour cela que de la même manière, les grands génocides du XXéme ont tous été inspiré par des intellectualismes: l’Allemagne nazi comme l’URSS ont tous deux proscrit les religions et canalisé l’émotion des foules par de grandes manifestation propagandistes et leurs crimes ont été perpétré au nom de seules théories pseudo scientifiques. Evidemment, la doctrine capitaliste, bien que plus habile et plus « ludique », joue sur les même ressorts.

    « Abandonner l’idée de comprendre le monde et d’agir sur lui, c’est en grande partie accepter de le subir et d’en être victime. Et je n’aime pas les victimes.  »
    Personne n’aime la victimisation, pourtant nous sommes tous les victimes de nos vies, toi comme moi (Je ne developperai pas plus ce point).
    Accepter l’idée qu’un partie de monde nous dépasse, ce n’est pas forcemment se résoudre à ne pas le comprendre, il y a une nuance de taille… Les fatalistes orientaux se réfugient dans la contemplation, mais le zen c’est la recherche permanente de la compréhension. On peut chercher à comprendre en reconnaissant ne pas forcemment pouvoir changer les choses… Le mythe de l’homme en action est un mythe libéral. L’histoire nous le dit: le temps,et donc l’inaction, arrange souvent les situation difficiles créées par les activités humaines

    Si je relie au premier point, cela signifie qu’une analyse basée sur le seul aspect intellectuel, et ayant pour objet de donner une justification à postériori d’une visée politique de changement de l’organisation sociale, me semble être une démarche plutot hasardeuse.

  50. Ras ajoute:

    « Évidemment, l’exploitation varie d’une forme de travail à l’autre. Mais il n’y a pas de travail sans exploitation. Personnellement (on y revient toujours), je suis en tant que prof ridiculement peu exploitée par rapport à un ouvrier chinois ou un vadrouilleur de chez Macdo, puisque ma paye est bien plus élevée et mon horaire plus souple. N’empêche que mes activités de prof se font sur un mode transactionnel. Je suis payée pour enseigner de la façon qu’on m’ordonne de le faire. En échange d’un salaire sur lequel dépend ma survie, je dois dois me plier à une série de normes et d’obligations définies par mes supérieurs et l’État, répondre de mes actes, être à leur disposition et accepter leur surveillance le temps ou je suis à leur service. Parce que le mot service ici est central : je sers. Bien que je ne veuille être ni maître ni esclave, je suis contrainte de servir d’une façon ou d’une autre car ma survie en dépend. Dans un monde libéré des liens sociaux de domination hiérarchique, je me consacrerait probablement à l’éducation, puisque c’est un des trucs qui me plaisent. Par contre, ce serait une activité ludique basée sur le don, pas du travail. Ce serait aussi une activité qui ne bouffe pas toute mon existence en la remplissant de temps morts anti-vie. »

    Ce passage m’avait échappé. En l’occurrence tu pourrais exercer ton métier comme un don, cela ne te poserait aucun problème. Mais que dire des métiers particuliérement rebutants que personne ne ferait volontairement ? (démineur, éboueur, medecin-légiste, métallo, proctologue, tueur de bétail….). On pourrait imaginer qu’ils pourraient bénéficier de compensation, certes, mais de quels types ? Quelle serait ta contribution personnelle à leur compensation ? Je pose la question naïvement et sans arriére-pensée, par curiosité

  51. Stavroguine (était YR) ajoute:

    L’anarchie est une subversion – forme de négation – et non pas une proposition, donc à juger comme telle.

    L’intellectualisme pragmatique, dépouillé de sa teneur émotionnelle, est une horreur inutile et masticatoire.

    La réflexion sans contemplation est un geste aussi futile que le lancer du poids en apesanteur.

    Je dis ça comme ça, à tout hasard…C’est gratuit

  52. Télépinou ajoute:

    amour libre, anarchie, érotisme… des notions qui se tiennent le main, non?
    le coeur m’en a dit il y a déjà quelques jours (et merci, hein)
    et retrouver du Nietszche m’a mis une petite claque… du coup je sais plus trop)

    Mais sur l’amour libre… désireux d’envisager plus encore à quoi cela pourrait bien ressembler, j’introduis cette citation comme illustration (qui a l’avantage d’être à la fois édifiante et émouvante):

    Extrait de « Initiation à l’Orient ancien », par Jean Bottéro, la célébration sumérienne d’une nuit d’amour entre Dumuzi et une certaine Kubatum (prêtresse tenant la place d’Inanna, déesse de l’amour « libre »).
    (je précise que d’équivalentes déclarations existaient pour les invertis, qu’aussi vous lirez « amant » et non « époux », c’est tout dire) :
    « Ô mon amant, cher à mon cœur, Le plaisir que tu me donnes est doux comme le miel ! Ô mon lion, cher à mon cœur, Le plaisir que tu me donnes est doux comme le miel ! Tu m’as ravie ! Je suis toute tremblante devant toi ! Que je voudrais déjà, mon lion, être emportée par toi en ta chambre ! Laisse-moi te caresser, mon chéri ! Mon doux chéri, je veux plonger en tes délices ! Dans ta chambrette, pleine de suavité, Jouissons de ta beauté merveilleuse ! Laisse-moi te caresser, mon lion ! Mon doux chéri, je veux plonger en tes délices ! Tu as pris ton plaisir avec moi, mon chéri : Dis-le donc à ma mère, qu’elle t’offre des friandises ! Et dis-le donc à mon père ; il te fera des cadeaux ! Ton âme, je sais comment égayer ton âme : Dors chez nous, mon chéri, jusques au point du jour !, Ton cœur, je sais comment te dilater le cœur : Dors chez nous mon lion jusques au point du jour ! Et toi, toi, puisque tu m’aimes, Prodigue-moi, s’il te plaît tes caresses, ô mon lion ! Mon divin Souverain, Seigneur et protecteur, Mon Shû-Sîn, qui réjouit le cœur du roi des dieux, Enlil, Prodigue-moi, s’il te plaît, tes caresses ! Ce recoin doux comme le miel, pose ta main dessus, je t’en prie : Pose ta main dessus comme sur une étoffe agréable au toucher, Et referme ta main dessus, comme une étoffe voluptueuse au palper ! »

    N’est-ce pas charmant !
    Les sumériens étant d’ardents sodomites, non mais vous imaginez la scène aujourd’hui : « Madame ! Je viens d’enculer amoureusement votre fille jolie ! », « bravo mon garçon, voilà des caramels ! »
    J’aurais voulu être sumérien ! (j’aime bien les caramels).

  53. Ras ajoute:

    ahahah !!! « Madame ! Je viens d’enculer amoureusement votre fille jolie ! », faudra que j’essaye de la ressortir (la phrase) !

  54. Télépinou ajoute:

    poursuite :
    à la louche dans le bouillon et après filtrage grossier : mon regard continue de se porter sur le comportement humain
    nous aurions deux types d’individus à considérer (selon les philo de l’Egoïsme): les forts et les faibles.
    les forts: par définition, ils sont capables de se débrouiller seuls, on n’a donc pas à s’en préoccuper.
    les faibles: ne sont pas capables de se débrouiller, il est inutile de leur appliquer la philo des forts. Si je continue à réfléchir sur eux, cela signifie certainement que je me fais au moins temporairement faible (et même disons totalement, je ne vois pas pourquoi je me priverai d’une si belle occasion, je suppose, Mlle Anne, que ça ne vous surprend pas). Mon premier sentiment allait vers la conception d’un mythe de la médiocrité dont l’avantage était la sincérité : se mentant moins à eux-mêmes, les faibles se comprennent mieux, s’acceptent mieux et donc se jugent moins… plus lucide donc plus libre… certainement c’est une folie (ce serait agir en fort tout d’un coup)
    mais surtout c’est oublier la part du rêve :
    d’où, je crois la pérénité d’un mythe héroïque qui possède les qualités suivantes :
    - il permet de s’imaginer meilleur que nous sommes
    - il permet de juger selon son intérêt plutôt à travers l’idéal, plutôt à travers l’homme.
    - le mythe héroïque est une illusion que nous partageons tous (analysez vos postures pendant un moment de séduction; vous utilisez stratégiquement le mythe)… parce que le mythe est irréalisable, il est porteur de liberté :
    exemple : le moment où une fille est particulièrement attentive pendant la séduction, c’est lorsque lui (je suppose un « couple » trad.mais les positions sont interchangeables) rate un effet, se retrouve en difficulté : ce qu’attend la fille, c’est de quelle manière, il va s’en sortir. Ainsi, le mythe comme fonction seconde permet la tricherie (je crois que cette idée se raccorde assez l’ensemble des pensées émises plus haut).
    J’ai le sentiment que les forts transgressent car ils sont capables de fréquenter l’extérieur (et certainement, ils n’ont pas un conscience claire de la transgression, puisqu’ils n’ont pas peur (le sentiment de liberté, c’est la peur de sauter dans le vide).
    les faibles, eux, truandent: et c’est tenter de vivre libre à l’intérieur. Vous remarquerez au passage comme cette tricherie est importante: tous nos amours brillent de ces moments de fraudes où l’on joue, déjoue le mythe.
    j’en viens à cette étrange conclusion :
    si la liberté repose sur la truande, alors l’honnêteté (envers soi, envers l’autre) est une folie, nous aurons donc du mal à échapper à une société de l’arnaque.
    mais quelque chose me dit que ce précepte est bon, lui aussi, à être truandé
    la motivation sousjacente semble revenir au rêve : le monde n’est pas suffisant, il y a besoin de l’étoffer » d’histoires, d’où ce recours au mythe, d’où cet aspect narratif que nous donnons à notre vie (on pourrait parler de grammaires symboliques).
    la liberté de l’amour demande du théâtre, ça signifie une mise en scène et là nous pouvons agir parce que la liberté est l’alibi que recherche l’amour pour s’assurer de sa magie, pour se garantir qu’il ne vient pas d’un effet de causalité.
    les amoureux ne nous traiteront plus d’emmerdeurs si nous leur proposons des représentations de la truande qui soit des actes d’évasions amoureuses
    réflexion non close…

  55. Télépinou ajoute:

    bon je suis le dernier idiot à faire la fête sur cette page; tant pis. Je vais m ‘efforcer non pas de finir mon propos, mais de le commencer.
    le précédent paragraphe a du paraître embrouillé, ce qu’il est en fait, mais peut-être aussi parce que j’avais décidé d’en supprimer le début:

    l’amour libre pour exister a au moins besoin, eh bien tout simplement de lieux où il puisse s’accomplir. Je vois d’ici deux genres de lieux:
    1) des lieux physiques: espace désirable des corps désirants. Il y a là un projet à déterminer : pourquoi n’aurait-on pas des lieux spécifiques pour jouir, comme on en a pour dormir ou manger.
    2) des lieux mentaux : l’amour libre demande une place dans notre esprit pour exister dans notre vie (voir § précédent pour une ébauche)

    à jet de pensée catapultée, je ressens que :
    la séparation du sexe et du sentiment produit quelque chose analogue à la séparation église/état : le sexe va perdre son ciel
    l’amour libre n’apportera certainement pas davantage de bonheur : la liberté, c’est de la douleur, l’amour, c’est encore de la douleur : ainsi le développement de l’amour libre entraine surtout une multiplication de la souffrance (et cest là qu’il faut ajouter : tant mieux si on pense que vivre, c’st ressentir)

    bon, j’aurais encore une dernière réflexion pour une prochaine

  56. Télépinou ajoute:

    (la fièvre commence à tomber)
    Autre projection :
    L’amour libre ne tendrait-il pas vers le schéma social suivant :
    On aurait la conservation majoritaire d’une répartition parentale binomiale mixte, à ceci près que les rôles changeraient de valeur. C’est-à-dire : Elle-Il en tant que Mère-Père, mais non plus en tant que époux-épouse.
    Mais pour des raisons comme :
    - l’amour libre entraîne une banalisation, qui suscite paresse ; comme les relation hommes/femmes sont aussi plus compliquées, parce que moins bridées, elles deviennent plus difficiles.
    - Le mythe du mariage est mort : le rapport « fécond » devient moins apprécié que le rapport infécond qui est l’expression plénière du plaisir.
    - La disparition de certaines barrières favorise l’homosexualité car on s’entend bien avec un même, et puisqu’on partage déjà une relation avec un autre pour tenir une famille, pourquoi pas un même en tant qu’amant ? Bizarrement, un même, ça change.

    Ainsi nous aurions peut-être une stabilisation autour de :
    Ils+Père-Mère+Elles
    Cela donnerait raison à la vision proustienne de l’amour telle que décrite par Deleuze (je suis un cuistre ! Oui, je crâne ! Et alors ? s’il y a bien un truc que je déteste c’est qu’on me dérange quand je crâne ! Ôtez-vous, ôtez-vous ! non mais pour une fois que je peux faire l’important !)
    (index levé et voix docte) « A l’infini de nos amours, il y a l’Hermaphrodite originel. Mais l’Hermaphrodite originel n’est pas l’être capable de se féconder lui-même. Loin de réunir les sexes, il les sépare, il est la source dont découlent continûment les deux séries homosexuelles divergentes, celle de Sodome et celle de Gomorrhe. »
    Car dans les signes amoureux émis par l’amante, il y a toute l’expression de son inaccessible intériorité, qui ne renvoie qu’à elle-même. Le secret de l’amante, c’est son homosexualité. D’où l’idée que les amours intersexuelles ne seraient qu’un apprentissage de l’homosexualité.
    Personnellement cette vision me parle pas mal, mais ceci dit, si vous trouvez le moyen de préserver des relations il-elle, vous pouvez pas savoir comme j’en serais content.

  57. Stavroguine ajoute:

    Télépinou, je me suis délecté de votre dernier texte.

  58. Télépinou ajoute:

    je suppose, Mlle que vous êtes déjà bien lassée de mes tirades intempestives et vous conviendrez que l’on reconnaît quelqu’un par ses défauts lorsque je vous aurai confié que ce n’est pas fini (sourire confondu).
    Mais au fond, puisque vous êtes déjà lassée, je suppose que ça ne pourra plus être vraiment pire, alors en fait comme c’est déjà tant pis, autant dire que c’est bien quand même. La lassitude ne manque pas de tendresse, vous en ferez vous-même l’expérience prochaine dans ce long bâillement qui bientôt va s’emparer de vous pour s’étendre de toute sa langueur le long de votre corps et répandre l’attendrissement d’une délicate invitation à la paresse.
    N’est-ce pas désarmant ?
    Aviez-vous jamais reçu l’envie de vous allonger de manière plus indolente ?
    Maintenant que vous voilà dans le beau prélassement de l’amante oisive et indifférente (ça fait très Années Folles non ? et comme vous êtes un peu absintheuse, ça vous va plutôt bien), je peux vous découvrir, la suite de mon propos.

    L’amour libre c’est chercher à vivre des histoires, plein d’histoires.
    Les Cahiers n’en sont-ils pas remplis ? nombre de vos pages sont en fait des actes d’évasions amoureuses : le lieu mental dont je parlais vit dans votre site (bien évidemment). Et vous allez voir quelle surprenante découverte j’ai pu faire en appliquant le reste de mes théories ; vous ne pourrez me refuser que si le mythe fonde et la truande fausse, ensemble ils créent le sens, que le signe puisse être faux est ce qui lui permet de passer de l’émotion : il y a révélation.
    Vous me direz qu’il n’y a plus aucun rapport avec l’amour libre que déjà c’est de la truande mais vous faites erreur car c’est le mythe.
    Remarquons chez vous cette multiple figure du renversement :
    Le renversement est à la source même de la liberté (révolution),
    Il est pratiqué de façons aussi multiples qu’inattendues dans vos récits érotiques (postures, péripéties),
    Il est le signe de la révélation (comme on retourne une carte) : le sens que l’on percevait d’abord est transcendé par un sens supérieur.
    Ainsi certainement vous êtes à l’opposé de dire « l’amour n’a jamais connu de loi » car c’est suggérer que l’amour est criminel, que l’amour mène à la perte. Bien plutôt vous penseriez que l’amour ne doit pas être chassé de la ville, il est porteur d’épanouissement.
    Mlle… comment lirez-vous les lignes suivantes ?
    Dans l’épopée de Gilgamesh, c’est par une femme vouée à l’amour libre (qui le séduit pendant six jours et sept nuits) qu’Enkidu (qui n’est au début qu’une bête sauvage) est conduit vers la civilisation !
    Qu’une historienne s’inspire du passé pour nous parler de demain, c’est un renversement que nous devions attendre, mais comment devons-nous interpréter la pensée de l’écrivaine ?
    Autant de cohérence laisse pressentir un dépassement symbolique, vous ne croyez pas ? Se pourrait-il que le renversement fût total, que partant du signe, il revint au signe et le transcende en mêlant la liberté, l’amour et le divin (sens supérieur) ? Quelle révélation finale nous apporterait-il ?
    Voyons… La figure du renversement dans la langue se nomme le palindrome… : Anne, Annie…
    Inanna !
    La déesse de l’amour !
    Alors, j’imagine que vous allez me dire maintenant, c’est la truande ; et vous aurez raison… mais trop tard bien sûr puisque la révélation a eu lieu :
    C’est vous, c’est bien vous ! revenue parmi nous après 5000 ans toute jolie toute chaude pour notre plus grand enchantement !
    Ah merci !

  59. hacbabpjdn ajoute:

    yrljmvqy

L'envie de commenter vous tenaille ?


Passer à la version mobile de ce site.